SPIDER

SPIDER

David Cronenberg, 2002

LE COMMENTAIRE

Dans un monde où plus rien ne fait de sens, nous nous sentons désorientés. Dans l’impossibilité de trouver des réponses. Qu’on fouille dans le passé ou qu’on se projette vers le futur, le constat reste le même : il pleut et il fait froid.

LE PITCH

Le schizophrène mène l’enquête sur la mort de sa mère.

LE RÉSUMÉ

Dennis « Spider » Cleg (Ralph Fiennes) arrive en gare de Londres. Il sonne à la porte de Madame Wilkinson (Lynn Redgrave), l’intendance d’une maison de réinsertion. Spider y rejoint d’autres malades mentaux qui tentent de réintégrer la société. Au moindre faux pas, c’est le retour à la case départ.

This is an island ruled by a tyrant queen. She has the power to send any one of us back to where we came from. The asylum, I mean.

Spider parle peu. Il profite d’être à Londres pour retourner sur les lieux de son enfance. Les souvenirs remontent à la surface. Spider se revoit petit, en adoration devant sa mère (Miranda Richardson) tandis que son père (Gabriel Byrne) passait son temps au pub charmé par Yvonne (Miranda Richardson). L’ambiance n’était pas bonne au sein du couple Cleg.

Wasn’t meant to live like this.

Ya, but it’s not my fault.

Sa mère s’était rendue compte de l’adultère. Elle surprit son père en plein acte. Celui-ci l’a tuée d’un coup de pelle, puis l’a enterrée dans le jardin. Yvonne est devenue sa belle-mère.

Yes, it’s true he murdered your mother. Try and think of me as your mother now.

Le petit Spider n’avait pas d’ami. Il préférait tisser une toile d’araignée dans sa chambre pour le plus grand désespoir de son père qui aurait préféré le voir au foot avec ses copains.

What… what is the matter with you Dennis? Why are you so angry with us? You know you’re making your mother very unhappy.

Inconsolable, le petit Spider a tissé une toile dans la maison pour piéger Yvonne. De retour à la maison, elle a déclenché le gaz sans s’en rendre compte avant de sombrer dans un coma éthylique qui lui fut mortel. Témoin de la scène, Dennis réalise qu’il a peut-être tué sa propre mère. Il est confus.

You did this : you killed your mother.

Dennis s’introduit dans la chambre de l’intendante qu’il confond avec Yvonne, avec l’ambition de la tuer. Celle-ci se réveille juste à temps pour renvoyer le malade à l’institution.

You ready to come back to us then, old son?

L’EXPLICATION

Spider, c’est se perdre dans sa propre toile.

On sait depuis la jurisprudence Leonard Shelby que chacun a la capacité de ré-écrire l’histoire d’une manière qui l’arrange (cf Memento). Dans un déni absolu, nous ré-assemblons les pièces du puzzle. Comme si le réel n’avait pas eu lieu. Nous avons une tendance naturelle à nous victimiser plutôt que de prendre nos responsabilités. Si les événements vont contre notre volonté, alors les événements ont nécessairement tort. Nos idées prévalent. Reconnaître notre erreur est beaucoup plus compliqué. Admettre que l’on puisse se tromper n’est pas à la portée de tout le monde.

La tentation de l’uchronie concerne donc toute personne qualifiée de saine d’esprit par les autorités compétentes en la matière. Alors qu’en est-il de celles et ceux qu’on qualifie d’irrationnels (cf Paranoïa, L’Armée des douze singes)?

I’m afraid we are not to be trusted.

On ne peut effectivement pas faire confiance à ces personnes car leur perception de la réalité est plus que subjective, elle est absolument fantaisiste. Rien de logique ne peut s’y rattacher. Les personnes mentalement instables s’engouffrent néanmoins dans cette brèche pour tisser une toile complexe dans leur tête qui les prend au piège, ainsi que leur entourage.

Un environnement de fake news ne fait que leur facilité la tâche. Nous flottons tous dans l’air, sans réponse certaine. Or si plus rien ou presque n’est vérifiable, comment faire la différence? Comment séparer le vrai du faux? Après tout, Mme Cleg, Yvonne et Mme Wilkinson ont chacune le même visage pour Dennis.

Sachant que les souvenirs peuvent être tordus à souhait et que les enfants se racontent toujours des histoires entre eux… En l’occurrence, le petit Spider n’a même pas d’ami et donc pas d’ancre qui pourrait l’empêcher de dériver dans ses pensées.

I don’t know where you get your ideas from. You’re by yourself too much.

Il s’en donne à coeur joie. Qu’a-t-il pu imaginer dans sa tête? Que s’est-il réellement passé entre sa mère et son père? Qui peut le savoir? Que valent les souvenirs de Dennis?

Lui qui souffre encore visiblement de troubles mentaux ne peut pas s’en sortir tout seul. Laissé pour compte, il ne s’est pas se repérer tout seul. Des années plus tard, il n’a pas encore réussi à faire le tri dans sa tête. Pire, il continue de prendre des notes illisibles sur son carnet et de tisser sa toile.

Son intention de dénouer les noeuds est louable. Seul, son entreprise est cependant vouée à l’échec. Qu’en attendait-il seulement? Lorsque Dennis remonte le fil d’Arianne, qu’espère-t-il trouver à la fin de son aventure? Apparemment pas grand chose car il sait lui-même qu’il n’est pas là pour longtemps. Il parle peu, ses mots n’en ont donc que plus d’importance.

I will not be here that long.

En vérité, Dennis est dangereux. Il n’est pas à la recherche de la vérité dans le but de se soulager. Au contraire, il est toujours dans sa tête. Pris dans les mailles de sa toile sans la capacité ni la volonté de s’en sortir. Si on le laisse faire, il va commettre un nouveau crime en poignardant Mme Wilkinson. Dennis souffre à cause d’un trauma lié à l’enfance dont personne ne saura l’aider à régler.

Sa place est donc dans une institution où sa folie ne fera pas d’autres victimes. L’araignée va repartir quelque part au grenier avec les autres, dans l’obscurité. Là où les insectes que nous sommes ne risqueront pas de se faire attraper.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Un commentaire

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.