HOTEL
Jessica Hausner, 2004
LE COMMENTAIRE
Travailler dans l’hospitalité, au sens où cette industrie définit le terme, contraint à se mettre au service des client·es. Leurs désirs sont presque des ordres. Il faut savoir accueillir les client·es, résoudre leurs problèmes et composer avec leurs sautes d’humeur. Si les client·es sont odieux ou mal lunées, il faut faire le dos rond en souriant. Car à la fin, les client·es le sont de droit divin.
LE PITCH
Une jeune femme s’occupe de la réception dans les alpes autrichiennes.
LE RÉSUMÉ
Irene (Franziska Weisz) sécurise un job de réceptionniste à l’hôtel Waldhaus, perdu dans la forêt (cf Shining). Mr Kross (Peter Strauß) lui fait faire le tour du propriétaire afin de lui donner les consignes.
L’une de vos principales tâches : l’inspection du sous-sol.
Sa collègue Petra (Birgit Minichmayr) informe Irene que Eva, la jeune fille qui lui a précédé, est partie mystérieusement.
Pourquoi est-elle partie ?
Personne ne le sait.
Irene essaie de trouver ses marques dans cet endroit peu chaleureux. Elle demande à utiliser la piscine en dehors des heures d’ouverture. Ce que Madame Maschek (Marlene Streeruwitz) accepte. Irene sympathise avec ses collègues. Son intégration se fait plutôt bien. Elle appelle sa mère pour la rassurer.
J’ai fait l’accueil de nuit toute seule et tout s’est bien passé. Je me sens bien ici.
Irene tombe amoureuse d’Erik (Christopher Schärf). Tous les deux explorent une grotte dans la forêt dont la légende affirme qu’elle fut la résidence d’une sorcière du XVIe siècle (cf Le Projet Blair Witch).
Après cette visite, Irene perd son pendentif porte-bonheur. Elle le signale à Madame Maschek qui semble désigner Petra comme la coupable. Irene est aussitôt blacklistée par ses collègues. D’autant que le pendentif est retrouvé peu après dans la forêt. Irene est confuse.
Elle fait la bêtise d’inviter Erik dans sa chambre, ce qui n’est pas permis par le règlement. Cet imbécile déclenche l’alarme par inadvertance. Madame Maschek n’est pas contente et le lui fait savoir.
Mais où vous croyez vous ? Ça m’étonne de vous…
Irene se rapproche de Madame Liebig (Rosa Waissnix) qui travaille à l’hôtel depuis des années, afin d’en savoir davantage sur Eva. Madame Liebig lui répond sèchement.
Pars d’ici.
Irene commence a avoir des doutes et en informe Madame Maschek.
Je ne suis plus tellement sûre que mon profil corresponde à ce poste.
Elle demande à Petra une rotation pour aller voir ses parents. Celle-ci accepte à la condition qu’Irene lui prête son porte-bonheur.
Le soir de son départ, Irene termine son service par l’inspection du sous-sol. Elle se retrouve enfermée dehors. Irene disparaît dans la forêt où l’on entend les cris de la sorcière (cf The Witch).

L’EXPLICATION
Hotel, c’est comment le travail peut faire disparaître quelqu’un.
Quand on est jeune diplômé·e, on a hâte d’en découdre (cf La Voie Royale). On veut se lancer vite dans le monde du travail. Prendre ce qu’il y a à prendre, sans se tromper comme les ancien·nes. L’ambition est de rapidement devenir un membre productif de la société (cf The Yards).
Irene est plutôt contente d’être prise au Waldhaus. Elle se dit qu’elle a beaucoup à apprendre. L’établissement jouit d’une bonne réputation (cf The Grand Budapest Hotel). Cette expérience sera enrichissante, à n’en pas douter. Cependant, il s’agit d’un premier emploi. Rien n’est joué d’avance. Irene a peut-être de l’ambition. Néanmoins, elle arrive sur la pointe des pieds, avec le soucis de faire bonne impression plutôt que de casser la baraque.
Son pendentif porte-bonheur est une croix, ce qui indique qu’elle a tout de la bonne élève. Effectivement, Irene est assez discrète. Elle fait ce que l’on attend d’elle. Madame Karin (Regina Fritsch) est satisfaite de son travail et la prend comme assistante pour préparer un séminaire. Ce qui est un signe de confiance. Les signaux sont plutôt au vert.
Ne te fais pas de souci, tout va bien ici.
Au sein de cette organisation, Irene manque un peu de personnalité, ou peut-être de malice. Elle ne va pas savoir naviguer dans les eaux du Waldhaus quand les premières difficultés se présentent à elle. En entreprise, on peut chavirer au moindre coup de vent. Mr Kross avait prévenu Irene.
Un malheur est vite arrivé.
Irene se met à la faute en invitant Erik alors qu’elle sait qu’elle ne devrait pas le faire. Elle se met à la faute toute seule, ce qui active sa culpabilité. Désormais, elle est dans l’oeil du cyclone de la direction. Forcément, elle ne se sent plus autant en confiance dans le hall d’accueil. Un cercle vicieux se met en place.
Puis elle a le mauvais réflexe d’accuser ses collègues lorsqu’elle perd son pendentif. Donc elle perd ses appuis. Les autres vont l’isoler et lui mener la vie dure. Elle ne peut plus compter sur personne.

Irene n’a plus de repère ni en haut, ni autour d’elle. Elle se retrouve seule dans la grotte de ses angoisses. Très croyante, elle se pensait protéger par son amulette qu’elle a perdue puis retrouvée pour finalement la confier à une collègue qui n’a rien d’une amie. Elle s’expose aux hurlements de la sorcière. La panique la gagne. Le piège du travail se referme petit à petit sur elle.
Nous verrons bien où cela nous mènera…
Car dans la difficulté, Irene fait la grosse erreur de vouloir en parler avec sa hiérarchie. Irene convoque un entretien avec Madame Maschek pour lui parler ouvertement de sa situation.
Comme ça, nous ne sommes pas assez bien pour vous ? (…) Pas de demi-mesures. Réfléchissez à ce que vous voulez. Vous avez tout l’avenir devant vous. Ne ruinez pas vos chances dès le départ.
Ainsi, elle révèle sa faiblesse. Cette fois, c’est fini. L’hotel va la rejeter. Irene se retrouve bizarrement dehors sans qu’elle comprenne pourquoi. Elle ne peut plus rentrer. Il ne lui reste plus qu’à explorer l’obscurité de la forêt où elle perdra sans doute toute confiance en elle. Elle n’y trouvera aucune réponse à ses questions. Son expérience à l’hotel Waldhaus est un échec par sa faute, ce qui est en partie vrai. Le plus dur commence pour Irene qui va devoir trouver un moyen de sortir du bois.