TANDEM

TANDEM
Patrice Leconte, 1987

LE COMMENTAIRE

Ça arrive à tout le monde de craquer. Après tout, on n’est pas des machines. On a le droit pleurer de temps en temps. Ça soulage et ça permet de repartir le coeur léger. D’autant qu’il y a toujours une bonne âme près de nous pour nous aider à nous remettre en selle.

LE PITCH

Deux hommes sillonnent les routes pour divertir la France des campagnes.

LE RÉSUMÉ

Le célèbre animateur radio Michel Mortez (Jean Rochefort) passe de ville en ville pour son émission quotidienne La Langue au Chat. Il est accompagné dans sa mission par un technicien, Rivetot (Gérard Jugnot). Ils forment un couple. Leur collaboration n’est pas toujours évidente. Leurs prises de bec sont néanmoins toujours respectueuses.

J’en ai marre de jongler pour essayer de rattraper vos conneries!

C’que tu peux être mesquin…

Si Mortez jouit toujours d’une belle côte de popularité en Province, il est quand même en bout de course après plus de 25 ans de bons et loyaux services. Les temps sont durs. Les deux hommes doivent faire chambre commune pour économiser sur les frais. La motivation de Mortez est intacte. Cependant sa santé se dégrade par la faute de ce travail éreintant.

Plutôt crever que d’arrêter! Même avec des dizaines de seringues dans le cul, je continuerai à monter sur scène y’a que ça qui compte!

Leur tournée n’est pas rose. Les candidats sont bêtes. Les villes sont anonymes. Parfois Mortez noie son désespoir dans la picole. Ce qui le fait flamber au casino en gueulant très fort.

Allez hop! 50.000 francs! 5 patates! Fais pas chier!!

Vous allez pas foutre en l’air 5 briques?!

Mais qu’est-ce que tu crois pauvre merde? J’suis un seigneur moi!!

Le vrai problème, c’est que les patrons ne veulent plus de Mortez. Paris informe Rivetot qui va essayer de préserver la star de la mauvaise nouvelle. Les coups de téléphone sont ignorés. Les courriers recommandés sont détournés. Rivetot finit même par faire croire à Mortez qu’une émission est diffusée alors qu’elle ne l’est pas.

De retour à Paris, les deux hommes parviennent à négocier la survie du programme qui sera désormais à l’antenne tous les deux jours. C’est le jour où Mortez craque. Il n’honore pas son contrat et s’enfuit.

Quelle fatigue… quel gâchis!

Quelques mois plus tard, Rivetot retrouve son ami en train de faire une animation commerciale dans une galerie marchande. Il s’est lui-même fait virer de la station de radio et s’est fait prendre en flagrant délit de vol à l’étalage, conformément à la Loi du Marché. Mortez revigoré propose à son ancien technicien de le suivre dans ses nouvelles aventures.

Regarde bien le paysage… parce qu’on n’est pas prêt d’y revenir!

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L’EXPLICATION

Tandem c’est la force d’un duo.

Mortez et Rivetot sont deux sortes d’Apprentis. Mortez est en fait Michel Morteau. À la manière de Clément dans Barracuda, il s’invente une femme imaginaire à laquelle il passe des coups de téléphone chaque soir pour se sentir moins seul. Rivetot n’est pas beaucoup mieux, lui qui se considère encore marié alors que sa femme plus vraiment. Les deux hommes sont deux compagnons de galère qui essayent de ramer de manière à peu près coordonnée s’ils veulent continuer d’avancer. Leur galère tombe en panne tous les cent kilomètres. Et le fameux public pour lequel on se donne tant de mal vous lâche parfois, en vous méprisant ou en faisant preuve d’une imbécilité sans nom. Rien de plus énervant que ces couples qui mangent leurs paquets de chips sur le bord de la route.

Allez hop remballez! Vous êtes la honte du public français! J’aime l’hiver car il m’épargne votre spectacle! 

Il y a des jours où l’on peut légitimement se poser des questions.

Y’a des jours où la lassitude doit vous gagner, non?

Mortez fait semblant que son travail est différent chaque jour, alors qu’en réalité il est usé. Il se dévoile malgré lui lors d’un diner de cons dans lequel il occupe le mauvais rôle. Il n’arrive plus à jouer le jeu.

Pourquoi vous êtes comme ça?

Parce que je suis fatigué mademoiselle…

C’est presque logiquement qu’il fait un burn out. Il annonce que tout va bien. Ce qui est en général un message d’avertissement pour dire que tout va mal.

Je crois que ça va être une très bonne émission…

Et ben tant mieux parce que depuis 26 ans que je la fais ce serait dommage que je me plante aujourd’hui non?

Vous avez pas mis de cravate?

Bah tu sais c’est de la radio… mais rassure toi : tout va bien!

Après son départ de la radio, Mortez continue de faire ce qu’il sait faire : de la promotion, sans trop de conviction. Il conduit une belle Mercedes mais ce qui lui redonne la flamme, c’est de retrouver son compagnon. Les choses font à nouveau du sens parce qu’ils s’équilibrent tous les deux. L’un a besoin que l’autre conduise et l’autre a besoin que le premier le guide. Rivetot passe sa vie à craindre que quelqu’un se suicide du haut d’un pont sur l’autoroute tandis que Mortez fonce sans se poser de question. Son style est flamboyant. Avec lui, tout est possible.

En 25 ans d’émissions j’en ai jamais raté une. Malade, quarante degrés de fièvre tout ce que tu voudras. j’ai jamais raté un rdv avec mes auditeurs. alors c’est pas aujourd’hui que je vais me laisser emmerder par une bagnole.

Il a néanmoins besoin de quelqu’un qui le préserve de la sortie de route. Quand il part dans des envolées dont il a le secret, contre les sans-dents notamment ; Rivetot est toujours là pour le ramener sur terre.

Vous savez Michel, c’est votre public.

Ils fonctionnent bien ensemble. Mortez a de la tendresse pour Rivetot. Et Rivetot a de l’admiration pour Mortez dans lequel il voit une sorte de Jiro Ono.

Ça fait pas chier de faire les mêmes conneries depuis 20 ans?

Nan ça le fait pas chier comme vous dites parce que quand on aime son métier comme lui on peut le faire aussi longtemps qu’on veut.

Rivetot est le refuge de Mortez, au sens de Richard Cocciante – et inversement : l’étalon de change or dans le système de Bretton Woods. Quand l’un des deux arrête de pédaler, le tandem tombe. L’autre finit au chômage technique (cf Le Chat) ou les fesses dans l’eau (cf Titanic). Pas de Yin sans Yang. Pas de Batman sans Joker (cf The Dark Knight). De la même manière, les Français ont besoin de leur télé-achat. Tant qu’on est deux, l’appétit va. Donc tout va. La Grande Vadrouille peut continuer.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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