PEUR PRIMALE

PEUR PRIMALE

Gregory Hoblit, 1996

LE COMMENTAIRE

La vie est une question de perspectives. On peut se convaincre qu’on est du bon côté de la barrière, profitant d’un salaire confortable et protégé par sa mutuelle. Inversement, on peut se dire qu’on est mieux derrière des barreaux, loin de la barbarie de la vie civile tout en profitant du cadre réconfortant de l’institution carcérale. On peut se dire aussi que peu importe où l’on se trouve, l’essentiel est de garder le sourire en toutes circonstances.

LE PITCH

L’avocat des causes perdues s’est trouvé une nouvelle affaire.

LE RÉSUMÉ

Martin Vail (Richard Gere) s’est spécialisé dans la défense des cas désespérés. Il est une sorte de Jacques Vergès (cf L’avocat de la terreur). Il prolonge l’espérance de vie de truands comme Joey Pineiro (Steven Bauer) sur des vices de procédure. Martin Vail s’est spécialisé dans les arrangements à l’amiable. Il est devenu le roi de la pirouette.

L’attention de Vail est attirée par une affaire hautement médiatique: le jeune Aaron Stampler (Edward Norton) a été arrêté dans le cadre de l’assassinat de l’archevêque Rushman (Stanley Anderson), l’homme le plus apprécié de Chicago. Stampler a été retrouvé couvert de sang, faisant de lui le coupable idéal. Vail saute sur l’occasion et propose de défendre Stampler pro-bono. À l’intuition.

Son adversaire n’est autre que son ancienne maîtresse Janet Venable (Laura Linney), qui travaille pour le corrompu John Shaughnessy (John Mahoney).

L’affaire est plus complexe qu’il n’y parait. Stampler, abusé par son père, semble incapable de faire du mal à qui que ce soit. Et nombreux sont ceux qui aurait pu vouloir souhaiter la disparition de l’archevêque. À commencer Shaughnessy qui a perdu une fortune dans un projet immobilier par la faute de Rushman.

Vail met la main sur une cassette VHS qui peut faire basculer l’issue du procès. Ce film révèle la pédophilie de Rushman qui dirige trois adolescents à la manière d’un réalisateur de films pornographiques (cf Il n’y a pas de rapport sexuel). Cette pièce permettrait de montrer que Stampler fut la victime de Rushman, tout en lui donnant un mobile pour le meurtre. Que faire?

Lorsque Vail confronte son client, il découvre que Stampler est schizophrène. Molly Arrington (Frances McDormand), la psychiatre chargée d’établir son profil, a découvert que Stampler a une double personnalité (cf Split). Il est également Roy, une personnalité violente, responsable du crime.

If you lay that tough-man shit on Aaron again, I will kick your fuckin’ ass to Sunday!

Le client de Vail est donc à la fois coupable et innocent.

Vail tente d’abord de faire venir Shaughnessy à la barre pour montrer l’autre visage de Rushman, mais la juge ne retient pas ce témoignage. Pour sauver Stampler, Vail doit prouver que son client n’est pas responsable de ses actes. Il va tendre un piège à Venable pour faire sortir Aaron de ses gonds. Roy agresse la procureur. Le procès est suspendu. Aaron va être interné et pourra sortir quelques mois plus tard. Vail s’empresse de lui annoncer la bonne nouvelle et découvre que son client s’est moqué de lui. Il est Roy depuis le début.

Oh come on, don’t be like that, Marty. We did it, man. We fucking did it! We’re a great team, you and me. You think I could’ve done this without you? You’re just feeling a little angry here, because you started to care about old Aaron, I can understand that, but… you know, love hurts, Marty. What can I say? Hey, I’m just kidding, bud! I didn’t mean to hurt your feelings! What else was I supposed to do? Hey, you’re gonna thank me down the road, because this is gonna toughen you right up, Martin Vail! You hear me? That’s a promise!

S’il révèle la vérité, Vail perdrait de sa superbe. Il choisit de se taire et de fuir les flashs des journalistes qu’il affectionne tant. C’est par une porte dérobée qu’il préfère s’éclipser discrètement, ce qui ne ressemble pas à ses habitudes.

L’EXPLICATION

Peur Primale, c’est la frustration.

Martin Vail est un homme à qui rien ne résiste. Ce rouleau compresseur est une success story. Il trimballe tout le monde, y compris Janet Venable.

You used me.

Il est un homme de défis qui a tout compris, une sorte d’alpha-man super-héroïque qui met le monde à ses pieds. Vail est tout à la fois.

I don’t have to believe you. I don’t care if you are innocent. I’m your mother, your father, your priest.

Il prend tout le monde de haut. Il conspue ses équipes pour ne pas faire un assez bon travail. Il méprise même son propre client – pour lequel il fait les questions ainsi que les réponses. C’est lui qui parle. Personne d’autre.

I speak. You do not speak. Your job is to just sit there and look innocent.

En pensant surfer sur le monde, il ne se rend même pas compte de ce qui se passe. Son client est bien coupable. Sa schizophrénie en est la preuve. Vail est persuadé qu’il ne peut pas avoir tort : Certes, son client est coupable, mais c’est avant tout parce qu’il est une victime. Il y a forcément une solution.

Dans le fond, Vail est un avocat qui défend des pourris parce qu’il est persuadé qu’il y a encore plus pourri ailleurs. C’est ce qui l’anime. Il veut prouver que le monde est une poubelle et que les salauds ne sont pas ceux qu’on croit – ce qui lui donne au passage le beau rôle.

I believe in the notion that people are innocent until proven guilty. I believe in that notion because I choose to believe in the basic goodness of people. I choose to believe that not all crimes are committed by bad people. And I try to understand that some very, very good people do some very bad things.

Vail oublie les fondamentaux. La justice ne se rend pas au tribunal.

On my first day of law school, my professor says two things. First was: from this day forward, when your mother tells you she loves you, get a second opinion.

And?

If you want justice, go to a whorehouse. If you wanna get fucked, go to court.

Il devient ainsi celui qui veut défendre des méchants qui n’ont pas l’air de l’être… mais qui le sont vraiment. Roy le mène en bateau. Pris à son propre piège, Vail est privé de cette gloire qu’il adore (cf Le Prestige). Le grand avocat sort par la petite porte. Au passage, Venable a été prise pour une idiote – une fois de plus. L’Eglise perd encore un peu de son lustre (cf Spotlight). Roy sera libre mais devra se faire passer pour Aaron le bègue le restant de ses jours.

Tout le monde retourne bosser le lendemain, sans sortir de prison.

La vie continue.

LE TRAILER

https://www.youtube.com/watch?v=cNxngO1482E

Cette explication n’engage que son auteur.

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