LES BLEUS 2018 : AU COEUR DE L’ÉPOPÉE RUSSE

LES BLEUS 2018 : AU COEUR DE L’ÉPOPÉE RUSSE
Emmanuel Le Ber, Théo Schuster, 2018

LE COMMENTAIRE

En football, le symbole de la Coupe est important. Chaque joueur rêve de la soulever ou de l’embrasser. On se rappelle notamment de l’image magnifique de Maradona brandissant la Coupe du Monde sous le soleil de Mexico. Aujourd’hui c’est différent. On sait très bien que les coupes vont et viennent. Alors on préfère s’attacher à ce qui reste, comme une deuxième étoile sur un maillot.

LE PITCH

Les Bleus sont allés au bout, vingt ans après Les Yeux dans les Bleus.

LE RÉSUMÉ

Deschamps veut repartir d’une page blanche – sans oublier les fondamentaux. Il lance donc la campagne de Russie en parlant à ses garçons de force collective. Le ton est donné.

C’est l’équipe et tous pour l’équipe.

Préparation physique intense, séance de dédicaces, rituel punitif de l’oreille… Si les joueurs sont groomés comme de vrais hipsters, la routine reste la même qu’il y a vingt ans. Les Bleus enchainent les matchs amicaux avec détermination. L’Irlande et l’Italie tombent. Les États-Unis s’accrochent.

Avant de partir pour Istra, Emmanuel Macron rend déjà visite aux 23 en surveillant du coin de l’oeil la bienveillance des caméras de TV. Il lance cette petite phrase :

Une compétition réussie est une compétition gagnée.

Il a tout dit. Les Bleus sont eux aussi en marche. Pogba est conscient des enjeux.

En 98, tout le monde était heureux. Les journalistes, ils étaient gentils. Faut essayer de remettre ça. Pour que ça vive bien. On va jober!

  • France 2 – Australie 1

Deschamps prévoit un combat. Les Bleus sont secoués dans un match rugueux. L’absence de Giroud se fait sentir. Sur une frappe de Pogba détournée, la France s’en sort de trois petits points.

  • France 1 – Pérou 0

Deschamps fait une mise au point. L’équipe fait un match sérieux pour éviter le piège péruvien et décrocher sa qualification. Giroud n’a pas d’occasion. Les Bleus ont trouvé leur 11.

  • France 0 – Danemark 0

Deschamps fait tourner. Giroud reste titulaire. Ses « coiffeurs » assurent la première place du groupe qui permet aux Bleus d’éviter les Croates mais pas l’Argentine de Leo Messi.

  • France 4 – Argentine 3

Au terme d’une partie à rebondissements, les Français réalisent leur match référence. Pogba s’affirme comme le capitaine du vestiaire. Pavard sort un but de nulle part. Le monde découvre la vitesse de Mbappé. Giroud fait une passe décisive. Le groupe prend confiance.

  • France 2 – Urugay 0

C’est au tour de Lloris de sortir son match. Varane montre la voie. Griezmann a de la chance. Le soldat Giroud se sacrifie encore. La France est en demi et on commence à se demander ce qui pourrait l’empêcher d’aller au bout. Peut-être les Belges entraînés par Thierry Henry, le félon?

  • France 1 – Belgique 0

Les Bleus sont concentrés. Ils redoutent les Belges, l’une des plus belles équipes du tournoi. Giroud défend. Heureusement qu’un autre défenseur, Umtiti, donne l’avantage aux Français qui vont verrouiller afin de s’offrir la finale tant attendue.

  • France 4 – Croatie 2

L’atmosphère est étonnamment sereine avant cette finale. Pogba reprend la parole.

On va pas les laisser prendre ce qui est à nous!

On n’oublie pas la finale perdue contre le Portugal. Un dernier petit coup de Marseillaise et l’histoire va faire le reste. La France mène à la mi-temps – contre le cours du jeu. Deux nouvelles contre-attaques scellent définitivement le score : Pogba comme un symbole et Mbappé qui ne fait que commencer. Le discret mais indispensable Giroud n’a pas marqué de la compétition. Peu importe, la France peut chavirer. Ces Bleus l’ont fait eux aussi.

Macron n’a évidemment pas raté une miette de ce match important tant le football est devenu un instrument du soft power. Après avoir sauté dans sa loge, au mépris du protocole, il s’incruste dans les vestiaires pour boucler la boucle avec un nouveau discours à en perdre la voix, digne de celui de l’annonce de sa candidature. Il est accompagné d’un militaire blessé au Mali.

Le football reprend ses droits. C’est ensuite au tour de l’entraineur de féliciter chaudement ceux qui sont devenus ses hommes.

Vous ne serez plus les mêmes!

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L’EXPLICATION

Les Bleus 2018, c’est une réflexion sur le sentiment de fierté.

