DES HOMMES ET DES DIEUX

DES HOMMES ET DES DIEUX
Xavier Beauvois, 2010

LE COMMENTAIRE

On s’imagine plein de choses sur les hommes qui font voeu de silence. Des hommes qui ne parlent pas ont nécessairement quelque chose à cacher. On les fantasme en agents secrets au service d’extra-terrestres préparant une invasion prochaine (cf Mars Attacks). On soupçonne une confrérie avec des rituels louches. Rien de tout cela. Des hommes qui se retirent du monde, c’est finalement assez banal. Et puis ça fonctionne comme partout ailleurs : il faut lever la main pour aller faire pipi.

LE PITCH

Des moines sont sous la menace terroriste.

LE RÉSUMÉ

Une petite communauté de moines catholiques est installée au monastère de Tibhirine. Ils font partie de l’ordre cistercien. Ces hommes cultivent le jardin, soignent les malades et contemplent Dieu. Ils vivent en bonne intelligence avec les locaux et sont respectés par la communauté musulmane.

Mais l’Algérie des années 90 est en guerre civile. Les moudjahidines font des victimes parmi les civils. Les têtes tombent. Le sang coule. Face à tant de violence, les moines s’inquiètent à leur tour de leur sort. Certains envisagent même de quitter le monastère.

Moi si je suis devenu moine, c’est pour vivre!

La position de Christian (Lambert Wilson) reste inflexible.

Le bon berger n’abandonne pas son troupeau à l’heure où arrive le loup.

Son attitude hautaine fait naître le doute parmi ses moines.

Christian, nous ne t’avons pas élu pour décider seul.

Les soldats pénètrent le lieu sacré une première fois pour réclamer des soins.

J’ai besoin du toubib!

La rencontre est tendue. Les soldats repartent.

Le gouvernement algérien alerte Christian. L’avertissement est sans frais.

Je me demande ce que va devenir ce pays…

Vous savez que personne d’autre que nous peut nous décider à quitter ce pays. 

Votre entêtement devient dangereux! Ce n’est pas de la lâcheté que de vouloir partir. C’est juste continuer de vivre libre.

Christian propose un référendum. Pour ou contre un départ? Les uns et les autres se consultent et décident finalement de rester.

On file comme ça, ça n’a pas de sens. Ce n’est pas notre intérêt personnel qu’on est venu chercher ici. 

Les soldats pénètrent le sanctuaire une seconde fois pour faire soigner l’un des leurs.

La troisième fois sera la dernière. C’est ainsi qu’après une énième prière, les moines seront victimes d’une rafle. Amédée (Jacques Herlin) et Jean-Pierre (Loïc Pichon) seront les seuls rescapés. Pris en otages, les autres finiront par être assassinés dans des circonstances encore inconnues. Une chose est certaine : Christian et ses frères sont partis en paix.

Qu’il nous soit donné de nous retrouver larrons heureux, en paradis, s’il plait à Dieu. Notre père à tout deux. Amen. Inch’Allah.

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L’EXPLICATION

Des Hommes et des Dieux, c’est une ligne de conduite.

Les moines de Tibhirine ont pris la décision de s’isoler du monde pour être en accord avec leurs convictions, quelque part en territoire hostile. Pour vivre d’amour et de l’eau fraîche des montagnes de l’Atlas. Un peu plus près des étoiles. Ils vivent de leurs chants et du travail de la terre.

Sans s’en rendre compte, eux aussi ont fini par s’installer dans une sorte de confort (relatif). Ils vont être rattrapés par les colères du vent. Vient alors le moment de questionner ses principes (cf A Few Good Men). Certains sont envahis par la peur de perdre la vie et cèdent à la panique. Célestin (Philippe Laudenbach) se sent faible et veut partir. La foi de Christophe (Olivier Rabourdin) est également mise à rude épreuve.

Nous n’avons pas à chercher le martyr.

Paradoxalement, Christian est le seul à refuser de questionner quoi que ce soit. Il a un cap et ne veut pas en déroger. Comme un président qui s’accrocherait à ses réformes en attendant des sondages meilleurs. Comme un responsable d’entreprise qui penserait préférable de faire preuve de fermeté dans la difficulté. Comme un père de famille qui ferait mine d’ignorer la tempête qui se profile à l’horizon, quitte à faire l’autruche (cf Take shelter).

Depuis quand on obéit aux armes??

Sur le fond, il n’a pas tort. La forme ne passe cependant pas. Son effronterie, au nom de Dieu, lui vaut presque de se faire tuer une première fois par le chef des terroristes. Christian ne négocie pas. Il n’a aucune diplomatie avec ceux qui sèment la violence. En faisant dans les bottes des tyrans, il prend le risque insensé de faire tuer tout le monde.

Cette expérience va permettre à chacun de puiser au plus profond de ses ressources en sondant les raisons de ses engagements. Pour quoi choisit-on de vivre?

Chacun doit choisir selon sa conscience.

Même Christian va faire l’expérience de l’humilité. Il finit par accepter sagement de regarder cette réalité. Car tout le monde a le choix et il ne peut pas priver les autres de ce droit fondamental. Il n’est pas Dieu. Il ne peut pas forcer qui que ce soit à rester contre son gré, malgré la solidarité bien connue des moines (cf Le Nom de la Rose). Christian se découvre en acceptant le débat populaire. Il laisse la parole et écoute.

Christophe est celui qui doute le plus.

Mourir là, maintenant ici… c’est vraiment utile?

Ta vie tu l’as déjà donnée.

Je comprends pas. On est martyr pour Dieu? Pour être des héros??

Non, on est martyrs par Amour, par fidélité. Rappelle toi l’Amour espère tout. L’amour endure tout.

Ses interrogations sont saines. C’est seulement lorsqu’on va au bout du chemin sinueux du point d’interrogation qu’on peut trouver la réponse. Ne pas partir certes, mais pour les bonnes raisons.

Partir c’est fuir. 

Confrontés à la possibilité de la mort, ils se rappellent qu’ils ont déjà donné leur vie. Ils n’ont rien à perdre. La question de mourir en martyr ne se pose pas. Ces moines se moquent pas mal d’une gloire posthume. Leurs actions ne sont pas guidées par le désir de marquer l’histoire – même si leur massacre marquera l’Histoire.

Ils se soucient du symbole. Il ne restent pas comme des imbéciles qui ne changeraient pas d’avis. Ils restent parce qu’il est important de rester. Dans la vie, on prend ses responsabilités. On assume ses choix. La possibilité de vivre lâchement comme Caledon Hockley (cf Titanic) est inimaginable.

Qui cherchera à conserver sa vie la perdra.

Les moines acceptent leur destin. La vie c’est regarder la mort dans les yeux sans en avoir peur. Ils ne sont finalement que des hommes servant un Dieu, tués par d’autres hommes au service d’un autre Dieu. En souhaitant qu’ils puissent faire la paix tous ensemble autour d’un grand banquet (cf Underground). En priant très fort pour que ce fameux Paradis existe.

On peut douter de tout, sauf de ça.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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