DRIVE

DRIVE

Nicolas Winding Refn, 2011

LE COMMENTAIRE

Dans les années 90, les philosophes se sont interrogés sur ce qui distingue le bon du mauvais chasseur. À l’heure de la VTC et de l’auto-partage, on doit se poser la même question sur le conducteur. Le bon, c’est celui à qui on doit pouvoir faire confiance : il se concentre sur sa route, ne boit pas, regarde dans son rétro de temps en temps, sans broncher (cf Locke). Surtout le bon conducteur, c’est celui qui met des gants en cuir.

LE PITCH

Un pilote essaie de trouver une place pour se garer.

LE RÉSUMÉ

Un anonyme (Ryan Gosling) alterne les cascades au cinéma et les petits boulots de chauffeur privé pour des gangsters.

If I drive for you, you get your money. You tell me where we start, where we’re going, where we’re going afterwards. I give you five minutes when we get there. Anything happens in that five minutes and I’m yours. No matter what. Anything a minute on either side of that and you’re on your own. I don’t sit in while you’re running it down. I don’t carry a gun. I drive.

Ces plans lui sont fournis par Shannon (Bryan Cranston), un concessionnaire louche.

Il se rapproche de sa voisine Irene (Carey Mulligan) et de son fils Benicio (Kaden Leos) dont le mari et papa Standard Gabriel (Oscar Isaac) est en prison.

Shannon a une confiance totale dans le talent de son chauffeur. Il demande aux parrains Bernie (Albert Brooks) et Nino (Ron Perlman) de financer l’acquisition d’une voiture de course pour participer à des compétitions.

Un gangster Albanais du nom de Cook (James Biberi) réclame à Standard de braquer un prêteur sur gage afin de récupérer la somme de 40,000$. Sinon il menace de tuer le petit Benicio. Le chauffeur se soucie avant tout de la sécurité du gosse. Il propose ses services pour participer au casse en conduisant une Mustang volée, accompagné par Blanche (Christina Hendricks), la complice de Cook.

Le braquage se passe mal. Standard ne s’en sort pas. Le chauffeur et Blanche sont poursuivis par une Chrysler 300. Ils parviennent à se planquer dans un motel. Les $40,000 annoncés sont en fait un million de patates. Blanche révèle que Cook avait l’intention de re-voler l’argent. Les hommes du gangster débarquent au motel, tuent Blanche et blessent le chauffeur avant que celui-ci ne les tuent.

Il se rend chez Shannon qui propose de planquer le fric et retrouve Cook pour avoir le fin mot de l’histoire. L’argent appartient en fait à Nino. Le chauffeur retourne le fric à son propriétaire. Nino refuse. Il envoie même un tueur à gage pour faire le ménage. Le chauffeur le repère dans l’ascenseur et le flingue devant Irene horrifiée par tant de violence.

Nino explique à son pote Bernie que l’argent en question appartient en fait à un parrain de la mafia de Philadelphie et que tous ceux qui ont été mêlés à cette affaire, de près ou de loin, doivent disparaitre. Liquidation totale. Bernie met en garde Nino : on ne vole pas la mafia. Nino n’en a cure. Décidément. Il a été vexé par l’antisémitisme des mafiosi.

You didn’t tell me you were ripping off the family

Family… What family? The same family that calls me kike to my face? To my face! I’m fifty nine years old and they still keep pinching my cheeks like I’m a child!

Cook et Shannon « disparaissent ». Le chauffeur est plus coriace. Il traque Nino et finit par le noyer. Poli, il appelle Irene pour lui faire ses adieux.

Can I talk to you? I won’t keep you long. I have to go somewhere and I don’t think I can come back. But I just wanted you to know. Getting to be around you and Benicio was the best thing that ever happened to me.

Il retrouve Bernie pour lui rendre l’argent. En échange, il réclame qu’Irene soit épargnée. Bernie accepte sans pouvoir offrir de garantie le concernant.

