TOURNAGE DANS UN JARDIN ANGLAIS

TOURNAGE DANS UN JARDIN ANGLAIS

Michael Winterbottom, 2006

LE COMMENTAIRE

Le matin, on a toujours tendance à se prendre plus au sérieux. On donne tout ce que l’on peut. Vers la mi-journée, sans énergie, la frustration monte jusqu’au point de rupture. À la fin de la journée, on peut se permettre de dresser le bilan – si on n’a pas fait de burn out avant (cf Chute libre). À peine le temps de réaliser à quel point toute cette comédie est ridicule qu’il faut remonter sur scène à nouveau le lendemain.

LE PITCH

Un acteur en plein rôle.

LE RÉSUMÉ

Steeve Coogan se prépare au tournage du film The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gentleman, une adaptation ambitieuse.

Why « Tristram Shandy »? This is the book that many people said is unfilmable.

I think that’s the attraction. « Tristram Shandy » was a post-modern classic written before there was any modernism to be post about.

L’acteur évoque la naissance de son personnage dont le nez fut cassé à cause des forceps et dont le prénom fut le résultat d’une confusion, au grand damn de son père qui aurait voulu mieux.

My son has been cursed from the moment of his conception.

Sur le plateau, les tensions sont vives. Steve est jaloux de Rob Brydon bien qu’il ne soit qu’un second rôle. Jenny (Kelly Macdonald), sa compagne, vient le retrouver avec son bébé… alors qu’il flirtait avec Jennie (Naomie Harris), l’assistante de production.

Adrian (Roger Allam), l’agent de Steve, arrive à la rescousse afin de le protéger de la presse à scandale, avides d’histoires sordides.

Le malaise est palpable au moment de partager les rush. Mark (Jeremy Northam) le réalisateur est très embarrassé car la scène de la bataille n’est pas au niveau. Les costumes ne sont pas d’époque et la scène manque globalement de crédibilité. Micro-drame. Les producteurs sont inquiets.

Grâce au génie de son équipe, Mark revisite le script et obtient la participation inattendue de Gillian Anderson. Malheureusement pour Steve, cette adaptation de dernière minute donne la part belle à Rob. Coogan met son ego de côté afin de permettre à l’équipe de boucler le film, qui ne sera certainement pas le film de l’année.

Est-ce bien là le plus important?

L’EXPLICATION

Tournage dans un Jardin Anglais, c’est une histoire sans queue ni tête.

Steve Coogan joue son rôle comme nous menons nos vies : avec beaucoup de fausse modestie. À juste titre, puisque nous occupons quand même le premier rôle de notre quotidien.

After all am I not the hero of my own life?

Ne nous sous-estimons pas. Si l’on s’intéresse à la vie de Tristram Shandy au point d’en faire un roman et un film, alors pourquoi ne pas accorder la même importance à sa propre vie?

If his life can be celebrated, then so too can all of ours.

Voilà comment tout devient disproportionné. Steve fait une montagne de tout. Ses petites angoisses le rendent insupportable. Il fait des caprices pour obtenir des talons afin d’avoir l’air plus grand que Rob Brydon, puis il fait des insomnies quand le réalisateur veut ajouter une scène. Les remarques désobligeantes de l’équipe du film peuvent le vexer très facilement. Il tombe dans le jeu des petites mesquineries. Tout tourne autour de lui. Il a l’impression de ne pas avoir une minute car il est constamment happé par les sollicitations – ce qui renforce son impression d’être une star.

Rien ne peut fonctionner sans lui car il est tellement important. Donc le moindre de ses états d’âme n’est pas à prendre à la légère.

Or, Tristram Shandy nous apprend que la vie s’apparente à une sorte de gigantesque à peu près. Quelque part entre le je ne sais quoi et le presque rien de Yankélévitch. Tout nous échappe en permanence (cf Cliffhanger). Les personnes qui souffrent sont celles qui souhaitent absolument tout maitriser et qui n’y parviennent jamais, à l’image du père de Tristram Shandy.

The theme of Tristram Shandy is a really simple one : Life is chaotic. It’s amorphous. No matter how hard you try you can’t make it fit any shape.

Seulement quelques unes de nos priorités n’ont réellement d’importance. Nous ne sommes certainement pas la priorité. En tout cas, nous ne devrions pas être l’unique priorité.

Une nécessaire mise au point pour toutes celles et ceux qui fantasment leurs vies comme si l’Oscar de la meilleure actrice ou du meilleur acteur était en jeu. En vérité, nos vies sont souvent complètement quelconques, ce qui n’est pas un mal en soi. Il suffit simplement d’en prendre conscience (cf Hollywoodland).

Sachons sortir de notre propre fantasme. Laissons un peu notre perfectionnisme de côté pour participer à l’accomplissement de quelques réalisations. Ce ne seront pas les réalisations du siècles, mais elles auront le mérité d’exister.

Personne n’aime les narcissiques (cf The Prom). Faisons un peu de place à ceux qui nous entourent.

Ne nous privons pas de faire la fête, tant que nous le pouvons.

Sachons redimensionner les projets et considérer chaque chose à sa juste valeur. Très peu de choses ont du sens. Certes nos existences triviales ne sont pas négligeables. En effet, nous avons tous un rôle à jouer dans la fanfare (cf Le Goût des Autres). Pour autant, nul n’est irremplaçable. Aussi importants que nous puissions être, nous ne sommes jamais que des serviteurs de nos enfants qui ont besoin qu’on leur change leurs couches.

Steve Coogan est bien plus intéressant quand il se réfère à Groucho Marx et qu’il se prend moins au sérieux.

Groucho Marx once said that the trouble about writing a book about yourself is you can’t fool around. Why not? People fool around with themselves all the time.

Cela lui permet d’abord de se détacher des événements. En ne cherchant plus à être cet exemple qu’il ne parvenait même pas à être, il gagne en simplicité. Naturellement, il se rapproche de Jenny et son fils. Il savoure enfin les blagues de Rob Brydon qu’il ne voit plus comme un concurrent. Le monde cesse d’être une menace à son épanouissement. Il en redevient drôle lui-même. Car que retient-t-on d’une personne si ce n’est quelques plaisanteries?

Sachons rire un peu de nous-mêmes et tâchons de nous inspirer de cette ironie britannique rafraichissante.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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