UN HÉROS TRÈS DISCRET

UN HÉROS TRÈS DISCRET

Jacques Audiard, 1996

LE COMMENTAIRE

Jadis, on passait une vie à peaufiner son art. Aujourd’hui, il faut se réinventer sans cesse. Tout va de plus en plus vite. L’identité est fluide dans un monde où il devient difficile de faire la part des choses, et dans lequel les imbéciles ne changent toujours pas d’avis. À la fin, on peut ne plus vraiment savoir qui l’on est (cf Le Talentueux Mr Ripley).

LE PITCH

Un homme profite de la confusion qui règne après-guerre.

LE RÉSUMÉ

Albert Dehousse (Jean-Louis Trintignant) retrace son parcours.

Fils unique, Albert se raconte des histoires depuis qu’il est petit. Son père est mort lors de la Première Guerre Mondiale (cf 1917). Son statut d’orphelin lui permet d’être réformé. Dehousse évite ainsi la Seconde Guerre Mondiale.

Il rate sa première occasion d’être un héros.

Marié avec Yvette Caron (Sandrine Kiberlain), il quitte le Nord de la France pour Paris pour participer à la Libération. Dehousse dort dans une chambre de bonne. Le Capitaine Dionnet (Albert Dupontel) le prend sous son aile.

On vit un moment formidable comme il n’y en a pas eu deux par siècle. Les vaincus se déguisent en vainqueurs, les lâches ont le rôle des méchants aujourd’hui. Avec un peu de talent et d’imagination y’a plus de limite…

Dehousse devient l’assistant de Joseph Joanovici (François Berléand), un homme qui connait beaucoup de monde à Paris.

Toute ma vie j’ai rendu service. Rendre service, c’est le secret.

Lorsque Monsieur Jo est arrêté par les FFI, Dehousse doit trouver une solution. Il s’incruste à une réunion d’anciens résistants et se fait remarquer.

J’ai beaucoup entendu parler de vous M. Dehousse!

Personne ne le reconnait mais son histoire semble tenir debout. Dehousse se retrouve inscrit sur la liste des anciens combattants et commence à recevoir des courriers. Le concierge (François Chattot) n’y voit que du feu.

Mon Lieutenant, votre loyer, c’est moi qui m’en occupe!

Dehousse est apprécié pour sa discrétion. Le Général (Philippe Nahon) le nomme Lieutenant Colonel auprès des troupes françaises d’occupation à Baden Baden.

Vous êtes en dehors des clans, discret, efficace. C’est pourquoi votre nom a été retenu.

Dehousse a fait semblant jusque là. Sur le théâtre des opérations, il doit prendre des décisions.

Autour de lui il y avait eu une vraie guerre. Pas une guerre de livres illustrés, une vraie guerre avec de vraies armées, de vraies ruines, une vraie débâcle et parfois de vrais morts.

En Allemagne, il fréquente aussi Servane (Anouk Grinberg).

Boutin (Yves Verhoeven) se doute de l’arnaque.

Où est-ce qu’il a fait la guerre ton fameux Colonel…?

Meyer Meyer (Bruno Putzulu) ne se pose pas de question.

Vous savez je suis militaire, et un militaire ça réfléchit pas.

Dehousse se montre à la hauteur.

Son exemple fit tâche d’huile. (…) On parla bientôt d’un style Dehousse.

Dehousse finit par tout avouer. Il est condamné à une courte de peine de prison pour bigamie, sans que l’affaire ne s’ébruite.

L’armée et les associations de résistants se mirent d’accord : il était inutile d’ajouter un scandale au ridicule.

Par la suite, Dehousse continuera d’exercer de nombreuses fonctions politiques.

L’EXPLICATION

Un Héros très discret, c’est être poussé à l’imposture.

Le besoin de validation que chacun·e peut éprouver s’accompagne toujours d’un petit sentiment d’imposture. Si l’on a autant besoin de la validation d’autrui, c’est forcément que l’on ne doit pas se sentir tout à fait légitime…

L’imposture est dénoncée aujourd’hui, comme s’il n’y avait rien de pire que de se faire passer pour un autre. Les personnes qui mentent à la communauté à propos de leur identité sont condamnées, dès lors qu’elles sont dévoilées.

C’est étrange car on pourrait facilement dévoiler tout le monde (cf Le Jeu). Par exemple, le père de Dehousse mort au combat a été élevé au rang de héros. Sauf que ce n’est pas vraiment ce qui se dit…

C’était pas un héros ton père, c’était un poivrot comme le mien.

Les imposteurs sont souvent dénoncés par des personnes comme la mère de Dehousse qui est frustrée de son quotidien. Elle est la première à rêver d’une autre existence. Si seulement elle pouvait être quelqu’un d’autre…

Pourquoi j’ai pas droit à ma vie moi-aussi comme tout le monde ?

On dénonce donc les imposteurs par jalousie, parce qu’il réussissent à faire ce que tout le monde aimerait faire sans y parvenir (cf Appelez moi Kubrick).

Il est pourtant étrange que l’on dénonce l’imposture car on ment tellement tout le temps, y compris à soi-même (cf Memento). Dehousse veut vivre dans la vie qu’il souhaite depuis qu’il est enfant. Il n’est pas mythomane (cf Mytho-Man). Au contraire, il applique simplement la philosophie de Henry Thoreau au sens où il veut vivre la vie qu’il a imaginé (cf Le Cercle des Poètes disparus).

J’ai toujours trouvé que la vraie vie était insupportable. Je ne sais plus qui a dit que ‘les vies les plus belles étaient celles qu’on invente’, je crois que c’est moi!

En cela, commet-il un crime ?

L’imposture est également dénoncée comme si elle était quelque chose de choisie en conscience. En l’occurrence, Dehousse n’a pas vraiment eu le choix. À la Libération, les conditions étaient propices pour s’inventer un histoire (cf Uranus). Il fallait s’inventer une histoire. C’était le moment de s’inventer son histoire.

Franchement qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? Qu’est-ce que vous auriez fait à ma place ?

Dehousse a du se débrouiller tout seul, avec ses moyens. Il n’a bénéficié d’aucun piston. Au fil de ses rencontres, il a appris.

Si t’as l’air malin on se méfie, si t’as l’air con on t’écoute pas.

Il a compris que tout n’était qu’affaire de jeux de rôles (cf Masques), profitant du fait que personne ne contrôle les diplômes ni l médailles. Alors il est rentré dans son personnage et il a excellé dans son acte (cf Attrape moi si tu peux, Au revoir là-haut). Malgré de nombreux dîners, et de nombreuses questions, personne n’a réussi à le mettre en difficulté. Ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Racontez-nous. Il y’a bien un jour où tout a basculé pour vous…

Certes il n’avait pas la tête de l’emploi. Cependant, tout le monde l’a cru. Il faut reconnaître à Dehousse un certain talent.

Par ailleurs, il a réussi à faire du bon boulot alors qu’il n’était pas légitime à la base. Sans expérience, il s’est très bien débrouillé. Ce qui pose un problème existentiel à beaucoup de personnes qui pourraient craindre que l’on découvre que n’importe qui pourrait occuper leur fonction.

Et puis quand la mort viendra, on lui mentira. On lui dira que c’est pas l’heure, qu’elle s’est trompée de bonhomme. À la fin il n’y aura plus que des humains, très humains. Des braves types dans notre genre.

Qui sont les vrais imposteurs ?

Ne vaut-il pas mieux un gentil faussaire (cf À l’Origine) qu’un honnête monstre (cf Docteur Petiot) ?

LE TRAILER

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