MALCOLM X
Spike Lee, 1992
LE COMMENTAIRE
Même quand on est posé au calme, avec sa chemise, ses lunettes et sa cravate, il est parfois difficile de contenir ses émotions. Personne n’est à l’abri de sentiments tels que la colère ou l’exaspération (cf Vice-Versa). Parfois, il faut taper du poing sur la table.
LE PITCH
Un homme devient l’un des représentants de son peuple.
LE RÉSUMÉ
Malcolm Little a grandi dans le racisme. Sa mère (Lonette McKee) est née d’un viol par un blanc (cf 12 Years a Slave). Les États-Unis sont encore ségrégationnistes (cf Mississippi Burning). La maison de la famille Little reçoit régulièrement la visite de membres du Klan (cf Blackkklansman).
À la mort accidentelle de son père (James McDaniel), la mère de Malcolm fait une dépression nerveuse. Le garçon est envoyé en famille d’accueil et fait sa scolarité chez les blancs.
They talked to me like I was invisible.
À l’âge adulte, Malcolm (Denzel Washington) fréquente le milieu du gangstérisme sous les ordres de Archie l’Antillais (Delroy Lindo) (cf American Gangster). Il affirme n’avoir peur de rien ni personne. Ses multiples cambriolages lui valent une peine de prison. Derrière les barreaux, Malcolm fait la rencontre de Baines (Albert Hall) qui n’hésite pas à le confronter.
I think you got more sense than any cat in this prison. Why the hell don’t you use it? (…) Because even if you get out, you’re still in prison. (…) You’re not using your brain!
Baines a vite compris le potentiel de Malcolm. Néanmoins, il lui reproche d’être l’esclave des blancs. Il invite Malcolm à rejoindre la cause Nation of Islam en devenant le disciple d’Elijah Muhammad (Al Freeman, Jr.).
Why don’t you wanna look like what you are? What makes you ashamed of being black? (…) The white man sees you and laughs. He laughs because he knows you ain’t white! (…) You are lost in the darkness. But Elijah Muhammad has come to bring you into the light.
Malcolm se convertit et devient Malcolm X. Il se met au régime.
Because the first thing a black man must have is respect for himself. Respect his body and his mind. Quit takin’ the white man’s poisons into his body. His cigarettes, his dope, his liquor, his white woman, his pork.
À sa sortie de prison, ses qualités d’orateur font de lui un remarquable porte-parole.
We need to control our destiny! (…) 400 years is long enough. I think it’s time to stand up!
Ses mots ont un impact. Malcolm X rallie derrière lui une partie grandissante de la communauté noire, plus que jamais persécutée (cf Detroit, LA 92, Le 13e, Get Out, Si Beale street pouvait parler).
Oh, I say and I say it again, ya been had! Ya been took!
Ses prises de position face aux forces de l’ordre lui valent aussi la surveillance de la CIA et la jalousie de certains de ses frères au sein même de Nation of Islam qui craignent que Malcolm X fasse de l’ombre à Elijah Muhammad en personne.
Malcolm rencontre Betty Sanders (Angela Bassett) qui va devenir sa femme, et la mère de leurs enfants. Betty voit clair dans le jeu des membres de Nation of Islam qui tournent autour de son mari.
What do you want me to do?
Open your eyes.
Les sorties radicales de Malcolm X, notamment à propos de l’assassinat de JFK, inquiètent en interne. On lui demande de se faire plus discret. Par ailleurs, un scandale impliquant Elijah Muhammad pousse définitivement Malcolm X à voler de ses propres ailes.
From now own, I speak my own words.
Un pèlerinage à la Mecque l’incite à nuancer son discours.
In the past, I have permitted myself to be used to make sweeping indictments of all white people, and these generalizations have caused injuries to some white folks who did not deserve them. (…) I’m not a racist and do not subscribe to any of the tenets of racism. In all honesty and sincerity it can be stated that I wish nothing but freedom, justice and equality: life, liberty, and the pursuit of happiness for all people.
Malcolm X exprime sa volonté de se rapprocher des autres leaders des droits civiques (cf Selma). Une querelle de chapelles qui n’est pas du goût d’Elijah Muhammad, qui met un contrat sur sa tête. Le
It’s a time for martyrs now.
Lors d’un discours à Harlem, il est assassiné devant sa femme et ses enfants assis au premier rang.
L’EXPLICATION
Malcolm X, c’est trouver son chemin vers la liberté (cf Les Évadés).
