INHERENT VICE

INHERENT VICE

Paul Thomas Anderson, 2014

LE COMMENTAIRE

La femelle regarde le mâle dominant avec une admiration à peine dissimulée. Il porte un chapeau de paille qui respire bon le camping. Son petit sourire détaché qui nargue les impératifs la vie et ses impondérables. Des rouflaquettes pimpantes qui font la preuve qu’il n’a peur de rien, surtout pas du rasoir à quatre lames. Tout en lui respire la liberté. L’admiration se mue soudainement en jalousie. L’homme fait parfois cet effet (cf L’homme irrationnel). La femelle prend une posture plus possessive. Elle sort la laisse, faisant du mâle une chose qu’elle pourra arborer en société : ‘son homme’.

LE PITCH

Un détective privé se perd dans les méandres de son enquête, à la recherche de son ex.

LE RÉSUMÉ

Larry Sportello (Joaquin Phoenix), dit « le Doc », est un détective privé hippie de Los Angeles. Son ex-petite amie Shasta Fay Hepworth (Katherine Waterston) lui rend visite. Elle a une liaison avec le promoteur immobilier Michael Z. « Mickey » Wolfmann (Eric Roberts) et craint qu’il ne se fasse kidnapper par sa femme (Serena Scott Thomas) et son amant. Sale affaire…

Le Doc se retrouve à la poursuite d’un membre de la fraternité aryenne pour aider Tariq Khalil (Michael K. Williams), un activiste de la cause afro. Le Nazi en question est un garde du corps de Wolfmann. Coïncidence. Sportello mène l’enquête sur l’une des propriété de Wolfmann, un salon de massage spécialisé dans le cunnilingus. Il y fait la rencontre de Jade (Hong Chau) puis se fait assommer. Lorsqu’il se réveille, il est interrogé par le détective Christian F. Bjornsen (Josh Brolin), dit « Bigfoot ».

Wolfmann a disparu.

Sportello est remis en liberté grâce à son avocat Sauncho Smilax (Benicio del Toro). Le Doc remonte jusqu’à Wolfmann de fil en aiguille. Hope Harlingen (Jena Malone) le met sur la piste de son mari disparu Coy Harlingen (Owen Wilson). Jade lui conseille de se méfier du Golden Fang, un réseau de narcotiques – ou bien un bateau à bord duquel serait Shasta, d’après Sauncho Smilax. Ou peut-être même un building où travaille le dentiste Dr. Rudy Blatnoyd (Martin Short).

Sportello, grâce à l’aide inattendue de Bigfoot, retrouve Wolfmann heureux au sein d’un culte lié au Golden Fang, sous protection du FBI et libéré du poids de sa fortune.

I spent my whole life… I spent my whole life making people pay for shelter and all along I didn’t realise… I didn’t realise it was supposed to be for free. For free.

De retour chez lui, le Doc est surpris de voir réapparaître Shasta. Il est totalement sous son charme complexe.

Back when they were together she could go weeks without anything more complicated than a pout. Now she was laying some heavy combination of face ingredients on Doc that he couldn’t read at all.

Leurs ébats ne signifient pas qu’ils vont se remettre ensemble. C’est les années 70.

Sportello remonte finalement jusqu’à Adrian Prussia (Peter McRobbie), tueur à gage au service de la police et mêlé au Golden Fang. Il s’en sort une nouvelle fois miraculeusement, grâce à Coy et Bigfoot, pour se retrouver à l’arrière d’une voiture en compagnie de Shasta, vers une destination inconnue.

L’EXPLICATION

Inherent Vice, c’est l’inutilité de se faire des noeuds au cerveau.

Sportello ne se fait pas appeler le « Doc » par hasard. Il aurait presque pu se faire surnommer le « Duc » avec ses faux airs de Jeffrey Lebowski (cf The Big Lebowski), totalement cool. Il ne faut pas s’y méprendre, les plus relax d’entre nous sont souvent les plus anxieux. Leur décontraction apparente n’est qu’une couverture. Ainsi le Doc ne peut pas s’empêcher de se poser des questions sur le monde qui l’entoure.

Any questions?

Is that a swastika on that man’s face?

No, it isn’t. That’s an ancient Hindu symbol meaning « all is well »

He’s technically Jewish but wants to be a Nazi.

Il fait mine de ne pas réfléchir.

It isn’t what you’re thinking, Doc.

Don’t worry. Thinking comes later.

En réalité, il angoisse. Il ne se laisse pas du tout porter par les événements comme il veut le faire croire. Il se réfugie dans la Marie-Jeanne et l’oxygène précisément pour se protéger de cette nature inquiète qui est la sienne, toujours en quête de quelque chose qui lui échappe. Shasta l’a quitté pour Wolfmann, qui a disparu. On cherche et on ne trouve pas, comme dans une mauvaise chanson d’Axelle Red. Un bad trip. Very.

Nous n’avons pas les réponses que nous cherchons. Et nous ne pouvons pas les obtenir. Il est nécessaire d’apprendre à vivre avec cette idée, sous peine de souffrir pour l’éternité. Shasta l’a intégré.

They told me I was precious cargo that couldn’t be insured because of inherent vice.

What’s that?

I don’t know.

Shasta a compris que le plus important dans la vie reste finalement de savoir passer entre les gouttes. Quand on se prend trop la tête on finit par se prendre des coups de massue. Et lorsqu’on se réveille, la gueule de bois a des allures de Big Foot à la coupe en brosse. Impossible de le faire passer à coups de Doliprane.

Pourquoi se faire du souci? Wolfmann a trouvé refuge dans une secte et semble content. Shasta est partie, ce qui ne l’empêche pas de revenir et même de s’offrir. Encore que ça ne soit pas le plus important.

À se faire trop de souci on risque de finir soi-mêmes dans de beaux draps.

Que faire? On peut essayer de se mentir, de fermer les yeux (cf Eyes Wide Shut) ou détourner le regard.

Maybe you should just look the other way.

Ou alors on peut contempler tout ce non-sens, sans lutter. On regarde la photo d’un enfant déformé à cause de l’héroïne en s’écriant une seconde, puis on reprend le cours de sa vie comme si de rien n’était. Rien ne devrait nous choquer. C’est la vie. Il y a ce vice inhérent en chacun de nous, lié au principe de l’entropie, qui fait que nous nous désintégrerons de nous-mêmes quoi qu’il arrive. Même pas besoin d’un facteur exogène (cf Contagion). Nous portons en nous le gêne de notre propre destruction. Quand on en est conscient, on peut se mettre bien confort au fond de son siège et apprécier le film. Peu importe la destination. Profiter du voyage (cf Le Lauréat). Garder l’écoute, coute que coute, quoi qu’il en coûte. Et suivre la cadence.

Socrate avait compris beaucoup de choses. Mellowman également.

LE TRAILER

https://www.youtube.com/watch?v=UIX830h6ueA

Cette explication n’engage que son auteur.

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