LE TEMPS D’UN WEEKEND

LE TEMPS D’UN WEEKEND

Martin Brest, 1992

LE COMMENTAIRE

À que point les animaux sociaux que nous sommes se soucient-ils de ceux qui les entourent? Nous qui sommes devenus quasi-collés aux autres via nos groupes de conversations mobiles. On échange sans plus avoir à se rencontrer. Ce qui nous conduit à ne plus vraiment nous voir. Connectés sans l’être. Ainsi on ne décèle plus forcément les nuances. On ne remarque plus les détails.

LE PITCH

Un étudiant sans histoire s’occupe d’un veteran devenu aveugle et alcoolique.

LE RÉSUMÉ

Charlie Simms (Chris O’Donnell) est un étudiant boursier à la prestigieuse prep school de Baird en Nouvelle-Angleterre. Bien propre, bien poli, bien blanc. À l’approche de Thanksgiving, Charlie ne rentre pas dans sa famille. Il cherche un petit boulot qui lui permettra de se payer un billet retour pour l’Oregon au moment des fêtes de fin d’année.

Il décroche un job d’aide à la personne. Le jeune homme va s’occuper du Lieutenant Colonel à la retraite Frank Slade (Al Pacino), le temps d’un weekend. L’ancien militaire est un blessé de guerre (cf Au revoir là-haut) qui a perdu la vue et depuis il est tombé dans l’alcool (cf Le dernier pour la route). Il est ingérable. Ça promet…

Entre temps, Charlie et George Willis, Jr. (Philip Seymour Hoffman) sont témoins d’une farce organisée par d’autres élèves de l’école, visant le proviseur Trask (James Rebhorn). Tous les deux sont dans l’oeil du cyclone. Ils doivent divulger le nom des responsables ou sinon les conséquences seront terribles. George met la pression à Charlie pour qu’il garde le silence.

Let me tell you how things work here : we stick together. It’s us against them no matter what.

Durant le weekend, Charlie est emmené malgré lui dans une opération kamikaze improvisée à New York : Frank veut profiter une dernière fois avant de se donner la mort.

You’re stuck with me Charlie!

Frank s’incruste chez son frère pour Thanksgiving. Son attitude et ses propos déplacés finissent par créer le malaise. Le lendemain, au détour d’une conversation, Charlie lui confie le dilemme auquel il doit faire face avec son école. Frank lui conseille de tout balancer et profiter de l’offre que lui fait le proviseur : une lettre de recommandation pour Harvard. S’il ne le fait pas, George en profitera à coup sûr. Charlie n’est pourtant pas convaincu. Cela va contre ses principes (cf Des hommes d’honneur).

Frank parle de son amour des femmes. Au restaurant, il invite la jeune Donna (Gabrielle Anwar) à danser un tango endiablé avec lui. Il conduit ensuite une Testarossa dans les ruelles étroites de New York, échappant miraculeusement à un contrôle de police.

L’ancien marine tente de faire diversion en envoyant Charlie faire des courses pour mieux pouvoir se donner la mort dans sa chambre d’hôtel, en toute intimité. Simms revient in extremis pour l’en dissuader. Les deux hommes se disputent puis Slade revient à la raison. Ils rentrent ensemble en Nouvelle-Angleterre.

Du côté de Baird, un procès formel attend Charlie et George, secondé par son père, devant toute l’école. Rien que cela. Le discours magistral du proviseur rajoute à cette mise en scène théâtrale.

Contre toute attente, Frank se joint à Charlie pour le représenter.

I’m here in place of Charlie’s parents.

George est le premier à passer sur le grill et dénonce à demi-mots ses amis, sans surprise. Désormais c’est au tour de Charlie de se mettre à table. Il refuse et se voit menacer par Trask d’être renvoyé de l’école sur le champ.

I’m going to recommend to the disciplinary committee that you be expelled.

C’est le moment pour Frank de prend la parole.

That’s such a crock of shit! (…) As I came in here, I heard those words, « Cradle of Leadership ». (…) Be careful what kind of leaders you’re producing here. I don’t know if Charlie’s silence here today is right or wrong. I’m not a judge or jury, but I can tell you this: He won’t sell anybody out to buy his future! And that, my friends, is called integrity. (…) Now here’s Charlie. He’s come to the crossroads. He has chosen a path. It’s the right path. It’s a path made of principle that leads to character. Let him continue on his journey. You hold this boy’s future in your hands, committee. It’s a valuable future. Believe me. Don’t destroy it. Protect it. Embrace it. It’s gonna make you proud one day, I promise you.

Son plaidoyer appuyé renverse la vapeur. Les suspects sont mis à l’épreuve. George ne tirera aucun profit de sa coopération. Charlie ressort blanchi de cette histoire.

Avant de partir, une prof de science politique (Frances Conroy) fait part de son intérêt pour Frank. À son retour à la maison, il est accueilli en héros par ses petits neveux.

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L’EXPLICATION

Le temps d’un weekend, c’est l’équilibre des forces.

La vie est aussi violente qu’elle est injuste. Le nier serait faire preuve de naïveté. Le reconnaître ne facilite pas la tâche pour autant.

Frank a connu la violence de la guerre. Une grenade lui a explosé au visage, par arrogance. Depuis son handicap, son existence n’est que souffrance.

I got no life! I’m in the dark here!

De son côté, Charlie vit l’injustice. Ce modeste boursier accède pratiquement à la voie royale mais risque de s’en voir privé à cause des facéties de gosses de riches pour lesquelles il va devoir payer.

Tous les deux vont se trouver. On connait la force des duos (cf Tandem). Un couple qui se complète est toujours plus stable qu’un individu sur une seul jambe. Frank est un loup solitaire et insupportable. Personne ne veut vivre avec lui. Tandis que Charlie est un agneau sans défense. Tout le monde peut l’écraser. Ensemble, ils peuvent exister.

Ces deux caractères ont besoin de passer un peu de temps ensemble pour comprendre comment bien fonctionner à deux. Ce weekend va leur donner l’occasion de trouver leurs marques. Charlie n’a pas peur de Frank et le militaire est sensible à la grandeur d’âme du jeune homme.

All my life I stood up to everyone and everything because it made me feel important. You do it because you mean it. You got integrity.

C’est un bon début.

Frank n’est pas que colérique. Grâce à Charlie, il est mis en confiance pour révéler une facette plus sensible et romantique de sa personnalité. L’étudiant le calme. Lorsqu’il sort son revolver pour en finir, Charlie sort de sa réserve et trouve les mots pour faire redescendre la pression. Il permet à Frank l’écorché vif de continuer à vivre.

Pour lui renvoyer l’ascenseur, il va lui sauver la mise face à la Commission de discipline qui ne ferait qu’une bouchée de Charlie. Frank n’est pas impressionné par Trask, tout proviseur qu’il est. Il a le caractère nécessaire pour le remettre à sa place.

Avec Frank, on ne se fait pas ennuyer. Sinon il aboie. Avec Charlie, on peut conduire un bolide les yeux fermés. Sans Frank, plus de Charlie. Et vice versa. L’intégrité et la tempérance sont deux belles qualités qui peuvent disparaitre si on vous marche sur les pieds. Ce qui n’est pas le cas avec Frank.

Don’t mess with me Charlie.

Ce weekend permet de puiser le meilleur en l’autre et de le partager. S’il ne faisait qu’un, il serait l’homme parfait (cf Fight Club). Un danseur de tango irrésistible ainsi qu’un co-pilote de Ferrari plus que fiable. C’est toujours mieux que d’être un alcoolique introverti.

Sans jugement bien sûr.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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