TICK, TICK… BOOM!

TICK, TICK… BOOM!

Lin-Manuel Miranda, 2021

LE COMMENTAIRE

Le covid a-t-il définitivement changé nos vies d’artistes? Pourra-t-on se retrouver un jour ensemble dans un espace clos, sans ouvrir les fenêtres, sans masque ni pass sanitaire? Une chose est certaine, nous continuerons de faire la fête.

LE PITCH

Un jeune artiste en devenir New Yorkais est pressé par le temps.

LE RÉSUMÉ

Le monde rentre dans sa dernière décennie avant de changer définitivement de siècle. Jonathan Larson (Andrew Garfield) s’approche de la trentaine. Il est anxieux de boucler sa comédie musicale Superbia, conscient qu’à son âge, ses parents avaient déjà eu deux enfants. Paul McCartney avait déjà écrit sa dernière chanson avec John Lennon.

Clock is ticking, that’s for certain.

Jonathan est complètement aspiré par son projet, au point de perdre le fil de sa relation avec Susan (Alexandra Shipp). Sa petite amie pense qu’il passe à côté de l’essentiel.

What if the workshop happens and nothing changes?

Son ami Michael (Robin de Jesús) abandonner ses rêves d’acteur pour travailler dans la publicité et s’offrir un appartement confortable. Jonathan pourrait en faire de même.

I could get rewarded for my creativity.

Cependant il ne peut se résoudre à jouer la comédie en brainstorming pour vanter les mérites de produits de grande consommation. Ce n’est pas pour lui.

It’s not your live, it’s advertising. It’s figuring out how to trick people into buying shit they don’t want. 

Actually it’s a lot more complicated than that. 

I don’t understand how you can take any of this seriously.

Because they pay me to.

Money isn’t everything. 

What are you doing with your life that’s so noble?

I’m making art!

Il se concentre sur son obsession. Boucler Superbia.

Superbia, a satire set in the future in a poisoned planet Earth where the vast majority of humanity spend their entire lives just staring at the screens of their media transmitters, watching the tiny elite of the rich and powerful who film their own fabulous lives like tv shows. 

Sans électricité, puisqu’il n’a plus de quoi payer ses factures.

Arrive enfin le grand jour où Jonathan peut partager son travail avec des producteurs. Roulements de tambour.

Of course you’re nervous. The first presentation of your musical is like having a colonoscopy in Times Square. Only with colonoscopy the worst thing that could happen is you find out you have cancer. With a musical, you find out you’re already dead. Have a good show.

Les félicitations du jury, mais aucune offre.

Congratulations on a terrific presentation.

So what am I supposed to do now?

Les encouragements de Stephen Sondheim (Bradley Whitford) lui donnent l’envie de s’accrocher malgré tout. Que son amour propre soit un guide dans l’inconnu.

Meanwhile, be proud.

Michael le soutient également.

It would be a tragedy to give up what you have.

Alors Jonathan planche sur une nouvelle pièce qui deviendra célèbre après sa mort (cf At Eternity’s Gate). Car Jonathan meurt d’un anévrisme de l’aorte avant la première à Broadway.

L’EXPLICATION

Tick, Tick… BOOM!, c’est voir le temps comme un ennemi.

New York regorge de talents au moins autant qu’Hollywood est peuplé d’ambitieux (cf La La Land) et Wall Street de prédateurs (cf Le Loup de Wall Street). De ce point de vue, Jonathan Larson est un artiste dans l’âme de plus dans la fourmilière de Manhattan.

Comme la plupart des personnes qu’il côtoie, l’idée d’être un parmi la foule lui va très bien puisque Jonathan se considère unique. Rien de moins qu’une espèce en voie de disparition.

I’m one of the last of my species.

Pourtant Jonathan Larson n’est encore personne. Car pour être identifié comme talent, il faut d’abord percer.

Pour percer, rien ne sert d’être modeste. Alors il y croit dur comme fer. Il persévère. Avant qu’une porte ne s’ouvre, il lui faudra prendre des murs.

The world that you created is really original. It’s fascinating. The problem is, it’s not particularly easy to follow the emotional thread. The details distract us from connecting with the characters.

Encaisser la critique et affiner son art avant d’être peut-être que son nom soit en haut de l’affiche (cf Sugar Man).

Pour persévérer, il faut du temps. Et du temps, Jonathan Larson n’en a pas. Il lutte contre la montre.

I’m running out of time. 

Ce sentiment génère une frustration partagée par beaucoup d’impatients.

Everyone is unhappy in New York. That’s what New York is!

Ce rapport au temps ajoute une pression supplémentaire. Plutôt que de le stimuler, le sablier qui s’écoule le paralyse complètement.

Johnny wants to hide, Johnny can’t decide. How do you know when it’s time to let go?

Jonathan n’arrive pas à se libérer de cette tension. Le temps joue contre lui. Il s’épuise comme le lapin blanc (cf Alice au Pays des Merveilles). Car les aiguilles ne s’arrêtent pas de tourner, pour son plus grand malheur.

The time keeps ticking…

Il n’a pas le temps ou plutôt, il ne croit pas en avoir. Cela fait déjà huit ans qu’il travaille sur son chef d’oeuvre. Ainsi, la notion de temps est toute relative, comme le lui fait remarquer Michael qui a appris qu’il était séropositif (cf 120 battements par minute). En l’occurrence, les jours de son ami sont officiellement comptés.

None of us have the options that you do.

Jonathan se trompe donc de combat car ses jours sont comptés également. Seulement, lui ne le sait pas (cf Don’t Look Up), ou refuse de l’admettre. Comme beaucoup d’entre nous, Jonathan pense sa vie comme s’il était éternel. S’il se dépêche, c’est parce qu’il est pressé d’arriver au sommet pour pouvoir en profiter.

I can’t keep wasting my time, I turn thirty in two days!

Jonathan est bien trop concentré sur lui-même, bien qu’il prétende le contraire. Il pense à la gloire plutôt qu’à son art. Cherchant désespérément à tourner tout ce qui se passe dans sa vie en notes de musique – car il manque singulièrement d’inspiration.

Paradoxalement, c’est bien son narcissisme qui va lui permettre de décrocher les étoiles en écrivant sur ses états d’âme. Tick, Tick… BOOM, qui deviendra plus tard Rent, trouve son public. Quelle ironie quand on pense que Jonathan a refusé la publicité pour finalement accoucher d’un succès commercial.

A-t-il vraiment atteint son but? Il ne le saura même pas car il a été rattrapé par le temps. Son ennemi a gagné en le privant de ce qu’il souhaitait le plus au monde de son vivant : la reconnaissance.

S’il n’avait pas fait du temps son ennemi, il l’aurait sans doute occupé autrement. Ce qui lui aurait peut-être permis de produire un travail véritablement intéressant. Pas une mélodie de plus se regardant le nombril.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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