BLACKKKLANSMAN

BLACKKKLANSMAN
Spike Lee, 2018

LE COMMENTAIRE

La première personne qui se mange le mur souffre toujours (cf Moneyball). Et malgré tout, il faut des précurseurs. Ceux qui n’ont pas peur de se faire moquer parce qu’ils ne portent pas l’uniforme, parce qu’ils parlent avec un accent, parce qu’ils ont une coupe de cheveux différente, parce qu’elles sont des femmes (cf Hidden Figures). Celles et ceux que les autorités en place tolèrent à leurs côtés avec un petit air à la fois attendri et moqueur, sans s’apercevoir que le futur est déjà là. On ne reviendra pas en arrière.

LE PITCH

Ron Stallworth (John David Washington) se fait remarquer.

LE RÉSUMÉ

Dans les années 70, la police de Colorado Springs encourage les personnes de couleur à s’enrôler. Ron Stallworth est la personne idoine.

We think you might be the man to open things up around here.

Il est recruté puis assigné aux archives où il s’ennuie fermement. D’où l’idée de proposer à son chef (Robert John Burke) de jouer les policiers en civil. La proposition séduit d’autant plus que Kwame Ture (Corey Hawkins) du mouvement afro-américain des droits civiques est en ville pour une conférence. La police veut prendre la température et envoie Stallworth espionner la soirée. Il y rencontre la militante Patrice Dumas (Laura Harrier) dont il tombe sous le charme. La pauvre se fait harceler sexuellement un peu plus tard dans la soirée par l’officier Andy Landers (Frederick Weller).

Ron est muté aux renseignements. Il contacte un numéro après avoir vu une annonce du Ku Klux Klan dans le journal local et prend rendez-vous avec l’un des membres de l’organisation. Il vient d’infiltrer l’organisation, sur un coup de téléphone. C’est le détective Flip Zimmerman (Adam Driver) qui va prendre sa place avec les membres du Klan : Walter (Ryan Eggold), Felix (Jasper Pääkkönen) et Ivanhoe (Paul Walter Hauser), tous les trois idiots à différents degrés et tous les trois profondément racistes ainsi qu’antisémites.

Are you for the white race, friend?

Ron réclame sa carte de membre auprès de David Duke (Topher Grace) en personne.

Hello, this is Ron Stallworth calling. Who am I speaking with? 

This is David Duke.

The Grand Wizard of the Ku Klux Klan, that David Duke?

Lors de la venue du ‘grand Sorcier’, Flip découvre que Felix a l’intention de faire exploser une bombe au domicile de Patrice. Ron a été assigné à la sécurité de Duke lors de son passage en ville, de manière assez cocasse. Il quitte les lieux pour protéger son amie. Les imbéciles du Klan mourront des suites d’une fausse manoeuvre. Il n’est pas donné à tout le monde de jouer les artificiers (cf Munich). Patrice ne sera pas blessée.

Ron ne s’arrête pas là. Il fait également arrêter Landers pour propos racistes. Il est devenu une vraie star au bureau. Ses collègues le checkent. Bridges le félicite pour son travail et lui demande de brûler toutes les preuves compromettantes que les inspecteurs ont pu collecter au cours de l’enquête. Vindicatif, Ron se permet un dernier pied de nez avec Duke au téléphone.

Ron et Patrice parlent de l’avenir. On frappe à leur porte. Ils sortent de l’appartement armé et aperçoivent une croix en feu non loin de là. Le genre de croix que rêveraient de faire brûler à nouveau les white supremacists de Charlottesville. Ceux-là même qui furent disculpés par le président Trump. Cheers!

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L’EXPLICATION

Blackkklansman, c’est un rappel de vaccin.

Avec un peu de recul, on est obligé de constater que cela ne fait que quelques milliers d’années à peine que nous sommes sur terre. Ça parait long à notre échelle mais à l’échelle du monde, ce n’est pas énorme (cf Into Eternity). Cette perspective devrait nous aider à comprendre que certaines choses dont nous estimons nous être débarrassés peuvent en fait être tenace et prendre beaucoup plus de temps que prévu. Comme une mauvaise grippe ou une addiction dont on n’arrive pas à se défaire. C’est le cas du racisme (cf Detroit, Get Out). Ce n’est pas parce qu’on voit des noirs en équipe de France (cf Les Bleus 2018) ou des Juifs à la TV (cf La Vérité si je mens) que les soucis sont réglés. La façade du magasin peut cacher une arrière boutique miteuse.