Here’s what I’m prepared to offer. You give me the money, the girl is safe. Forever. Nobody knows about her. She’s off the map. I can’t offer you the same.

Il poignarde le chauffeur, qui le poignarde mortellement en retour.

Irene, inquiète, frappe à la porte de son voisin. Sans réponse.

Le chauffeur a quitté les lieux. Il conduit seul dans la nuit.

drive5

L’EXPLICATION

Drive, c’est le besoin impérieux de faire des études.

Ce chauffeur est la figure de l’anti-héros moderne : belle gueule, de la détermination, du mystère… mais il est sot. Il n’est plus un bébé (cf Baby Driver) et pourtant il est exactement celui qu’on ne doit pas vouloir devenir. Il est le garçon avec lequel les filles sortent au collège puis qu’elles prennent soin de larguer avant de rentrer au lycée.

D’abord il n’a pas de nom – même s’il pourrait s’appeler Christian (cf Cyrano de Bergerac). Ça pose quand même un problème.

Ensuite, il est ignare. Ce conducteur ne baratine pas comme Daniel (cf Taxi) et c’est tout à son honneur. Il ne sait pas non plus aligner plus de trois mots pour expliquer son métier à Irene. Il est creux et n’a pas de maîtrise du langage. C’est quand même dommage.

What do you do?

I drive.

C’est un peu court jeune homme. Il est impossible pour la pauvre Irene de construire la moindre ébauche de projet avec ce type qui ne parle pas. Imaginons ne serait-ce qu’un instant le néant conversationnel d’une vie partagée avec cet homme.

Il n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. Certes. Ça peut être pratique en cas d’accident. Changer une roue. Ou vérifier le niveau d’huile plus simplement.

My hands are a little dirty.

Quand on n’a pas d’éducation, on finit par faire de mauvaises rencontres et nouer des alliances malheureuses.

We’re a team now.

Car qui a envie de faire équipe avec Nino le tocard? Même les mafieux italiens se moquent de lui ouvertement!

Le conducteur est le chic type qui rend service alors qu’on ne lui a rien demandé. Un peu comme un pompier dont on abuse. Il est le bon con. Même Blanche se moque de lui.

A lot of guys mess around with married women, but you’re the only one I know who robs a joint just to pay back the husband. Crazy.

Et elle a bien raison. À ce stade, ça n’est plus du romantisme, c’est tout simplement de la bêtise.

Alors oui il connaît les 100.000 rues de la ville sans avoir besoin de GPS. La belle affaire. Il n’est pas assez talentueux pour devenir le nouveau Remy Julienne, ni assez rapide pour égaler Sébastien Loeb. Il conduit, ok, mais au fond il n’est rien. Il n’a pas de destination, comme une République en marche vers nulle part. C’est un chien errant (cf Nightcrawler). Ne pas faire d’études, c’est une condamnation à une vie de vagabondage. Il est malheureux comme les pierres.

Drive c’est une critique sans concession de la formation de BEPC mécanique. Si la hantise de la plupart des jeunes aujourd’hui est de finir derrière un bureau, ils devraient plutôt faire tout ce qu’ils peuvent pour ne pas finir derrière un volant.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

17 commentaires

  • DOGMAN | Explication de Film
  • Je l’ai pas tant interprété comme con le chauffeur mais plus comme mystérieux et s’en battant les couilles de tout. Quand il dit « I drive » pour expliquer son métier c’est pour moi pas comme si il je pouvais pas l’expliquer mais plus comme si il ne voulais pas, il lui dit aussi sa pour ne pas avoir a lui mentir totalement, en effet il conduit, mais il conduit des criminels.

    • Merci Don Diego. Donc tu vois ce chauffeur sans nom comme un chevalier servant d’un nouveau genre : pudique, discret, qui s’efface pour sa princesse?

