SI BEALE STREET POUVAIT PARLER

SI BEALE STREET POUVAIT PARLER

Barry Jenkins, 2018

LE COMMENTAIRE

Beale Street est une rue symbolique. Ça pourrait être n’importe où dans Harlem. Si cette rue pouvait parler, elle décrocherait certainement son téléphone filaire puis elle ne dirait rien. Elle resterait sans voix devant tant d’injustice.

LE PITCH

Une femme se bat pour préserver l’espoir.

LE RÉSUMÉ

Clementine « Tish » Rivers (KiKi Layne) et Alonzo « Fonny » Hunt (Stephan James) sont des amis d’enfance qui sont tombés amoureux l’un de l’autre au point de ne plus pouvoir se décoller dans le métro.

We held each other so close that we might indeed have been one body.

Peu de couples peuvent se prévaloir d’une telle passion réciproque et organique. Aujourd’hui on se rencontre par ordinateur et puis on se lasse de l’autre aussi vite que de sa paire de chaussettes à rayures (cf Newness).

Malheureusement, Fonny finit, pas très fin, derrière les barreaux, accusé à tort de viol sur Victoria Rogers (Emily Rios). Tish se retrouve seule, et enceinte. Bien décidé à garder l’enfant, elle annonce la nouvelle à son père Joseph (Colman Domingo) qui réagit plutôt bien.

We are drinking to new life. Tish is going to have Fonny’s baby.

I hope it’s a boy. Come on over here, darling.

Il réagit mieux que la mère de Fonny (Aunjanue Ellis), religieuse pratiquante qui refuse de reconnaître ce ‘bâtard’. Le bébé n’y est pourtant pour rien. Et l’union de Tish et Fonny est belle puisque sincère. Leur amour est tellement fort qu’il a finit par convaincre Levy (Dave Franco) de leur louer un appartement qui n’en est pas encore un, à une époque où l’immobilier est déjà cher et surtout inaccessible pour les personnes de couleur.

L’histoire de Tish et Fonny est d’autant plus tragique que Fonny ne peut pas être l’auteur du viol car il était en compagnie de Tish et de son ami Daniel Carty (Brian Tyree Henry).  Par ailleurs il lui aurait été humainement impossible de parcourir la distance le séparant de la scène du crime et de là où il a été arrêté. Son alibi ne vaut pourtant rien aux yeux de la justice qui est aveugle.

Fonny est une victime de la discrimination policière sur une liste beaucoup trop longue (cf Detroit). En prison, il subit un traitement évidemment difficile. Son visage est marquée. Tish vient le voir malgré tout. Elle s’accroche. Prend un job dans un grand magasin où elle doit subir les regards désobligeants des blanches et libidineux des hommes, peu importe leur couleur.

La mère de Tish (Regina King) va jusqu’à Porto Rico pour confronter Victoria Rogers et la supplier de reconsidérer son accusation. La visite tourne au drame. Le procès est reporté jusqu’à nouvel ordre. Alonzo accepte finalement un accord et purge une peine de prison pour un viol qu’il n’a pas commis.

La famille se retrouve au parloir : Tish, Fonny et le petit Alonzo Jr. qui se permet de faire la morale à son papa avant de passer à table.

L’EXPLICATION

Si Beale Street pouvait parler, c’est une belle histoire qui n’avorte pas.

Dans la grande bibliothèques des contes de fées, on trouve des histoires faciles qui se déroulent de manière fluide. Avec des couples évidents, qui ne se trompent pas, qui ne connaissent pas de problèmes de fins de mois, qui font des enfants plutôt mignons qu’ils peuvent inscrire à l’école de ski. Ces familles là semblent heureuses même jusque dans la mort. Insupportable.

Dans cette grande bibliothèque, on trouve aussi des histoires un peu poussives, qui ne sont pas censées arriver, et qui arrivent quand même. Comme la France championne du monde pour la seconde fois (cf Bleus 2018). Ça n’est pas normal. Puisque ça fait plaisir à tout le monde, on laisse malgré tout le livre sur l’étagère.

On compte bien sûr de nombreuses histoires à rebondissements dont on pense qu’elles ne se produiront jamais et puis qui finissent quand même par arriver, aux forceps ou avec un petit coup de pouce du destin.

Les histoires qui n’ont pas la place dans cette bibliothèque sont celles qui ont tout pour être belles et qui ne se produisent pas pour une raison ou pour une autre : problèmes de météo (cf Le Jour d’Après), de mémoire (cf Eternal Sunshine), d’un bateau qui coule (cf Titanic), d’une maladie rare (cf My Life), d’un accident de voiture (cf 21 Grammes), de la grogne populaire (cf Marie Antoinette), de zombies (cf 28 semaines plus tard), de mésentente avec la belle-famille (cf Mon Beau-Père et Moi) ou tout simplement à cause de problèmes assez de discrimination assez sommaires. C’est pas très compliqué et ça suffit souvent pour tout gâcher (cf Get Out).

We live in a nation of pigs and murderers.

Tish et Fonny ont tout pour eux. Le bonheur leur tend les bras. Il leur fait même un sourire. Un belle appart dans une belle ville. L’avenir est possible. Et bien non. L’univers leur refuse ce droit au bonheur à cause de leur couleur, allant jusqu’à créer des tensions au sein de familles qui devraient faire front ensemble.

Dans l’adversité, on peut compter sur un père compréhensif pour apporter son soutien.

You’re a good girl, and I’m proud of you. Don’t you ever forget it.

On peut aussi compter sur une mère qui fait le voyage jusqu’à Porto Rico pour faire pencher la balance du bon côté, sans succès.

Ça ne suffit pas.

Derrière les barreaux, Fonny doit parvenir à ne pas se suicider. Il subit pourtant le viol au sens propre comme au figuré. Il doit ravaler son ego de mâle.

Pendant que Tish, la courageuse, s’apprête à affronter la tempête en assumant sa grossesse. Elle ne veut pas avorter. Tish est forte pour tout le monde car elle fait confiance à Fonny.

Love is what brought you here. If you trusted love this far, don’t panic now. Trust it all the way.

Elle vit ce drame avec son mari. Leurs mains ne se lâchent pas.

I’m sorry, baby. I didn’t mean to hurt you. I love you, you know that.

I do, and I understand what you’re going through, because I’m with you.

Cette situation est éminemment délicate pour Tish qui fait des compromis au quotidien par amour. Ce n’est pas facile.

I hope that nobody has ever had to look at anybody they love through glass.

Elle doit être patiente, compréhensive, ferme, rassurante. Tout à la fois.

Neither love nor terror makes one blind: indifference makes one blind.

Tout n’est pas perdu grâce à Tish qui se bat pour que l’histoire soit belle. Certes, Fonny et Tish ne seront pas les Huxtable mais après tout, quand on voit qui était vraiment Bill Cosby… il est peut être préférable d’apprécier un modeste repas en prison. Au moins on est ensemble. On n’a rien à se reprocher. On est heureux quelques minutes.

LE TRAILER

https://www.youtube.com/watch?v=XgrWtn8kXHE

Cette explication n’engage que son auteur.

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