On ne fait pas toujours ce que l’on veut dans la vie. Si le choix existe, il s’opère parfois entre la peste et le choléra. Si certain·s s’accommodent de cette réalité, d’autres la refusent. Il leur est tout simplement impossible d’imaginer être réduit·e et qu’on ne puisse pas conduire sa vie de la manière dont on l’entend. Car de vie on n’en a qu’une, a priori. Il y a donc urgence.
Malcolm Little fait partie de ces personnes qui veulent avoir le director’s cut. Le racisme dont il est victime l’en empêche. Au delà du sentiment d’injustice qu’il ressent, il y a cette impression que des forces maléfiques l’empêchent de pouvoir se développer comme il le souhaite. Il veut avoir la liberté de définir son propre rôle, sans avoir peur de qui que ce soit, comme il aime à le répéter.
Ces forces malfaisantes l’ont d’abord privé de son père, puis de sa mère, pour l’envoyer chez les blancs où Malcolm Little n’existe pas en tant que tel. En réaction à cette ségrégation inacceptable, il va d’abord s’opposer en se défrisant les cheveux et en fréquentant une blanche car cela lui donne une impression de liberté. Il a beau être noir, il peut faire comme les blancs – s’il le veut.
Être hors-la-loi lui correspond. Malcolm est en marge. Cependant, il n’est pas juste un gangster. Cette image est donc trop réductrice. Par ailleurs, ce chemin s’avère être une impasse qui le conduit en prison. À l’arrêt, Malcolm est bien obligé d’admettre qu’il s’est trompé.
Rien de pire pour lui que de se retrouver derrière des barreaux (cf Bronson). Qu’à cela ne tienne! Le discours de Baines va toucher Malcolm en plein coeur car c’est de son identité dont il s’agit. En l’occurrence, une question l’obsède.
You don’t even know who you are. Who are you?
Selon Baines, Malcolm aurait défini son identité en s’appuyant sur les codes trompeurs édictés par les blancs. Voilà d’où viendrait l’erreur.
Everything the white man taught you, you accepted. He taught you you were a black heathen and you believed him, (…) he taught you that black was a curse and you believed that. (…) If you read behind the words, you got to take everything the white man says and use it against him.
Malcolm souscrit à cette thèse et accepte de se reformater. En se ré-appropriant la cause noire, il en fait son combat personnel. Cette raison de vivre le rapproche de ses racines, notamment de ce père que Malcolm n’a pas connu, et qui prônait que l’Afrique soit rendue aux Africains. Malcolm veut mener ce combat, sans personne – certainement pas les blancs.
Mr. X, Hi, I’ve read some of your speeches and I honestly believe that a lot of what you say is true. And I’m a good person in spite of what my ancestors did. I just wanted to ask you what can a white person like myself, who isn’t prejudiced, what can I do to help you with and further your the cause?
Nothing.
Malcolm est désormais persuadé d’avoir trouvé le droit chemin, éclairé par Elijah Muhammad. En suivant la Nation of Islam, Malcolm ne se défrise plus les cheveux. Il se libère de ses addictions à l’alcool et la drogue. Grâce à cette conversion, il fait la rencontre de Betty. Il a la conviction d’être enfin libre car il est celui qu’il a toujours voulu être.
Malheureusement, Malcolm va comprendre qu’il s’est encore trompé.
Sur ce qu’il croit être son chemin, il est trahi par son mentor et ses frères. Malcolm a été utilisé à des fins politiques. Il n’est qu’un vulgaire instrument au service de la diatribe d’Elijah Muhammad, faits de beaux discours.
You ain’t gonna do nothing but make a speech.
Elijah Muhammad a donné l’impression à Malcolm de pouvoir s’émanciper. Cependant, le gourou n’a aucune intention de laisser vivre son disciple.
After me there will be no more.
Cette trahison ne doit pas se transformer en une nouvelle prison. Comme il n’est jamais trop tard, Malcolm fait donc un pas de côté pour trouver enfin son chemin. Il n’abandonne pas la religion qui lui a apporté cette discipline qui lui faisait défaut et il défend toujours la cause – mais en son nom (cf Un Prophète).
So, I have to stand here today as what I was when I was born: a black man.
Malcolm est à l’image d’une personne en évolution. Son rapprochement envers des leaders qu’il avait jadis critiqué est une forme de liberté idéologique. Sa personnalité lui appartient pleinement désormais. Il était Little avant de devenir X (cf Moonlight).
We have to change our way of thinking.
Son parcours illustre que la vie est une occasion de se chercher et de se trouver (cf Danny Balint). Malcolm disparait en martyr, mais l’esprit au clair. Car il a enfin trouvé son chemin. Il est libre de mourir.
LE TRAILER
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