THE WANDERING EARTH
Frant Gwo, 2019
LE COMMENTAIRE
Depuis la conquête lunaire (cf First Man), on ne regarde plus le ciel de la même manière. On se prépare désormais à l’idée de devoir s’y aventurer, après avoir quitté son domicile (cf Interstellar). Et si l’alternative était possible ? Et si l’on pouvait prendre la planète bleue dans les bagages ?
LE PITCH
La planète Terre joue les boules de flipper dans l’espace.
LE RÉSUMÉ
Comme attendu, le soleil grossit au point de menacer tout son système. Devant cette échéance, tous les gouvernements se sont réunis dans un gigantesque Front Républicain contre la fin du monde.
Une idée a été retenue : propulser la Terre en dehors du système solaire grâce à d’énormes réacteurs, pour qu’elle puisse rejoindre Alpha Centauri.
Liu Peiqiang (Wu Jing) est un astronaute chinois. Il travaille sur la station orbitale qui a la responsabilité de guider la planète vers sa nouvelle destination.
Papa part en mission.
Sur Terre, plusieurs milliards d’individus ont rejoint des villes souterraines (cf Underground). Tous les autres ont été emportés par des tsunamis dévastateurs.
Liu Peiqiang a confié son fils Liu Qi (Qu Chuxiao) à son beau-père Han Zi’ang (Ng Man-tat) (cf Le Promeneur d’Oiseau).
Des années plus tard, Liu Qi s’impatiente de rejoindre la surface. Il emmène avec lui sa sœur adoptive, Han Duoduo (Zhao Jinmai).
La Terre s’approche dangereusement de Jupiter et se trouve emportée par la gravité de la planète géante, provoquant des cataclysmes qui désactivent de nombreux réacteurs. L’heure est encore plus grave.
Sur la station, Liu Peiqiang reçoit l’ordre de se mettre en hibernation forcée, avec son collègue russe Makarov (Arkadiy Sharogradskiy). Ils ne doivent sous aucun prétexte venir en aide aux Terriens. Selon les calculs statistiques, tout est foutu. L’intelligence artificielle a même déjà commencé à diffuser des messages funèbres.
Rentrez chez vous. Enlacez vos proches. Retrouvez vos familles pour un dernier adieu. Bon courage à tous. Fin de la transmission.
Risquant la cour martiale, Liu Peiqiang refuse les ordres et réveille Makarov. Sur Terre, Liu Qi pense que s’il est possible de mettre feu à l’hydrogène sur Jupiter, alors la Terre pourra éviter la collision et reprendre sa route.
Il nous faut juste une allumette.
(…) Allons faire péter Jupiter!
Les réacteurs n’ont pas assez de portée. Le sacrifice de Liu Peiqiang devient nécessaire. Il se dévoue pour son fils, et pour l’humanité.
En tant que père, je ne veux pas que ce jour soit le dernier. Je refuse de céder. (…) Papa part encore en mission.
Déjouant les probabilités les plus pessimistes, le scénario fonctionne. C’est reparti!
La mémoire du courage et de la persévérance de l’humanité restera dans les étoiles. Ce long voyage qui mêlant espoir et désespoir durera encore 2500 dans le cosmos.
L’EXPLICATION
The Wandering Earth, c’est l’approche confucianiste.
La fin du monde pose des dilemmes qui mettent l’idéologie face à elle-même. Comment affronter les grands défis qui attendent l’humanité ? À quels sacrifices peut-on consentir ? Au nom de quoi ? Doit-on seulement faire des sacrifices ? À un moment, la question finira par se poser.
Au départ les gens étaient inconscients. Jusqu’à ce que la catastrophe nous concerne tous.
Dans la culture occidentale, la fin du monde n’est guère qu’un menace qu’on aime agiter pour se faire peur et se rassurer. Un spectre bien pratique qui permet d’activer la réthorique du sauveur. Car à la fin de l’histoire l’humanité s’en sort toujours (cf San Andreas, Armageddon, Moonfall, Deep Impact, Greenland). Même quand tout semble perdu, il y a toujours un individus courageux pour sauver les meubles et reconstruire. Le sujet triomphe, selon la vieille idée qu’il ne peut en rester qu’un (cf Highlander), en l’occurrence l’élu (cf Matrix).