  • Faudrait peut-être comprendre le sens des films ainsi que le rôle des acteurs avant de commencer à faire des explications de films. Je vous parle même pas de sens profond vous pourriez pas comprendre. Quand je voie la liste des immanquables, je comprends votre sens critique vis à vis de ce film.

    • Merci Emma. Pourquoi ne pas parler du sens profond justement?

  • Votre article est un véritable torchon, vous n’avez clairement pas compris le sens du film. Que vous n’ayez pas aimé je peux comprendre, mais de la à accumuler autant d’ânerie, cela me dépasse!

    • Mon pauvre Jérôme, vous n’avez clairement pas compris le sens de ce site. Votre commentaire est un torchon. Que vous n’ayez pas aimé ce billet je peux comprendre, mais que vous ne preniez pas la peine de partager votre propre explication, cela me dépasse!

      • Vu votre ton méprisant je me garderais bien de vous expliquer ma vision. Effectivement je n’ai pas du comprendre le sens de votre site, si il y a quelque chose à comprendre d’ailleurs… Dans tout les cas cela ne risque pas de changer car je ne reviendrais pas dessus, bonne continuation à vous.

      • Et bien ca vous donne au moins une idée de comment on reçoit vos commentaires. Bonne continuation à vous également.

  • Tout d’abord, il vaudrait mieux regarder plusieurs fois un film avant de poster une critique.
    Ensuite, remettez vous en question. Tous les commentaires vous montrent que vous n’avez rien compris au film.
    Il n’est ni abruti, ni même un genre de mec du collège. C’est une spirale infernale de violence (D’où le scorpion… As tu suivi?).
    Il est arrivé de nulle part il y a 5 ans et repart nulle part à la fin du film. Même s’il désire une vie simple comme il l’aurait pu l’avoir avec son amour. Celle ci se refuse à lui à cause de cette violence car il est le scorpion.
    En fait, tu n’as rien compris au film et si j’ai posté cela c’est pour te critiquer ouvertement. Tu n’es ni un critique ni même doué d’un sens cinéphile.
    Arrête les critiques et va faire des crêpes.

    • Merci Sylvain pour ce commentaire éclairé.
      Et tes précieux conseils.

  • En fait le personnage est quelque part un peu un psychopathe à la Dexter (un gentil psychopathe mais un psychopathe quand même). Il en a toutes les caractéristiques en tout cas : rien ne lui fait peur, il est froid comme un glaçon, éprouve peu d’émotions (il n’y a que la musique en faisant un petit tour en bagnole qui semble lui donner quelques frissons, le sortir de son ennui l’espace d’un instant) …jusqu’au jour où il croise Carey Mulligan et là il se passe un truc. Perso je ne suis pas sûr qu’il soit vraiment amoureux (il fait semblant, joue le jeu, fait comme si), il y voit plutôt une occasion de sortir de son train-train et de lâcher le frein à main (jusque là il en garde pas mal sous la pédale à jouer les sous-fifres). C’est un personnage qui ressemble pas mal aux personnages de Clint Eastwood dans les westerns de Leone et autre (L’homme des hautes plaines ou Pale Rider).

    Si on veut sa version « abrutis », là pour le coup je penserais plutôt à Night Call. Même si débrouillard, il est très premier degrés, très pragmatique et ne voit rien d’autre dans la vie que le fric (là où le « conducteur » lui est plutôt un esthète, qui paradoxalement malgré son attitude fermée et désinvolte fonctionne au feeling – épisodique -).

    Tu devrais essayer éventuellement de revoir le film.

    PS: pour Barry Lyndon je t’ai trouvé bien sévère aussi avec le personnage, c’est pas juste une brute et un lâche justement, le personnage est infiniment complexe et c’est ce qui fait en grande partie le charme du film (il est courageux – il va sauver dans les flammes celui qui l’avait identifié comme déserteur, les nombreux duels auquel il participe -, il a des sentiments – tout l’amour qu’il porte pour son fils -, une forme de grandeur – le fait d’épargner Bullingdon jr à la fin -, etc. -). Le film parle en fait de la révolution française et du désir d’égalité (l’ironie de la dernière phrase du film est d’ailleurs sans appel). Dans le bouquin de Thackeray par contre apparemment le personnage est beaucoup plus manichéen.

