A FEW GOOD MEN

A FEW GOOD MEN
Rob Reiner, 1992

LE COMMENTAIRE

Difficile de ne pas remarquer ces badges qui transforment le militaire en sapin de Noël. Difficile aussi d’en deviner leur signification. Les militaires sous leurs airs bourrus ont finalement des codes assez subtils qu’eux seuls savent déchiffrer. Pourquoi diable ces hommes d’honneur se baladent-ils encore avec des pins en 2015!? Il y a un vrai travail de dé-ringardisation à mener au sein de l’armée. Imaginons une Légion étrangère rhabillée par Jean-Paul Gaultier. On peut bien mourir au combat, il n’empêche qu’on peut mourir avec élégance.

LE PITCH

Daniel Kaffee (Tom Cruise), jeune avocat de l’US Navy est commis d’office dans une affaire opposant deux jeunes soldats au corps des Marines (rien que ça), défendu par Jack Ross (Kevin Bacon), et représenté par le Colonel Nathan Jessep (Jack Nicholson).

LE RÉSUMÉ

Base de Guantànamo Bay, Cuba. Dawson (Wolfgang Bodison) et Downey (James Marshall) passent à tabac le jeune Santiago. Ce bizutage autrement appelé code rouge tourne mal. Santiago meurt étouffé. Kaffee, champion de l’arrangement à l’amiable est désigné pour éviter le pire aux deux soldats (surtout pour expédier l’affaire). Joe Gallaway (Demi Moore) va pousser Kaffee à une investigation plus en profondeur qui lui permettra de découvrir que les deux soldats n’ont rien fait d’autre que d’exécuter les ordres du colonel Jessep.

Épris de justice, il va laisser sa batte de base-ball au placard le temps d’un procès pour réaliser le tour de force de faire venir Jessep à la barre et lui faire admettre qu’il a donné l’ordre.

You’re goddamn right I did!!

Les deux soldats seront disculpés et éviteront les barreaux. Ils seront aussi radiés du corps des Marines. Il y a plus important, Daniel Kaffee le j’m’en foutiste aura gagné leur respect.

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L’EXPLICATION

A Few Good Men c’est une histoire de principes.

La jeune génération remplace la précédente. Daniel ne doute de rien, comme un Marcheur. Il est l’étoile montante. Le Colonel représente l’ordre établi, l’ancien monde en quelques sortes. Il sent la menace de la jeunesse. Il tente de mettre Daniel en garde :

Don’t think for one second you can come down here, flash a badge, and make me nervous.

Malgré tout Daniel va déséquilibrer Jessep de par son énergie renversante ainsi que son éthique irréprochable.

On pourrait se dire que Jessep a raison. Le monde est violent. Le rôle de l’armée est d’offrir une protection. C’est pourquoi elle ne peut pas se permettre de faire dans la dentelle. Réaffecter Santiago n’est pas une solution en soi, c’est évident. Et l’armée a aussi le devoir de le former. En premier lieu, on pourrait se demander comment un faiblard comme Santiago a fait pour se retrouver dans cette unité? S’il n’a pas l’étoffe alors il n’a effectivement rien à faire là. En tout cas, il n’a certainement pas à en mourir. Ce n’est pas la société dans laquelle on vit. On peut ne pas être d’accord et estimer que condamner le Colonel c’est fragiliser une nation. La réalité est que ça n’est pas le sujet. Le sujet c’est que ce tyran misogyne qu’est Jessep a fait appliquer sa propre loi et qu’il ne peut pas avoir raison. En tout cas, pas sur le principe.

Or les principes aujourd’hui c’est tout ce qui nous reste. C’est ce qui nous retient de mettre les pieds sur la table et de se gratter les testicules pendant qu’on regarde un match de foot. C’est aussi par principe qu’on a la décence de ne pas dire qu’il est jubilatoire de se taper une supérieur à un officier dont la supérieure est également à la table. C’est donc précisément pour ça que Daniel Kaffee fait bien de ne pas lâcher l’affaire. C’est aussi pour ça que c’était important d’aller marcher jusqu’à Nation quand on est Charlie : pour le principe. C’est une question d’honneur.

L’honneur c’est ce qui nous permet de dépasser notre condition. Jusqu’à cette affaire Dawson & Downey, Daniel Kaffee se la coule douce avec des faux-procès à la petite semaine. Il est comme une Ferrari qui se laisse conduire avec le régulateur de vitesse. Il n’a aucun intérêt. Il faut que Joe Galloway le bouscule un peu pour qu’il se révèle enfin. Parce qu’il est attaché à des principes, il peut se défaire de l’image de talent feignant qu’on lui avait collé dans le dos. Il arrive même à se débarrasser de l’ombre encombrante de son défunt père.

Le Lieutenant Kendrick (Kiefer Sutherland), à l’inverse, pense que ce qui est arrivé à Santiago c’est bien fait. Il pense que Santiago n’avait pas le sens du code ni de l’honneur. Il doit secrètement penser que Santiago est homo. Kendrick est con comme ses pieds. Il n’a rien compris. Lui n’a pas de principe. Il ne réfléchit pas beaucoup plus loin que le bout de ses brodequins. Et ça ne l’empêche pas d’être promu, comme trop d’ambitieux aujourd’hui. A Few Good Men dénonce le manque de principes d’une institution qui se réfugie derrière son code pour un oui (chef!) ou pour un non (chef!).

Les principes donnent à Dany ce qu’il manque à la plupart d’entre nous, c’est à dire le courage de se dresser contre toute une institution. Ce qu’il manque à Sam par exemple, qui reste à l’arrière. Jessep le sait très bien.

Son, we live in a world that has walls, and those walls have to be guarded by men with guns. Who’s gonna do it? You? You, Lt. Weinburg?

Cependant, les principes ne font pas tout non plus. Il faut aussi savoir comment faire passer ses idées. Joe Galloway par exemple n’y arrive pas. Elle est intéressante car elle une femme chez les hommes. Elle est l’emmerdeuse. C’est Ségolène Royal dans sa bataille contre le bizutage. Elle bouscule les conventions militaires. Quand elle veut qu’on l’écoute elle s’y prend mal et se fait logiquement recadrer par l’autorité. C’est bien pour ça que le film s’appelle « A Few Good Men » et pas « A Few Good Men & Women ». Des hommes d’honneur, pas des femmes. Corinne Touzet n’est pas dans le casting.

Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il faut risquer le tout pour le tout pour gagner gros. Les gagnants de l’Euromillions à 2 euros 50 le ticket ça n’existe que sur TF1. Les hommes d’honneur eux jouent leur vie ou leur carrière. Ils triomphent avec panache ou perdent avec classe. Même Jessep quitte le tribunal avec dignité. Finalement le plus nul dans l’histoire, c’est ce pleutre de Markinson.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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