LE SACRIFICE

LE SACRIFICE

Andreï Tarkovski, 1986

LE COMMENTAIRE

On plante un arbre sans vraiment penser à sa longévité (cf Into Eternity). Le temps passe et il se met à pencher, comme poussé par le vent. Un peu comme on finit par se pencher naturellement avec les années. Heureusement que la relève est là pour mettre de l’engrais.

LE PITCH

Dernières conversations avant le fin du monde.

LE RÉSUMÉ

Sur l’île de Gotland, Alexander (Erland Josephson) passe un peu de temps avec son fils (Tommy Kjellqvist), muet depuis une opération de la trachée. Alexander se livre à un monologue au cours duquel il médite sur la manière dont les routines du quotidien peuvent changer le monde..

Qu’on qu’on en dise, la méthode, le système… c’est une grande chose!

C’est son anniversaire. Otto (Allan Edwall), le facteur, vient lui remettre quelques télégrammes. Les deux hommes discutent de l’éternel retour nietszchéen.

C’est toujours le même désespoir. La même absurdité…

Victor (Sven Wollter), le médecin qui a opéré l’enfant arrive. Il rejoint Adelaïde (Susan Fleetwood), la femme d’Alexander qui regrette que son mari ait abandonné le théâtre.

J’ai commencé à avoir honte d’être sur scène. Honte de faire semblant d’être un autre, de jouer les émotions des autres. Mais surtout j’avais honte d’essayer d’être sincère sur scène.

Otto adopte un ton encore plus grave.

Nous ne sommes que des aveugles, nous ne voyons rien!

Les débats sont brusquement perturbés par le bruit d’un avion de chasse. Le ciel s’assombrit. Un message d’alerte est retransmis en direct.

Chacun doit rester à l’endroit où il est, car il n’y a pas d’endroit plus sûr en Europe où chacun se trouve actuellement. (…) Les citoyens responsables mettront tout leur courage et leur sang-froid à coopérer avec l’armée afin de maintenir le calme, l’ordre et la discipline. Le seul ennemi intérieur qui nous menace en cet instant, c’est la panique.

L’ambiance est plombée. Joyeux anniversaire!

Qu’allons nous faire ?

Alexander s’en remet à Dieu en promettant de ne plus rien dire si tout revient à la normale.

Sauvez nous je vous en prie.

Victor doit faire une injection à Adelaïde pour la soulager. Otto suggère à Alexander d’aller voir sa femme de maison (Gudrún Gísladóttir) afin qu’elle le réconforte. Ce qu’elle fait, en se déshabillant.

N’ayez pas peur, n’ayez peur de rien. Tout va bien maintenant.

Au petit matin, le soleil brille. Les oiseaux chantent à nouveau. Tout à l’air normal, si ce n’est que l’enfant a disparu.

Où est Petit Garçon?

Le groupe part se promener. Alexander en profite pour mettre le feu à la maison. Il revendique son acte de folie.

C’est moi qui l’ai fait!

Une ambulance vient le chercher pour le conduire à l’asile.

Sous son arbre, le petit garçon semble avoir retrouvé la parole.

Au commencement était le verbe.

L’EXPLICATION

La Sacrifice, c’est un cadeau empoisonné.

Naître ne protège pas des vices cachés, bien au contraire. Contre les parents les mieux intentionnés on pourrait facilement se retourner.

Malgré tout, aujourd’hui n’est pas un jour comme un autre. Puisque c’est l’anniversaire d’Alexander. Il arrive à un âge où l’on compte plus d’années derrière soi que devant. Ce qui pousse forcément à une introspection (cf Kennedy et Moi). Ses amis ne se privent d’ailleurs pas de mettre les pieds dans le plat.

Tu n’as jamais le sentiment que ta vie est un échec ?

Je m’étais préparé à une vie plus élevée. J’avais étudié la philosophie, l’histoire des religions, l’esthétique mais j’ai fini par me forger des chaînes tout à fait volontairement d’ailleurs…

Merci pour le cadeau en forme. On aurait préféré une piqûre!

Alexander est obligé de concéder que sa vie ne fut pas flamboyante (cf Hollywoodland). Il se remet en question, sous la contrainte.

Toute ma vie je me suis senti sur un quai de gare.

Il essaie cependant de jouer son rôle de père en rassurant son fils alors qu’Alexander lui-même s’inquiète profondément de la direction que prend la civilisation (cf Idiocracy).

Nous utilisons le microscope comme une massue. (…) Notre civilisation est gravement malade mon garçon.

Pour cela, Alexander convoque la pensée épicurienne, en toute simplicité.

N’aie pas peur mon fils, la mort n’existe pas. Il y a la peur de la mort et c’est une peur affreuse. Elle pousse souvent les gens à agir sans nécessité.

Ses réflexions le portent néanmoins à un constat tragique (cf Detachment).

C’est ça qui compte : ne s’attendre à rien.

Il faut dire que ses amis ne se gênent pas pour en rajouter. Otto n’est pas le plus drôle de la soirée.

Qu’est-ce que la vérité ? (…) Nous regardons mais nous ne voyons rien. Il n’y a pas de quoi plaisanter!

C’est alors que l’angoisse d’Alexander se matérialise. La fin du monde approche. Troisième Guerre Mondiale. Conflit nucléaire (cf Oppenheimer). Rien n’est moins sûr. Mais cela sent bon l’apocalypse (cf Le Monde après Nous). Alexander se réjouit presque.

J’ai attendu cet instant toute ma vie.

En effet, c’est l’occasion unique d’être le témoin des dernières heures de la planète. Un moment que l’on ne peut apprécier que d’une manière pleinement égoïste.

La magie de ce moment est ruiné par les réflexions constantes des un·es et des autres, sur le fait notamment que chacun·e soit soumis·e aux mêmes circonstances (cf L’Étau de Munich). Personne n’a de réponse à cette situation. Il n’y a aucune solution à l’inéluctable.

Alexander comprend aussi qu’Adelaïde a une liaison avec Victor. Il en est réduit à devoir passer la nuit avec Maria.

Entre cadeaux pourris et questions à la con, ses ami·es le dégoûtent. Alexander n’a plus rien à perdre à leur faire savoir (cf Nous finirons ensemble).

C’est de vous que j’ai assez, encore plus que du reste.

Alors ses ami·es l’abandonnent. Les rats quittent le navire.

Allons nous promener avant que le temps change.

Toutes ces élucubrations philosophiques pour rien. Que de temps perdu.

Alexander aurait aimé être le dernier des mohicans. Quand il se rend compte que la Terre va continuer de tourner malgré tout, il ne le supporte pas.

Il fait le plus beau des cadeaux empoisonnés à son fils en menant la politique de la terre brûlée. Non seulement, il lui a donné naissance sans lui donner de prénom. Mais en plus il va le laisser seul dans le Gotland, après avoir mis le feu à la maison. Que la génération d’après se démerde.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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