RED ARMY

RED ARMY
Gabe Polsky, 2014

LE COMMENTAIRE

La guerre ça se gagne à coups de tirs de mitraillettes dans la gueule mais aussi parfois à coups de crampons, de raquettes de tennis dans la gueule ou de crosses de hockey. Le champs de bataille n’est pas que géographique. Il se trouve aussi derrière nos écrans ou sur les terrains de sport. On sait que les J.O. sont depuis toujours des fenêtres de propagandes politiques et d’enjeux économiques sur fond de manifestations sportives. Si les athlètes professionnels sont des phénomènes, ils n’en restent pas moins des petits soldats.

LE PITCH

Grandeur et décadence de l’équipe Soviétique de hockey, à l’image de son régime.

LE RÉSUMÉ

Au plus fort de la Guerre Froide, Staline créée l’école de l’Armée Rouge dont la mission est de former les champions de demain, preuve de la supériorité du régime à travers le sport.

Hockey was the most popular sport in the Soviet Union because the national team represented a peak of what the regime had achieved and was a proof that the soviet system was the best system. It was politics really.

Dès le plus jeune âge, les garçons sont mis sur la glace avec des patins et une crosse entre les mains. Et les choeurs chantent à tue-tête que le hockey, c’est pas pour les fifes.

Cowards don’t play hockey.

Anatoly Tarasov, sorte de Guy Roux, couve les gamins et les fait murir. Cet amoureux du hockey a théorisé le jeu en s’inspirant des échecs et du Bolchoï pour en faire toute autre chose.

They elevated hockey to an art form.

Tarasov était plus qu’un coach, il était un mentor. Il a notamment marqué la vie de Slava Fetisov, joueur star de l’équipe Soviétique et dont le palmarès n’a rien à envier à celui de Jeannie Longo.

Puis vint Kroutchev, Spoutnik, la bombe H. Le hockey prend de l’envergure.

Les joueurs partent en tournée, toujours escortés d’agents secrets et privés de passeport pour éviter de passer à l’Ouest où règne l’abondance. En Amérique, on regarde ces joueurs de haut. Les Soviétiques vont pourtant faire mordre la patinoire aux légendes locales. Les joueurs de l’Armée Rouge sont célébrés comme des héros.

Tarasov, puni par Brejnev, est remplacé par Viktor Tikhonov, adoubé par le KGB.

En dehors du couac des Jeux de Lake Placid, le 5 russe (composé de Larionov, Krutov, Kasatonov, Makarov et Fetisov) domine le hockey mondial avec panache.

1985. L’URSS marque le pas. Gorbatchev. La Perestroïka et avec elle, les courants d’air.

Les joueurs s’expatrient un peu curieux des millions qu’ils peuvent trouver de l’autre côté de l’Atlantique mais aussi un peu poussés vers la sortie par une fédération qui n’a plus de quoi les payer. Chaque équipe de NHL veut son Russe. Les joueurs de l’Armée Rouge se retrouvent disséminés aux quatre coins de l’Amérique, perdus dans une ligue avec un autre style de jeu, dans un pays qui ne veut tout simplement pas d’eux.

We don’t want them over here!

1991. L’Union Soviétique s’effondre.

Les Russes sont des parias et trainent leur spleen. Le patron des Red Wings de Detroit a alors la bonne idée de reconstituer un 5 entièrement Russe: Konstantinov, Fedorov, Kozlov, Larionov et… Fetisov. La symphonie reprend de plus belle. Les Red Wings remportent la Coupe Stanley en 1997, emmenés par ses « rouges ».

Fetisov ramène la Coupe Stanley à Moscou dans un pays qu’il ne reconnait plus, sans structure, déserté par des jeunes qui succombent les uns après les autres aux sirènes de la NHL. Putin rappelle Fetisov à la rescousse et en fait son Ministre des Sports. Fetisov nomme ses amis et anciens coéquipiers à des postes clés. Il combine ce qu’il a appris du business aux États-Unis (comme manier deux téléphones portables en même temps) tout en respectant l’héritage communiste.

The most important thing for me is to stress to the kids how important it is to be team mates.

redarmy

L’EXPLICATION

Red Army, c’est France 98.

France 98 qu’est-ce que c’est? C’est le triomphe un peu heureux d’une équipe portée par des individualités. C’est surtout la victoire de principes forts ancrés autour du collectif et transmis par Aimé Jacquet. Ce sont d’ailleurs ces principes qui ont cruellement manqué quand la Coupe du Monde 2006 s’offrait de nouveau à nous. Zidane aurait-il donné ce coup de boule avec Jacquet à la place de Domenech sur le banc?

France 98 c’est aussi un mode de gouvernance qui s’adapte. Les joueurs de l’époque sont tous passés de l’autre côté de la barrière désormais. Les uns sont devenus consultants (Petit, Leboeuf, Dugarry, Dessailly) et les autres sont passés sur le banc (Deschamps, Zidane, Blanc, Henry). L’influence de France 98 sur le foot hexagonal aujourd’hui est énorme. Et ça n’est pas forcément une mauvaise chose. Deschamps aujourd’hui à la tête de l’Équipe de France (et certainement Zidane demain) compose avec les réalités d’aujourd’hui, dans le respect des principes défendus par Aimé Jacquet. Même si ça ne fait pas plaisir à tout le monde (notamment la gestion des cas Valbuena, Benzema et Kurzawa), ça va quand même en final de l’Euro.

De la même manière, Red Army traite d’un modèle qui cherche à se réinventer et qui renaîtra peut-être de ses cendres autour d’une idéologie forte. Le problème de la Russie c’est qu’après l’éclatement du bloc communiste, il ne restait plus rien. Le pays a perdu son identité et son âme.

We lost our soul.

Red Army va bien au delà des gentils capitalistes contre les méchants communistes. Il y a évidemment une sombre réalité derrière le jeu flamboyant pratiqué par les Soviétiques et leurs médailles d’or, une réalité qu’on préfère ignorer. Ces joueurs sont des prisonniers du régime, à la merci du dictateur Tikhonov.

Players had to live in those hockey camps, isolated for 11 months a year. They would get out maybe one weekend every month.

Ne les plaignons pas pour autant. L’excellence que ces hommes ont fini par atteindre a un prix. Il serait naïf de croire que les sportifs professionnels d’aujourd’hui sont autre chose que des prisonniers (volontaires peut-être) de leur sport. Les stars d’aujourd’hui passent plus de temps à soulever de la fonte (ou a se faire des piqûres dans le cul) qu’à faire des câlins à leurs enfants.

You win by being merciless in training.

Red Army traite avant tout d’une conception de la vie, à travers le jeu.

Hockey is an aggressive game. I wouldn’t say that the Americans or the Canadians are more aggressive than the Russians but I do think that there was a different concept about how you play the game.

C’est l’histoire d’un pays qui se perd et essaie de se retrouver. C’est la volonté de revenir affichée par les champions d’hier qui ont fuit leur pays  presque sous la contrainte.

It’s the story of our country.

Fetisov incarne l’improbable compromis. Il se fâche puis se réconcilie avec son ami de toujours (Kasatonov). En véritable patriote, il prend ses responsabilités et retourne dans son pays. Il s’est adapté au capitalisme mais n’oublie pas les valeurs qui l’ont fait triompher jadis. Fetisov essaie de reconstruire sur des ruines, avec les méthodes des anciens, autour d’une idée: celle que l’équipe passe avant l’individu.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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