    PS2: en parlant de Jake Gyllenhaal, il faut absolument voir (ou revoir) le clip de The Shoes (un groupe français) – et pour rester dans le psychopathe – :

    • Merci beaucoup pour ce commentaire.
      L’idée était ici de prendre le contre-pied de ce personnage sombre et mystérieux en se demandant : et s’il n’était pas tout simplement idiot?
      Intéressant sur Barry Lyndon : pourrais-tu développer ton point sur la Révolution Française et le désir d’égalité?

  • Toute l’histoire du film se résume en un type qui a été ridiculisé par sa cousine (dont il est amoureux et qui va très mal prendre le fait que celle-ci lui préfère un militaire gradé – c’est encore un jeune idiot qui n’est pas capable de comprendre à ce moment là qu’elle joue simplement avec lui et qu’il ne faut pas en attendre plus -) parce qu’il n’appartenait pas à la bonne classe sociale (son père a été tué dans un duel le laissant seul élevé par sa mère et les obligeants à faire quasiment l’aumône pour être accueillis par son oncle qui fait parti de la noblesse – il est comte ou je sais plus quoi -). Du coup ensuite il va consacrer toute sa vie (à laquelle il cherche à donner un sens – il écume les routes pour trouver sa voie, d’abord dans l’armée, etc. -) à essayer de s’acheter une réputation, un nom (qui ouvre toutes les portes – au final il y perdra une jambe et deviendra un pauvre type lambda -).

    Kubrick en (bon ? je ne sais pas, parce que oser foutre du Strauss bien pompeux dans 2001, fallait oser, ça gâche tout ! – ça tient à priori plus de Wagner que de Mozart …même si je suis une bille en musique classique… bref -) lecteur de Nietzsche s’est servi du bouquin de Thackeray comme support. Le XVIIIème siècle c’est le chant du cygne de l’aristocratie. Tout le monde veut pouvoir être l’égal de l’autre, gravir les échelons (ce qui était inenvisageable évidemment avant cela, chacun restait à sa place, point barre). Kubrick se moque de tout ces gens qui passent leur temps à se battre pour le pouvoir, pour l’argent et au final du vent (maintenant – que vous êtes morts – vous êtes tous à égalité – ça valait bien le coup de perdre son temps pour en arriver finalement là -). Vanité, tout est vanité… (dernière petite aparté, Nietzsche était clairement un anti-révolutionnaire – non pas qu’il n’aimait pas ces salauds pauvres hein, juste que ben la hiérarchie fait partie de la vie, de la « nature », c’est comme ça, faut faire avec, et surtout si on veut du changement, faut pas aller trop vite sinon c’est la violence, la zizanie pour résumer super vite fait de ce que j’en comprends -)

    C’est un de mes films préféré, je l’ai vu plein de fois et j’ai lu beaucoup, beaucoup de choses dessus, je n’ai malheureusement pas ta facilité à décrypter les inter-lignes (même si sur le coup là je t’ai trouvé un peu léger – j’ai été un peu déçu parce que d’habitude t’apporte toujours un éclairage intéressant et j’espérais beaucoup de ta chronique de celui-ci -).

    PS: au niveau ironie (que j’adore chez Kubrick) il y a aussi le fait finalement que Bullingdon Jr après son duel remporté (comme une merde) se comportera strictement comme Barry avec sa mère, alors que jusque là il disait faire un peu ça justement pour la libérer et lui venir en aide face à ce monstre (ils sont donc tous pareil et ne sont guidés chacun que par leur orgueil).

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.