STUPEUR ET TREMBLEMENTS

STUPEUR ET TREMBLEMENTS
Alain Corneau, 2003

LE COMMENTAIRE

Les Belges ont copié le pire défaut de leurs grands frères Français : l’arrogance. Sous prétexte que Bruxelles est la capitale de l’Europe, ils pensent être les seuls sur terre et que tout leur appartient. Sans doute l’héritage de Brel qui affirmait que le Plat Pays était à lui. Ces gens qui clament avoir inventé la frite sont aussi persuadés qu’ils auraient mérité de gagner la Coupe du Monde (cf Bleus 2018). N’importe quoi. S’ils croient avoir un nez d’avance sur tout le monde, ils resteront toujours dans l’ombre des Orientaux.

LE PITCH

Une jeune femme décide de retourner au Japon où elle a grandi.

LE RÉSUMÉ

Amélie (Sylvie Testud) revient à Tokyo où elle a passé les cinq premières années de sa vie. Elle y décroche un contrat d’un an comme interprète au sein de Yumimoto où elle découvre le sens de la hiérarchie. Au dessus d’elle, se trouvent Fubuki Mori (Kaori Tsuji), puis Monsieur Saito (Tarō Suwa), puis le redouté Monsieur Omochi (Bison Katayama), N-1 du président Monsieur Haneda (Sokyu Fujita).

Amélie va accumuler les impairs. Elle échoue à écrire un courrier au nom de Monsieur Saito. On lui demande ensuite de servir les cafés. Malheureusement, elle s’adresse au client de M. Omochi en Japonais et sème la confusion. Après un premier remontage de bretelles assez sévère, Amélie a pour mission de mettre à jour les calendrier des collaborateurs de l’entreprise.

Puis elle fait des photocopies pour M. Saito mais peine à trouver le bon alignement. La frustration la gagne. Fubuki Mori tente de la rassurer. Amélie est impressionnée par sa beauté.

M. Tenchi (Yasunari Kondo) lui propose de rédiger un rapport. Elle accepte au pied levé et fournit un excellent travail. Sans le savoir, elle vient de court-circuiter la voie hiérarchique. Fubuki alerte M. Omochi par un mémo ce qui vaut à Amélie son deuxième avertissement.

Blessée d’avoir été dénoncée par celle qu’elle considérait comme son amie, Amélie demande des explications. Son attitude ne fait que jeter de l’huile sur le feu. La réponse de Fubuki est sèche.

Moi je ne suis pas déçue. Je n’avais aucune estime à votre égard.

On donne désormais comme mission à la jeune employée de classer et comparer des factures. La comptabilité n’est pas son fort. Malgré des nuits blanches, elle n’arrive pas à délivrer.

Je renonce à la tâche qui m’a été confiée…

Vous avez mis du temps à réaliser!

Fubuki la ré-affecte aux toilettes où elle va passer sept mois à s’assurer que personne ne manque de papier. Elle tient bon malgré tout, profitant de chaque occasion de regarder par la fenêtre pour permettre à son esprit de s’évader (cf Un Prophète).

Cette fenêtre était la frontière entre la chasse d’eau et le ciel. Aussi longtemps qu’il existera des fenêtres le moindre humain aura sa part de liberté.

Ne souhaitant pas renouveler son contrat, Amélie s’adresse à Fubuki comme on s’adresse à l’Empereur, c’est à dire avec avec stupeur et tremblements. Sa supérieure hiérarchique semble apprécier pleinement cette soumission. Puis Amélie informe M. Saito, M. Omochi et enfin M. Haneda de sa décision, recevant des retours courtois de la part des dirigeants de Yumimoto.

Vous n’avez pas eu de chance. Vous n’êtes pas arrivée au bon moment.

Elle part sans dire au revoir à Fubuki, fière malgré tout de n’avoir pas démissionné après un an de torture. De retour en Belgique, elle écrit ses premiers romans. Un an plus tard, elle reçoit un message de félicitations de la part de Fubuki, écrit en Japonais. Classe.

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L’EXPLICATION

Stupeur et Tremblements, c’est l’insolence Belge à l’épreuve de l’exigence Japonaise.

Amélie est une rêveuse. Elle vient d’un tout petit pays qui a annexé la France du vélo grâce au cannibale Eddy Merckx et qui a importé les arts martiaux en Europe via Jean-Claude Van Damme. Le drame Belge c’est qu’il n’a pas les moyens de ses ambitions. C’est ainsi que Benoit Poelvoorde (cf C’est arrivé près de chez vous) s’est brulé les ailes à Cannes aux côtés des brillants humoristes hexagonaux.

Au Japon, le pays où le soleil se lève et où les sushis sont plus que parfaits (cf Jiro dreams of sushi), Amélie va revenir sur terre.

Récapitulons : petite je voulais devenir Dieu, puis Jésus. Puis consciente de mon excès d’ambition, j’acceptais de faire martyr quand je serai grande. Adulte je me résolus à être moins mégalomane et à travailler comme interprète dans une société Japonaise. Hélas, je devins comptable. Mais il n’y avait pas de frein à ma foudroyante chute sociale. Je fus mutée au poste de rien du tout.

Elle intègre Yumimoto avec beaucoup de bonne volonté et d’ambitions, derrière une soumission de façade.

Je me sentais capable de tout accepter. (…) J’allais être aux ordres de tout le monde.

La bonne volonté et l’ambition ne sont pas des valeurs appréciées au Japon, surtout lorsqu’elles sont portées par des étrangers. Amélie peine à comprendre son rôle dans la compagnie. Sa pro-activité est réprimandée. Sa désobéissance agace. Elle répond à ses supérieurs, au mépris de la culture locale.

Vous osez vous défendre??

Les us et coutumes lui échappent totalement. Elle qui n’a pas peur d’aller à la confrontation doit apprendre à mettre son poing dans sa poche car à Tokyo, on évite les conflits.

Sans discussion, il n’y a pas de solution.

Moi au contraire je pense que lorsqu’on discute on prend le risque d’envenimer les choses.

Elle n’arrive pas à comprendre qu’on lui fasse refaire sans cesse les mêmes photocopies sous prétexte qu’elles ne sont pas parfaitement alignées. Elle pense perdre son temps qu’elle estime précieux (cf Lucy).

Vous allez vous habituer.

Je ne m’habituais pas.

Amélie traverse son expérience professionnelle comme un OVNI, passant de la divinité aux cabinets. Amélie plonge dans une profonde dépression mais elle ne veut pas finir en burn out (cf Falling Down).

Le Japon est un pays qui sait ce que craquer veut dire.

Elle ne pense qu’à survivre. Ce traitement de faveur lui permet en un sens de renforcer son désir de se sentir unique. Comment de vulgaires employés de Yumimoto peuvent-ils gérer quelqu’un comme elle de cette façon? Quel manque de respect!

Je me souviendrai jusqu’à ma mort ce que je dois à Yumimoto.

Elle ne croyait pas si bien dire. Cette année lui aura permis d’aller à la rencontre d’une culture qu’elle ne connaît finalement pas. C’est une prise de conscience : un autre monde existe. Fait d’humilité, d’obéissance, de respect. Ce monde, Amélie a essayé de le survoler comme un oiseau mais elle n’était rien de plus qu’un petit caillou au sein d’un immense jardin. Elle n’est finalement pas grand chose à côté de Fubuki, trentenaire célibataire, cachant ses larmes avec pudeur dans les toilettes après s’être prise un soufflante par Omochi. La même Fubuki Mori qui se fendra d’un message manuscrit de félicitations.

Quelle leçon. Ça valait bien un roman.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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