BÉBÉS

BÉBÉS

Thomas Balmès, 2010

LE COMMENTAIRE

Le penseur néo-réaliste Jordy affirmait que c’était dur dur d’être un bébé, en épluchant une longue liste d’injonctions. Il avait raison. L’enfant doit faire l’expérience frustrante de se plier aux règles. Parce que le monde lui appartient, certes, mais il ne faudrait pas que l’enfant oublie qu’il appartient au monde aussi. Ça vient avec des contraintes. Pourtant, les bébés n’ont pas l’air de mal le vivre. Ils voient le monde sans filtre et s’émerveillent d’un rien. C’est peut-être Jordy qui était tout simplement soupe au lait.

LE PITCH

Quatre salles, quatre ambiances.

LE RÉSUMÉ

Ponijao vient au monde en Namibie après que sa mère se soit enduite le ventre d’une poudre rouge. Il grandit au milieu d’autres bébés: les frères, les soeurs et les cousins. Là-bas, on mange avec les mains dans des gamelles autour desquelles tournent les mouches. Le travail agricole ne s’arrête pas à cause des enfants, on les porte sur le dos. On donne le sein. Les bébés mangent tout ce qu’ils trouvent, y compris ce qu’ils trouvent par terre – sans que ça pose de problème. On parle à son bébé comme à un adulte.

En Mongolie, Bayar est aussitôt emmitouflé à la maternité. Pas le temps de pleurer. Isolé de tout dans une ferme perdue au milieu des plaines, il se fait raser la tête. Le coq monte sur sur le lit pour inspecter ce nouvel arrivant. Les chèvres lui rendent visite par curiosité. Personne ne bronche. Les dimanches en famille sont l’occasion d’observer les rituels. On ne s’embarrasse pas à parler avec le bébé. Pourquoi faire? On préfère le laisser s’amuser avec les vaches.

Au Japon, Mari essaie de trouver sa place dans le trafic. La vie à Tokyo est hectique. Elle doit s’adapter. Le papa tente de la divertir avec un hochet, tout en étant au téléphone. Elle socialise avec les autres bébés à la crèche. La présence de l’enfant ne perturbe pas le rythme effréné de la vie. Il faut très vite commencer à compter avec le boulier et profiter des pauses dans le parc pour s’amuser.

Aux États-Unis, Hattie a des electrodes partout sur le corps. Sa mère lui lit déjà des histoires. Elle ne peut pas lui donner le sein. On se balance sur un swiss ball. Le bébé fait du yoga. Ses parents l’emmènent en vélo. On parle à son bébé comme un bébé. La vie s’arrête. Hattie est le centre de gravité.

Partout ça se dispute, ça fait des bêtises, ça rampe jusqu’à ce que ça finisse par se mettre debout. Une chose est sûre : les chiens et les chats sont omniprésents. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont patients.

L’EXPLICATION

Bébés, c’est la magie de la diversité.

La Seconde Guerre Mondiale a sonné un coup d’arrêt pour les politiques d’expansion. On s’est rendu compte que c’était pas très sympa de vouloir coloniser les autres pays pour les transformer en états soumis au régime Nazi. Forcer les autres à parler Allemand et manger de la choucroute n’est pas humain. La Libération a ainsi donné l’idée à de nombreuses colonies françaises et britanniques de réclamer leur indépendance. L’impérialisme a été unanimement condamné. Le régime Soviétique a été mis à l’index. Par contre, tout le monde ferme les yeux sur l’impérialisme américain qui tend malgré tout à l’uniformisation du monde.

En même temps, ça se comprend. C’est vrai que c’est cool de porter des jeans, des baskets et de manger des chewing-gums. Et c’est également réconfortant de se dire que partout où nous allons, nous pouvons retrouver le café Starbucks ou le Happy Meal que nous aimons tant. À Marseille, Londres, Berlin ou dans l’Arkansas peu importe : on se sent comme à la maison.

Malheureusement, c’est de cette manière qu’on finit par boire le même café, acheter sur Amazon, regarder les mêmes contenus sur Netflix, jouer aux mêmes jeux video sur Stadia (cf Ready Player One) et finir par penser la même chose (cf La Vague).

La diversité pose la différence comme un postulat. Tokyo n’est pas San Francisco. La Mongolie n’est pas la Namibie. Partant de cette différence, la diversité est un principe qui permet de vivre en harmonie, dans le respect des particularités de chacun. Cela nécessite de ne pas juger. Une culture n’est pas forcément supérieure à l’autre.

Grâce à la diversité, on peut regarder Ponijao, les fesses dans la poussière en train de mettre ses doigts tout sales dans la bouche, sans s’inquiéter des bactéries qu’il ingère. Sa mère fait du très bon boulot. De la même manière, on peut regarder la mère de Hattie être aux petits soins sans trouver qu’elle en fait trop. Les Japonais sont trop occupés pour s’occuper de leur enfant, et alors? Les Mongoliens laissent leur enfant pleurer jusqu’à ce qu’il s’arrête de lui-même, pourquoi pas?

Au final, les méthodes diffèrent et les enfants finissent par grandir et s’épanouir à leur façon. Hattie fera sûrement une psychanalyse quand elle approchera la trentaine. Mari réprimera ses envies sexuelles. Bayar sombrera dans l’alcool. Ponijao se fera exploiter par une équipe de football. C’est aussi ça la diversité. Avoir la chance de vivre son malheur, comme on veut. S’il n’y avait pas de diversité, nous serions tous des victimes du pré-déterminisme (cf Bienvenue à Gattaca).

La diversité est tellement puissante que Benetton en a fait un argument de vente. La diversité a permis à la France de gagner deux coupes du Monde (cf Les Bleus : une autre histoire de France). Un arc en ciel perdrait tout son intérêt s’il n’avait pas autant de nuances. La diversité c’est super.

Prudence néanmoins. D’un point de vue chimique, on sait qu’un mélange de diversité et de misère sociale produit des résultats non désirés comme la xénophobie (cf la Haine). C’est pas très joli, ça sent mauvais et ça brûle les doigts. Alors on essaie de corriger le tir par un peu de mixité. Mais est-ce vraiment la solution? L’homme est il prêt à gérer une identité complexe, faite d’une multitude d’héritages? Quand l’héritage en question est un mariage de culture bourguignonne et auvergnate, c’est déjà compliqué. On imagine à peine le chaos identitaire que pourrait générer un assemblage de culture irlandaise, algérienne, belge et brésilienne… Un flou artistique.

Et puis finie la diversité. Fini l’arc en ciel. Au revoir les coupes du monde de foot.

L’homme n’est pas prêt.

La femme, peut-être.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.