LA VIE D’ADÈLE

LA VIE D’ADÈLE
Abdellatif Kechiche, 2013

LE COMMENTAIRE

On n’a un problème avec le nationalisme que lorsqu’il s’agit de Marine Le Pen, voire de Brice Hortefeux. Lorsqu’il s’agit de nos Bleus, notre gastronomie, notre esthétique ou bien de nos femmes alors là, plus de souci. On est fier des jolies filles du pays d’Enrico Macias (l’Algérie française), des brunes de Lio qui ne comptent pas pour des prunes, ou encore des vaches made in Normandie de Stone et Charden. Les Françaises inspirent le monde. Une question demeure: Pourquoi nous sentons nous toujours obligés de les représenter nues et la clope au bec? Est-ce que ça vient de Titanic? Le dessin tient-il du portrait ou de la caricature?

LE PITCH

Adèle (Exarchopoulos) va découvrir le grand amour.

L’HISTOIRE

Adèle est une jeune lycéenne lilloise qui s’interroge sur l’amour. Pendant que son prof parle du coup de foudre comme d’une prédestination dans la rencontre, ses copines sont autrement plus terre à terre.

Franchement si y a moyen de niquer, je le nique.

Ce sont ces mêmes copines qui vont la pousser dans les pattes Thomas (Jérémie Laheurte), un jeune homme aussi ténébreux que benêt. Leur relation ne prend jamais vraiment. Tous les deux n’accrochent pas, notamment sur La Vie de Marianne que Thomas n’a pas compris:

Je peux même pas comprendre qu’on peut pas aimer.

J’ai pas dit que j’ai pas aimé hein. C’est le côté, avec le vocabulaire, les longues phrases, les trucs anciens et tout j’ai du mal.

Ils vont au ciné ensemble. Ils s’embrassent. Ils couchent même ensemble. C’est pourtant sur Emma (Léa Seydoux) qu’Adèle fantasme, une jeune fille aux cheveux bleus qu’elle a croisé un jour par hasard. Et ça la travaille.

Il me manque un truc. Je sais pas j’suis tordue.

Les choses commencent à se clarifier lorsqu’une de ses copines de classe l’embrasse. Malheureusement cette copine n’est pas sérieuse. Alors Adèle va commencer à fréquenter les bars lesbiens de la ville avec son copain Valentin (Sandor Funtek) où elle va finir par retrouver Emma qui étudie aux Beaux-Arts.

Avec Emma c’est plus qu’un coup de foudre, c’est un grand amour qui dérange forcément, à commencer par ses copines de classe qui la chahutent violemment.

On veut juste que t’assumes que tu lèches des chattes. Nan mais après moi j’m’en fous que tu sois gouine tu fais c’que tu veux. Mais l’truc c’est que t’es venue plusieurs fois chez moi, dormir à poils dans mon lit. Là c’est un peu plus dur. Moi j’suis ta pote hein, j’préfère être claire tu vois.

Adèle s’en moque. De musées en manif LGBT, elle kiffe bras dessus bras dessous avec Emma qui l’invite chez ses parents, un couple d’intellectuels très ouverts. La relation est officielle, ou presque. La rencontre avec les parents d’Adèle, plus conservateurs, est un peu plus délicate.

Si on veut être artiste on a besoin d’avoir un mari, un conjoint qui assure derrière.

Adèle et Emma emménagent ensemble. Le couple bat de l’aile. Adèle n’est pas à l’aise avec les amis de sa compagne, trop cultivés à son goût. Elle se sent seule et finit par succomber aux avances d’un collègue. Emma le découvre et la fout aussitôt dehors.

Les deux jeunes femmes se reverront quelques temps plus tard pour prendre un café larmoyant. La rupture est encore trop fraîche. Alors Adèle continue de vivre comme elle peut, sans saveur.

Emma invite Adèle à son vernissage. Ce n’est décidément pas son monde. Elle y croise Samir (Salim Kechiouche), un ami d’Emma qui avait flashé sur Adèle depuis quelques temps. La tête ailleurs, Adèle profite de la première occasion pour fuir le prédateur et s’éclipser discrètement pour rentrer chez elle, un peu triste, dans sa belle robe bleue – comme les cheveux d’Emma.

L’EXPLICATION

La vie d’Adèle, c’est une traversée du désert qui n’en finit pas.

Adèle est une adolescente qui se cherche une identité. C’est aussi une jeune fille rongée par la solitude: Elle part à l’école seule. Elle rentre chez elle seule, un peu comme la Marianne de Marivaux qui a vu s’envoler ses illusions. Adèle est entourée de Thomas qui ne la comprend pas, de ses copines de classe qui ne la comprennent pas plus. Elle craint l’opinion de ses parents. Adèle ne souffrirait peut-être pas autant si elle n’était pas aussi romantique.

Elle va trouver un écho à sa romance chez Emma. Sa rencontre va apporter des réponses. Grâce à Emma, Adèle va se trouver en tant que femme. Elle va s’habiter.

Je suis femme. C’est une vérité.

Comme lui enseigne Emma qui n’hésite pas à citer Sartre, c’est à Adèle de définir qui elle est, sans autorité supérieure. Assumer son homosexualité est un combat. Adèle doit se battre dans la cour d’école pour s’affirmer. Emma, comme un guide, lui permet de faire ses premiers pas dans le monde et à se détacher du regard des autres.

Emma lui fait découvrir un autre monde, plus profond, plus sensible et beaucoup plus intense. Ce monde est vertigineux et Adèle va s’y perdre. Elle s’est découverte puis ne s’y reconnaît plus, rattrapée par ses démons, se sentant à nouveau seule au milieu des amis d’Emma qui parlent une langue qui n’est pas la sienne. Ce n’est pas Adèle qui trompe Emma. C’est Emma qui a abandonné Adèle.

C’était une première et belle expérience. Ça n’était qu’une expérience. Adèle doit digérer cette rupture qui l’aura vu pleurer comme un bébé.

Me fait pas partir! J’vais où sans toi? J’peux pas partir j’vais faire quoi? J’t’en supplie.

Cette rupture lui donne l’impression qu’Emma lui reprend ce qu’elle lui a donné. Ce n’est pas tout à fait exact. Adèle doit grandir. C’est à elle de se remettre en selle, toute seule comme une grande.

C’est déjà tellement compliqué d’assumer son homosexualité qu’on en viendrait presque à oublier que les homosexuels aussi se séparent. On peut gravir la montagne, la route ne s’arrête pas là pour autant. Les couples homosexuels sont tout aussi vulnérables que les autres à la rupture. Adèle et Emma sont confrontées à la routine, aux disputes. Leur lune de miel prend fin.

Tu m’aimes plus?

Adèle va finir par redescendre de son nuage. Ce qu’on trouve en bas du nuage, c’est Lille et le Nord-Pas de Calais. Zola, Bachelet, Boon. C’est pas drôle. Il faut s’accrocher. N’est-ce pas Marcelo Bielsa?

LE TRAILER

 

Cette explication n’engage que son auteur.

2 commentaires

  • Très bel article qui résume bien le film. 🙂

    (Un peu déçue cependant de trouver « gouine » au lieu de « lesbienne » dans les étiquettes…)

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