Aux États-Unis, dont les pères fondateurs étaient blancs d’après le Ku Klux Klan, les préjugés racistes sont encore très forts dans les années 70, même dans le Colorado qui n’était pourtant pas un État historiquement confédéré.

This is a racist country.

Certaines personnes essaient de faire bouger les choses. Ron en fait partie. Il est déterminé et patient, suffisamment pour encaisser les nombreuses réflexions de ses collègues. Il a décidé de s’intégrer et de faire le travail par l’intérieur, contrairement à Patrice qui fait la lutte depuis l’extérieur avec les Black Panthers. Une lutte frontale contre le Klan ne fonctionne pas. Il faut un effort collectif pour obtenir des résultats significatifs. Prendre le taureau par les deux cornes.

We must unite and organize to fight racism!

Comme Cortez qui brûle ses bateaux après avoir découvert le nouveau monde (cf À la Poursuite d’Octobre Rouge), il faut aussi se livrer à 100%  sinon rien ne change. Flip est un flic consciencieux. Infiltrer le Klan en demande davantage. Au contact de ces énergumènes on est en territoire ennemi. Lorsque Flip descend à la cave où on lui demande de passer un détecteur de mensonge (cf Meet the Parents) pour évaluer s’il est Juif ou pas, il faut en être véritablement convaincu. Il faut presque être prêt à mourir pour la cause et Flip n’est pas encore toujours prêt à le faire. Ron lui rappelle que nous sommes pourtant dans le même bateau. Le KKK n’est pas que l’affaire des noirs. Le racisme non plus. Nous parlons de bêtise et de haine. Nous devrions donc tous nous sentir concernés.

For you it’s a crusade, for me it’s a job.

You’re Jewish. They hate you. Doesn’t that piss you off? Why are you acting like you don’t got skin in the game?

Si l’on mène la guerre sur le champs de bataille des racistes avec leurs armes, c’est à dire la violence, on n’avance pas. C’est ce qui s’est passé à Charlottesville. La violence créée la confusion et fait le jeu de Donald Trump. Il faut donc rester maître de ses nerfs et ruser pour piéger des gens comme Landers. C’est comme ça qu’on travaille la base. Coincer les imbéciles en flagrant délit de bêtise et les mettre hors-jeu, l’un après l’autre, selon les règles en vigueur. Proprement. On ne peut pas attendre qu’ils se fassent exploser eux mêmes à chaque fois. On ne gagne pas une finale de Coupe du Monde sur un but contre son camp.

Il faudrait évidemment pouvoir couper la tête du vampire pour s’en affranchir totalement (cf Fright Night). Et pour cela, il faudrait un acte symbolique pour faire tomber les Sorciers comme David Duke. Cela n’éradiquerait pas l’idée (cf V for Vendetta). Le mal est profond. Il faut donc communiquer pour lutter contre le lavage de cerveau. Communiquer pour vaincre les préjugés, même en interne, comme arrivent à le faire Ron et Patrice. Les efforts de Stallworth permettent à Patrice de reconsidérer les choses. Réussir à dépasser sa colère.

Face au racisme, on ne peut surtout pas se relâcher. C’est un marathon, pas un sprint. Les croix brûlent encore. Essayons de garder l’esprit léger, de nous moquer des abrutis de temps en temps, car les temps sont durs. Comment ne pas perdre la foi lorsqu’il faut à chaque fois tout refaire depuis zéro? Ron est obligé de jeter tout son travail à la poubelle sur les ordres de son chef. Comme si rien de tout cela n’avait compté, alors que les lignes ont malgré tout bougé – un petit peu. Ron se sent comme Sisyphe. Tout comme lui, il n’a pas le droit de baisser les bras, et nous non plus. Car la menace du mal se ravive aujourd’hui encore.

Mes frères, oui mes frères, il faut continuer la lutte! comme disait le poète Timothée Gustave, le Montaigne de chez nous (cf Les Trois Frères).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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