UNDER THE SILVER LAKE

UNDER THE SILVER LAKE

David Robert Mitchell, 2018

LE COMMENTAIRE

Le store vénitien donne l’avantage de pouvoir contrôler la luminosité venant de l’extérieur, tout en préservant sa propre intimité. Grâce à lui, on peut voir sans être vu. On guette, tout en se cachant. Le store agit comme un filtre. La lumière ne peut jamais totalement être faite. On ne voit donc pas pleinement. Ou plutôt, on ne voit que ce que l’on veut bien voir.

LE PITCH

Une jeune femme disparaît. Sale histoire à Los Angeles…

LE RÉSUMÉ

À Los Angeles, Sam (Andrew Garfield) se passionne pour les comic books et les théories du complot pour mieux tromper l’ennui. Son quotidien tourne autour d’une actrice (Riki Lindhome) avec laquelle il couche occasionnellement tout en regardant la TV et sa voisine naturiste qu’il observe avec ses jumelles. Sarah (Riley Keough) casse la routine. Sam a aussitôt le coup de foudre. Malheureusement, le lendemain de leur rencontre : plus de nouvelle.

Sam s’inquiète naturellement. Son enquête le conduit sur les traces de Troy (Zosia Mamet) qui l’emmène de fêtes Hollywoodiennes en fêtes Hollywoodiennes (cf The Knight of Cups). Les faits étranges autour de Sam se multiplient, comme le disparition soudaine du magnat Jefferson Sevence (Chris Gann).

Sam poursuit ses consultations. L’auteur du comic Under the Silver Lake (Patrick Fischler) l’invite à continuer ses recherches. D’après lui, tout est lié.

Words and symbols, hidden in printed advertising, sexual innuendo connected to corporations. Ideologies used when we’re adapted to free will, but are actually a result of hidden messages.

Sam collecte les indices. En mettant les pièces du puzzle bout à bout, il finit sous une tente où un homme entouré de trois femmes vont lui donner la réponse : de riches mégalomanes se réfugient sous terre entourés de femmes consentantes avant que leurs âmes ne montent au ciel, comme au bon vieux temps des pharaons.

In the future, men will understand that we were modern kings.

Rien que ça.

Sarah n’a pas disparu. En fait, elle a accompagné Jefferson Sevence dans son bunker funeste. Sam a l’occasion de lui dire adieu par visioconférence.

Au bout de sa quête, Sam va passer la nuit avec sa voisine. Il échappe ainsi à l’éviction qui lui pendait au nez. Depuis l’appartement d’en face, il regarde la police fouiller son appartement vide – avec un sourire.

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L’EXPLICATION

Under the Silver Lake, c’est surnager dans un océan de non-sens.

Sam est un jeune homme ego-centré, perdu dans un monde fantaisiste puisque Silver Lake s’est construit autour des studios (cf Hollywoodland). Le jeune homme semble torturé mais s’épanouit pleinement dans sa prise de tête. Le mystère lui donne la raison dont il a besoin pour se lever le matin (cf Ne le dis à personne).

Where’s the mystery that makes everything worthwhile? We crave mystery, ’cause there’s none left.

Il est convaincu d’être la clé de voute de ce mystère (cf The Game). Lorsqu’il rencontre Sarah, tout prend soudainement du sens. Elle est l’amour qu’il devait trouver. L’évidence. Sarah le valide. Par contre, lorsqu’elle sort du cadre sans prévenir, elle l’annule. Sam ne comprend plus.

Who moves out in the middle of the night??

Nothing strange about it. She wanted to leave. How does that not make sense?

I don’t understand why she didn’t tell me.

Maybe she didn’t like you. maybe she knows you’re poor and haven’t paid your rent.

Comment a-t-elle pu faire ça? À lui. Dans la logique de Sam, c’est inexplicable. On ne peut pas l’abandonner comme ça. L’histoire était trop belle. Désormais, elle ne fait plus de sens. Pas abattu, il exploite cette situation pour déchiffrer ce qui se passe autour de lui. C’est ainsi qu’il commence à se faire des films car cela lui permet de rester le héros de sa propre histoire.

I found some kind of code, or like a secret message in her apartment.

Bien sûr.

Comme par hasard, il trouve autour de lui des personnes qui se posent le même genre de questions existentielles qui l’entretiennent dans son délire, à la recherche désespérée de réponses qui n’existent pas.

What you’re doing? Working?

Yes, of course. How about you?

Yeah… working… thinking about things… a lot. How does the world work? Why we’re swimming on roof tops when there’s an ocean right over there?

Uh, I don’t have the answers.

Who does? Nobody does.

Sam reste convaincu qu’il va trouver la réponse. Si c’était trop facile, ça ne serait pas aussi intéressant. La réponse c’est lui. Ça ne peut être que lui. C’est sûr. Vu qu’il est au centre de tout. Il le sait.

Ce voyage initiatique (cf Inherent Vice) va le conduire vers la vérité : qu’il n’est pas le centre du monde. Et que ce monde ne fait pas de sens. Tout ce qui se passe autour de nous n’est que de l’agitation. Du bruit. Les chiens aboient partout.

No one will ever be happy here until all the dogs are dead.

C’est tout.

Ce qui structure notre monde ne veut rien dire si on prend un peu de perspective.

You’re living in a carnival, hoping to win a prize. What are you gonna win? A two week vacation? A new car? A little money to retire on? It’s all just a shitty sawdust filled rabbit. The things you care about are useless where we’re going.

La preuve arrive lorsque Sam, au détour de ses rencontres, fait la connaissance d’un artiste anonyme qui n’est autre que le compositeur des morceaux qui ont rythmé la rebellion de sa jeunesse. Le mythe de Nirvana s’écroule.

That song was not written on a distorted guitar. No, I wrote it. Here, on this piano, somewhere between a blow-job and an omelet. There is no rebellion. There’s only me earning a paycheck.

Tout n’est qu’une fabrication.

Everything that you hoped for, that you dreamed about being a part of, is a fabrication. Your art, your writing, your culture… is the shell of other men’s ambitions. Ambitions beyond what you will ever understand.

À y penser, on se rend compte que ça ne vaut pas la peine. A quoi bon chercher le sens de la vie?

So, what do you think it all means?

I’m not sure, yet.

Ceux qui le comprennent arrêtent vite de se faire des noeuds au cerveau.

This isn’t a world that anyone with any sense stays in or spends much time worrying about.

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C’est pourquoi Sarah décide de se la couler douce dans un bunker en compagnie d’un vieux richou. Boire du champagne et faire du sexe (cf la Grande Bouffe). Vivons heureux en attendant la mort comme disait St Pierre.

There’s no getting out now, so I may as well make the best of it.

Quand Sam intègre ces enseignements précieux, il rentre chez lui et couche avec sa voisine d’en face, au milieu de perroquets que personne ne comprend. Peu importe.

What’s that bird saying?

I don’t know.

Sans réfléchir. À l’impulsion. C’est le moment de se laisser porter. Cela permet à Sam d’éviter d’être rattrapé par la patrouille du réel. Depuis le balcon de sa voisine, il a trouvé la bonne distance.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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