HIGHLANDER
Russell Mulcahy, 1986
LE COMMENTAIRE
La division du monde la plus manichéenne se fait en général entre les gentil·les et les méchant·es, en s’appuyant sur la morale kantienne (cf Le Mal n’existe pas). C’est une erreur. Car si le monde devait se diviser en deux, il devrait permettre de distinguer les personnes avec du goût de celles qui n’en ont pas – au delà du bien et du mal.
LE PITCH
Deux hommes s’affrontent dans un duel à la vie éternelle.
LE RÉSUMÉ
1985. Russell Nash (Christopher Lambert) affronte Iman Fasil (Peter Diamond) en duel dans un parking souterrain, et le décapite. Ce qui lui vaut d’être arrêté puis relâché par la police New Yorkaise pour manque de preuve.
Russel Nash est en fait Connor MacLeod, né immortel en l’an de grâce 1536.
À l’époque, le clan écossais des McLeod affrontait celui des Fraser, aidé par un redoutable chevalier noir : le Kurgan (Clancy Brown).
He’s in league with Lucifer.
Celui-ci a terrassé MacLeod, sans le décapiter. Quelques jours plus tard, MacLeod s’est remis miraculeusement de ses blessures. Convaincu qu’il s’agissait de sorcellerie, son clan l’a envoyé en exil.
Connor MacLeod a compris qu’il était immortel grâce à un autre guerrier immortel, l’Espagnol Juan Sanchez Villa-Lobos Ramirez (Sean Connery).
From the dawn of time we came; moving silently down through the centuries, living many secret lives, struggling to reach the time of the Gathering; when the few who remain will battle to the last. No one has ever known we were among you… until now.
Ramirez lui a expliqué que les immortels doivent tous s’affronter dans le cadre du quickening. Après chaque victoire, l’immortel gagne du pouvoir. L’unique survivant gagnera le Prix. La règle est simple.
There can be only one!
Ramirez a formé MacLeod pour qu’il puisse vaincre le Kurgan, afin d’épargner l’humanité de ce fou sanguinaire.
The Kurgan is the strongest of all the immortals. He’s the *perfect* warrior. If he wins the Prize, mortal man would suffer an eternity of darkness.
Profitant de l’absence de MacLeod, le Kurgan en a profité pour décapiter Ramirez et violer Heather (Beatie Edney), la compagne de Connor.
Des siècles plus tard, Connor tombe amoureux de Brenda (Roxanne Hart). Malheureusement, il ne peut pas se lier à une mortelle. C’est la règle.
Le Kurgan retrouve sa trace et le provoque :
Ramirez’s blade did not cut deeply enough. He was right about you : You’re slime.
Ramirez was an effete snob! He died on his knees. I took his head and raped his woman before his blood was even cold… Ah, I see. Ramirez lied. She was not his woman, she was *your* woman. And she never told you. I wonder why. Perhaps I gave her something you never could, and secretly she yearned for my return.
Les deux derniers immortels sur terre doivent s’affronter.
MacLeod l’emporte. Le Prix lui confère le pouvoir de lire les esprits.
Connor décide de se servir de ce don pour oeuvrer à la paix sur terre, sans oublier les conseils avisés de Ramirez.
Patience, Highlander. You have done well. But it’ll take time. You are generations being born and dying. You are at one with all living things. Each man’s thoughts and dreams are yours to know. You have power beyond imagination. Use it well, my friend. Don’t lose your head.
Pour son plus grand bonheur, il devient également mortel et peut ainsi filer le parfait amour avec Brenda.
L’EXPLICATION
Highlander, c’est un délire de fils unique.
Les hommes se pensent ni plus ni moins que comme des Dieux immortels. Rien ne peut les atteindre. C’est leur destin.
You cannot die, MacLeod, accept it.
Comme ils ne veulent pas donner l’impression que la vie puisse être facile pour eux, ils parlent de leur condition comme d’une sorte de damnation que le commun des mortels ne peut pas comprendre.
I’ve been alive for four and a half centuries, and I cannot die…
Well, everyone has got their problems.
Il faut donc les admirer, voire les plaindre. Ce qu’ils accomplissent n’est pas de la tarte (cf Dracula)! Comme s’interrogeait Freddy Mercury : Who wants to live forever?
