LE CAVALEUR
Philippe de Brocca, 1979
LE COMMENTAIRE
Les hommes font peur aux femmes, en particulier les séducteurs (cf Don Juan). Ceux là sont particulièrement dangereux, non pas pour leur capacité à briser des coeurs mais plutôt parce qu’ils s’échappent sans arrêt. Ce qui a le don d’agacer prodigieusement les femmes, un vieux traumatisme lié à l’absence du père… Il a donc fallu diaboliser ces hommes en les qualifiant d’abord de womanizer (cf Crazy Stupid Love), ou encore queutard (cf Les Infidèles), puis de pervers narcissiques (cf Mon Roi). Alors qu’en réalité, ces hommes sont toujours en retrait. La preuve : ils sont aussi ceux qui rentrent le plus vite à la niche dès qu’ils le peuvent (cf The Master).
LE PITCH
Un homme ne sait plus où donner de la tête entre sa femme, son ex et sa maitresse.
LE RÉSUMÉ
Marie-France (Nicole Garcia) appelle Olga (Lila Kedrova), l’assistante de son mari Édouard Choiseul (Jean Rochefort).
Vous ne savez pas où il est ?
Le pianiste se trouve salle Wagram pour un enregistrement. Alors que sa maitresse Muriel Picoche (Catherine Alric) l’attend Gare de Lyon.
Je l’avais complètement oublié celle-là…!
Marie-France échange avec Lucienne (Annie Girardot), la première femme d’Édouard, à propos de son cadeau d’anniversaire.
Édouard court dans tous les sens et multiplie les promesses intenables. Il s’était engagé à partir en weekend à Chamonix auprès de Muriel, avec laquelle il va essayer de dîner après avoir juré à sa femme qu’il rentrerait plus tôt. D’ailleurs, Marie-France commence à en avoir marre de toutes ces combines.
Je me demande si je ne vais pas commencer à te tromper…
(…) Tu m’as déjà trompé j’en suis sûr! (…) Si tu m’avais trompé je m’en serais aperçu…
Tu t’aperçois jamais de rien. Est-ce que tu déjà aperçu que j’étais parfois malheureuse ?
Lucienne confirme la menace.
Méfie toi Edouard, tu ne partiras pas toujours le premier!
Alors Édouard se rachète en emmenant Marie-France et les enfants dans le Morbihan, sans réussir à se débarrasser de Muriel et en devant faire un aller-retour en banlieue parisienne pour assurer un concert au chateau de Suzanne Taylor (Danielle Darrieux), une ancienne conquête, où il va tomber sous le charme de Valentine (Catherine Leprince).
On s’est déjà rencontrés ?
Il fait le coup à chaque fois…
Tout est compliqué pour Édouard, ainsi que pour son entourage. La patience de Marie-France arrive à son terme : elle se barre pour de bon.
Tu as couché avec les meilleures amies de tes femmes et les femmes de tes meilleurs amis. Ce qui fait que tu n’as plus d’ami. Et que te voilà sans femme aujourd’hui. Tu es seul mon pauvre Edouard, et c’est bien normal.
Édouard en profite pour partir en province chez André le Goff (Florent Boffard). Il est censé revenir sur Paris pour embarquer à destination de San Francisco en compagnie de Valentine mais il décommande au dernier moment, comme il fait toujours. Valentine n’est d’ailleurs pas surprise.
C’était rigolo quand même.
Pompon (Carol Lixon), l’une des filles d’Édouard, réclame son père.
Quand est-ce que tu rentres papa ?
Elle a une bonne raison : elle va se marier.
Lors de la cérémonie, Édouard retrouve les femmes de sa vie – parmi lesquelles Marie-France.

L’EXPLICATION
Le Cavaleur, c’est une fuite en avant.
Au siècle dernier, les hommes qui fréquentaient plusieurs femmes à la fois étaient appelés des coureurs. Parce qu’ils couraient à droite à gauche derrière les jupons.
En l’occurrence, Édouard court beaucoup. Ce qui fait de lui un cavaleur.
Elle était bien Lucienne!
Elles sont toutes chouettes Marcel…
Sa vie est un enfer d’organisation. Édouard passe son temps et son énergie à jongler avec ses nombreux rendez-vous. Avoir une assistante ne suffit pas à coordonner un agenda beaucoup trop rempli pour un seul homme.
Demain, c’est pas commode.
Alors la semaine prochaine?
Oui. Éventuellement…
Édouard ne sait même pas après qui il court. Quand on est l’homme d’autant de femmes, on est l’homme d’aucune. En fait, il fuit. Édouard est en cavale (cf Le Fugitif).
Édouard a du mal à comprendre les gens autour de lui.
C’est curieux cette manie qu’on les gens de dire les choses qu’on ne leur demande pas.
Comme s’il était mal tombé. Dans ce monde monogame qui sacralise les liens du mariage, Édouard passe naturellement pour un bel égoïste.
Tu es comme un coup de vent qui passe sur l’eau, tu laisses des rides.
Alors qu’il n’est qu’un homme indépendant qui a simplement besoin que l’on respecte sa liberté (cf Mad Max : Fury Road).
Les gens sont incroyables! Faut toujours qu’on soit à leur disposition. Comme si on ne pouvait pas avoir de vie privée…
D’ailleurs, il souffre de ne pas partager la même conception des relations.
Y’a rien à faire : on s’aime, on ne s’aime plus. C’est atroce.
Édouard a essayé mais il n’y arrive pas. La comédie du couple lui parait ridicule.
Je suis content qu’on ait eu cette conversation. C’est bien de temps en temps de faire le point. quand je pense que y’a des couples qui vivent sans rien se dire. Les malentendus s’accumulent. On finit par vivre comme des étrangers.
Il redoute ces femmes qui ne cherchent qu’à l’enfermer. Même sa maitresse se montre exclusive.
Je sais pas ce qui te prends : tu m’oublies partout. Tu as quelqu’un d’autre ou quoi ?
Il ne comprend pas ces femmes qui ne savent lui faire que des reproches.
Pendant trois ans tu ne te souvenais même pas qu’on existait.
Je vous ai quand même envoyé de mes nouvelles.
Ah oui, des chèques oui.
Édouard devient fou à Paris où il n’arrive clairement plus à gérer ses histoires. Sa vie est impossible.
Pourquoi ne pas dire la vérité ? Toujours des mensonges, des compromis boiteux, des arrangements à la petite semaine.
Il s’épuise tout seul à trouver des manières de rester discret. En plus, ses précautions sont inutiles car personne n’est dupe.
Comment le sais tu…?
Tout le monde le sait!

En vérité, il serait bien mieux planqué à la campagne dans une vie d’ermite (cf Calmos).
Mais je me plais ici! J’emmerde personne. Pour la première fois j’ai l’impression de servir à quelque chose.
Ou peut-être préférerait-il que les femmes se détendent un peu, comme Suzanne qu’il a connue à la Libération.
L’amour est assommant, plein de vagues à l’âme, de soupirs…
En fait j’ai pas énormément compté.
Ah si! Tu as énormément compté, pendant trois jours.
Plus on essaie de le coincer, et plus il veut s’enfuir. Qu’on lui foute la paix! Marie-France a tout compris, elle s’en va en lui laissant la porte ouverte. Édouard se sent alors complètement libre de revenir, et rester.