Dans la culture orientale, ce n’est pas tout à fait pareil. Le confucianisme, populaire en Chine, établit que les dispositions naturelles de l’humanité, souvent limitées, doivent être patiemment éduquées à force de travail, de sorte que l’homme parfait, intégré à son monde, à la place qui est la sienne, se trouve culturellement grandi. On existe qu’à travers les autres.
Cette philosophie permet de relativiser et invite à un certain pragmatisme. Les Chinois, ancrés dans la réalité, gardent tellement les pieds sur terre qu’ils acceptent de vivre ailleurs – tant qu’il s’agit du même sol. Liu Peiqiang part d’un constat qui annonce la couleur :
C’est pas une simple mission de sauvetage, il va y avoir beaucoup de morts.
Plutôt que d’être dans le déni (cf Don’t Look up), il accepte la situation et en tirer les conséquences avec réalisme. Si le ticket est gagnant tant mieux, sinon tant pis.
Une loterie décidera du droit de résidence dans les villes souterraines.
Pour les Chinois, l’individu compte évidemment.
Une civilisation sans vie ne vaut rien.
Cependant, l’individu compte moins que l’espèce. Han Duoduo a été sauvée des eaux par Han Zi’ang. Elle n’a pas de géniteurs identifiés. Peu importe. Elle est la fille du peuple.
Toutes les âmes qui gisent sous l’eau sont ses parents.
Les Chinois ont cette capacité de voir plus loin et penser au delà de leur petite personne.
L’humanité, cette petite tribu du système solaire, embarque pour un long voyage de 2,500 ans.
Lorsque Makarov attire l’attention de Liu Peiqiang sur le fait qu’ils ne pourront plus prendre l’apéritif sur terre avant un bon bout de temps. Ce qui ne pose aucun problème au Chinois.
Il faudra 2,500 ans pour que le lac Baïkal dégèle…
C’est pas grave. On a des enfants. Et leurs enfants auront des enfants.
Tout ce qui compte est la survie de l’espèce. La fin justifie les moyens. Coûte que coûte. La mission est plus importante que le reste.
Nous sommes en mission urgente, merci de le comprendre.
Pour ne pas brosser un tableau plus sombre qu’il ne l’est déjà, il reste la notion d’espoir.
C’est quoi l’espoir?
(…) L’espoir est la voie qui nous emmène à bon port.
Il y a donc un chemin et l’on doit s’y tenir avec discipline. L’espoir justifie l’obéissance absolue à l’autorité. Il faut se tenir à carreau.
Désobéir aux règles, c’est risquer votre vie.
En période de fin du monde, cette idéologie pourrait prévaloir. Ce n’est pas à New York ou à Paris que l’on rallume les réacteurs, mais bien en Asie. À la fin des temps, on se rendra peut-être compte que les rois soleils qui s’imaginaient au centre de tout étaient en fait dangereuses pour le groupe.
À l’époque, le soleil n’inquiétait personne. Les gens ne s’intéressaient qu’à l’argent…
De nouvelles valeurs vont naître. On ne célèbrera pas les survivants qui n’ont aucun mérite, mais plutôt les morts sans qui personne ne serait là. On remerciera ainsi les pères, étoiles dans le ciel, qui ont assuré la suite.
Vous êtes les héros de notre planète terre. Nous n’oublierons pas votre sacrifice.
Le retour en grâce du paternalisme, sans lequel la terre ne pourra pas se faire une place dans une autre galaxie.
Nous arriverons chez nous.
En espérant ne pas faire d’ombre à une autre planète afin d’éviter un éventuel conflit de civilisations.
On a encore le temps de voir. 2,500 ans pour être précis.
Patience et humilité.