Une configuration bien commode pour des hommes qui peuvent dès lors rester hors d’atteinte. Sans attache. Mystérieux. Tourmentés. Incompris.
You refuse to let anyone love you…
Love is for poets.
Parce que les hommes aiment bien se penser aussi comme des guerriers solitaires (cf Mad Max Fury Road), à la dure. Ils souffrent – tout le temps. Dans un monde impitoyable, ils n’ont pas d’autre choix que de s’affronter les uns les autres comme si la vie était une forme de compétition avec une médaille d’or à la fin (cf There will be blood). Une logique qu’on retrouve tous les jours dans le monde de l’entreprise. Couper des têtes jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la sienne. Le libéralisme à son meilleur.
Dans cet environnement hautement concurrentiel, Ramirez fait d’ailleurs figure d’exception. Il est l’altruiste qui veut aider son copain à battre le gros vilain. Un ami qui vous veut du bien (cf Harry). Une exception qui confirme la règle.
I don’t know who you are.
We are brothers.
MacLeod est le fils unique qui traverse les années avec une détermination intacte. Le dernier du jeu des chaises musicales.
Il souscrit complètement à la règle du jeu masculin et il a complètement envie de gagner, mais pas pour sa propre gloire à l’inverse du Kurgan. MacLeod ne veut pas tirer la couverture à lui seul, il ne saurait pas quoi en faire. Gagner pour gagner n’est pas une fin en soi. Ce ne serait pas suffisant pour lui. Il lui faut quelque chose de plus noble.
Sometimes, the sharpest blade is not enough.
Alors MacLeod cherche quelque chose au delà de lui-même. Il lui faut un but dans la vie comme de tomber amoureux, se marier, avoir des enfants et peut-être sauver le monde d’un péril. Dès lors, il doit absolument être celui qui triomphe à la fin.
L’homme est le héros sympa.
Sinon, il ne serait qu’un simple connard.


Film éminemment culte… Ce qui ne veut le plus souvent pas dire chef d’œuvre, plus prosaïquement film unique, marquant et original.
Mais c’est surtout un rôle marquant pour Sean Connery : après James Bond, sa carrière est bien aléatoire en gros de 75 à 85 (le mot magique : Zardoz… ), mais c’est bien Highlander qui marque une nouvelle phase dans sa vie et lui donnera le rôle idéal qu’il gardera jusqu’à la fin de sa carrière cinématographique : le mentor, père spirituel : Le Nom de la Rose, les Incorruptibles, Octobre Rouge, Indiana Jones, The Rock… Haute Voltige (pour Catherine Zeta Jones, tout en flexibilité)
Mine de rien, un film important… Et puis Queen à la BO, ça ne se refuse pas.
Merci Toto pour ce commentaire. Au delà du second souffle de Sean Connery et de la bande-originale, quel élément de l’histoire de Highlander en fait un film culte selon vous?
Sean Connery, donc, mais aussi et surtout Clancy Brown extraordinaire dans son rôle de Kurgan et il s’en donne à cœur joie, le bougre… Lambert est parfait dans son rôle du bonhomme paumé à travers les siècles et quand on le voit, on se dit que Freddy a bien raison : qui peut vraiment vouloir la vie éternelle?… McLeod me rappelle un peu Kyle Reese devant affronter un certain cyborg à travers le temps : Le Kurgan est aussi marquant que le Terminator mais avec un meilleur acteur interprétant le méchant et on sait ce qu’Hitchcock disait du rôle du méchant :
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/hitchcock-truffaut-secrets-de-fabrication/plus-le-mechant-est-mechant-meilleur-est-le-film-7018978
Ici, Kyle Reese est Ecossais et il aura eu un mentor pour l’inspirer et le guider
Bref, un idée forte, des bons acteurs et une dynamique réussie entre ceux ci, la musique de Queen et enfin le style visuel de Russel Mulcahy = Film culte, même si les suites sont des bouses infâmes.
Mais on peut très bien ne pas être d’accord et dire que, visuellement, plus 80s tu meurs, que Connery est Ecossais mais joue un Espagnol d’origine Egyptienne, que Clancy Brown cabotine (tel Alan Rickman dans Robin des Bois Prince des Voleurs), que Christophe Lambert n’a aucun charisme… Ce sont des reproches tout à fait valables