TRAINSPOTTING

TRAINSPOTTING
Danny Boyle, 1996

LE COMMENTAIRE

Les Écossais n’ont jamais été très forts sur les longues distances. En même temps ça n’est pas un problème. Tous les athlètes sont dopés, on le sait. Donc un toxicomane, nonobstant sa nationalité, devrait être capable de taper des sprints sur une distance assez longue pour peu qu’on le course et ce malgré sa foulée supinatrice. En plus le temps en Écosse est tellement dégueulasse que ça donne une bonne raison de mettre les voiles vers le Portugal.

LE PITCH

Mark Renton (Ewan Mc Gregor), jeune toxicomane d’Edimbourg, tente de se remettre sur le droit chemin.

LE RÉSUMÉ

Mark et sa bande de potes ratés se traînent et dévalisent des hospices pour se payer leur héroïne. Étouffé par toute cette médiocrité, Mark fait une première tentative de sevrage qui lui permet de rencontrer Diane (Kelly McDonald) une adolescente insouciante. Incapable de se satisfaire de ce qui l’entoure, il replonge aussi sec.

Arrêté par la police, Mark s’en sortira avec sursis. Son pote Spud (Ewen Bremner) lui ira faire un tour en prison. Ses parents vont mettre Mark à la diète: une cure de désintoxication à l’ancienne, dans sa chambre avec du pain sec et de l’eau. Enfin clean, Mark décidera de partir tenter sa chance à Londres pour y travailler comme agent immobilier.

For the first time of my adult life, I was almost content.

Mark est rattrapé par ses « amis » Sick Boy (Jonny Lee Miller) et Begby (Rober Carlyle) qui montent squatter chez lui à Londres pour un deal foireux. Désireux de se débarrasser de ses morpions, Mark parviendra à se sauver un beau matin, dans un concert de ronflements, avec le pactole. Cette évasion sera peut-être la bonne, même s’il reste résolument cynique à propos de l’avenir.

I’m gonna be just like you : the job, the family, the fucking big television. The washing machine, the car (…), clearing gutters, getting by, looking ahead, the day you die.

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L’EXPLICATION

Trainspotting c’est le non-sens de la vie.

La réalité c’est que la vie n’a pas d’autre sens que celui qu’on veut bien lui donner. Et la vie telle qu’on la connaît en Ecosse, aux nuages gris et à l’accent pourri, Renton n’en veut tout simplement pas. Il choisit autre chose :

Choose life. Choose a job. Choose a career. (…) I chose not to choose life. I chose something else. And the reasons? There are no reasons. Who needs reason when you got heroin.

On ne peut pas vraiment l’en blâmer, l’Écosse ça ne fait pas rêver plus de deux jours. À moins d’aimer Game of Thrones. Comme un ado qui refuse le système, Mark décide de se mettre volontairement en marge. Plus il regarde ce qui l’entoure et plus il préfère fermer les yeux très fort.

Our only response was to keep on going and fuck everything.

Renton a quand même la chance d’avoir le choix. Tout le monde ne l’a pas. Nous penserons par exemple à ces filles qu’on voile et qu’on promet à des garçons. Ils ne restent plus qu’à se taire, être obéissantes et bien passer l’aspirateur dans les coins. Nous penserons aussi à ces Chinois qui n’ont pas le choix de penser ce qu’ils veulent. Nous penserons aux migrants. Renton lui décide de se laisser couler dans la cuvette des chiottes alors qu’il y a plus à plaindre. Il y a toujours plus à plaindre.

Trainspotting ne fait cependant pas l’apologie de l’auto-destruction. Il célèbre au contraire ceux qui parviennent à sortir de leur condition minable et à se détacher de leurs influences malsaines. Par contre, il ne faut pas attendre que quelqu’un nous tende la main. Encore que Mark peut remercier ses parents et aussi un peu la chance de ne pas avoir fini en taule ou avec le Sida. Car il aura pas mal flirté avec les emmerdes. Il finit par s’en sortir, à la force d’un caractère et d’une volonté qui lui ont trop souvent fait défaut.

Personality, that’s what counts, right?

Ce qui le distingue des autres c’est qu’il a choisi. Et qu’à partir du moment où il choisit autre chose il peut s’en sortir. Sa personnalité est sa force, ainsi qu’une bonne dose de cynisme salvateur. Car on imagine mal Mark passer de l’héroïne aux petites fleurs.

Son vrai problème c’est sa colère. Il se déteste. Il a honte d’être Écossais.

We are colonized by wankers.

Il a honte de son identité au point où il ne peut même plus regarder ses potes tellement ils lui renvoient une image de lui-même qu’il abhorre. Encore une preuve supplémentaire que s’en sortir passe d’abord par s’accepter soi-même. Le tristement célèbre « aimez vous les uns les autres » ne peut fonctionner que dans un environnement où on ne s’aime pas soi-même à la base. Certes, on a toujours besoin de plus petit que soi, pour se moquer notamment (cf Mimi Mathy ou Passe Partout). On ne peut en tout cas pas compter sur Dieu, ou quelconque force supérieure pour y parvenir. Cette force pourrait être le pays colonisateur par exemple. We are NOT all in this together malheureusement. On ne peut pas rejeter la faute sur un élément extérieur sans arrêt comme ces joueurs de tarot qui se plaignent d’avoir des cartes pourries dans les mains.

Au final, Renton se paie donc le luxe de cracher sur l’Angleterre. Certes les Anglais sont blancs comme des culs et ils bandent mou. Il y’a pourtant pire que d’avoir été colonisé par l’Angleterre. Il aurait pu être Brésilien et se faire coloniser par le Portugal. Encore pire: il aurait pu être Belge et se faire coloniser par la France. La Belgique n’est-elle pas une ancienne colonie française?

Renton n’en a rien à faire de tout ça. Il est l’Écossais qui réclame son indépendance. Il veut se démarquer. Il fait honneur à Sean Connery. Il voit l’Angleterre se planter à l’euro. Il voit le Royaume végéter et il refuse de faire partie de ce Brexit. Il n’est peut-être pas si bête qu’il en a l’air.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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