La bande à Deschamps (joueur) avait réalisé en 98 ce que personne n’avait fait avant eux, à savoir gagner. En handball on savait faire. En football, on ne savait pas. Ce que la bande à Deschamps (entraineur) a réussi à faire en 2018, c’est gagner à nouveau. Ce que les Anglais n’arrivent pas à faire depuis 1966.

Varane a beau prétendre le contraire, Deschamps a la recette. Le fils spirituel d’Aimé Jacquet est définitivement l’architecte de ce succès.

C’est quelqu’un qui sait comment gagner.

Il a responsabilisé Pogba et ses copains pour qu’ils se sortent les tripes afin d’aller chercher le titre suprême. Il leur a inculqué la culture de la gagne chère à Aimé Jacquet. Deschamps n’a cessé de le répéter : Il faut vouloir plus que les autres. Pour vouloir plus, il faut faire plus. Sans cesse se remettre en question. C’est ça le haut niveau. Toujours faire mieux. Sans oublier l’autre ingrédient du succès : le collectif. Le groupe vit bien et ça se voit. Pogba parle de famille. Il s’amuse avec Griezmann. Mbappé rigole après avoir fait la tête aux méchants journalistes. Benjamin Mendy met l’ambiance dans le bus. Matuidi et Mandanda chantent. Thauvin évite d’avoir le syndrome de Vikash (cf Substitute). Rami est de bonne humeur. Heureusement que ce gros égoïste de Rabiot est resté à la maison finalement. Il aurait passé son temps à faire la tronche sur le banc.

Ces Bleus ont surtout gagné car ils ont réussi à ne pas être écrasés par la pression. Celle de leurs aînés dont on n’a pas arrêté de voir les exploits cet été. Et la pression nouvelle de faire plaisir aux Français. Ce sont des mots qui sont revenus souvent dans la bouche des joueurs, notamment de Giroud.

On est fier pour tous les Français.

On a même entendu Deschamps s’exclamer Vive la République! dans le vestiaire. Quel rapport? On sait que les Bleus et la France sont plus que jamais liés : Liberté Fraternité Mbappé! Mais les choses vont-elles si mal en France que des joueurs de foot se sentent investis de la mission quasi politique de réunifier une nation toute entière derrière les valeurs de la République? Toujours est-il que Pogba ne joue plus pour être le meilleur joueur de la compétition. Kylian ne pense pas au Ballon d’Or. Les ego sont laissés aux vestiaires. Les 23 de Deschamps jouent désormais pour les spectateurs de TF1 et personne d’autre. Dans l’hexagone, on a assisté à une sorte d’union sacrée. Les drapeaux ont naturellement refleuri aux balcons avec la mention : Fiers d’être Bleus. C’est à dire?

Fiers de notre mixité? Absolument! La France a été comparée à une équipe africaine par Maduro, en Europe de l’Est, en Italie et jusque dans le Daily Show. C’est pourtant ça la France. Ce n’est plus un modèle d’intégration, c’est juste un état de fait. 13 des 23 joueurs ont des origines africaines revendiquées. Ils sont avant tout Français. Et ça ne devrait plus être un sujet en 2018. On ne sait pas si le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas. En tout cas, il sera mixte. C’est certain. Et si la France peut montrer l’exemple et que le bleu, le blanc et le rouge deviennent les couleurs officielles de la mixité alors tant mieux.

Fiers d’avoir gagné sans flamboyance? C’est un autre débat. Nous sommes rentrés dans cette compétition plein d’espoirs, avec l’équipe la plus chère de cette coupe du monde, armés de joueurs avec un potentiel offensif énorme (Mbappé, Dembelé, Griezmann, Fekir, Thauvin, Lemar, Giroud). On allait voir ce qu’on allait voir! Et bien on a vu. Deschamps a fait du Deschamps. On a vu un soupçon de réussite (ou une efficacité redoutable – au choix), on a vu de la maîtrise, on a vu un bloc compact, on n’a pas vu beaucoup le ballon mais ça nous a suffi pour dégoûter les Belges et les Croates réunis ainsi que les amateurs du beau football. Enfin, ne faisons pas la fine bouche! Tais toi donc Daniel Riolo, oiseau de malheur. C’est ça la culture de la gagne. C’est moche mais ça paie. On voulait gagner, pas gagner avec la manière. On est les champions. Il faudrait savoir ce qu’on veut.

Peu importe les critiques donc, les Bleus ont fait le boulot. L’optimisme est de retour. Bravo. Pour combien de temps? On ne sait pas. Vivons le moment. Les Français ont fait la fête jusqu’au petit matin. Au moins ça change des nuits blanches post-attentats terroristes. Les Françaises n’ont malheureusement pas pu éviter quelques mains déplacées. Chut! L’heure n’est pas à se plaindre. Il sera bien temps de se remettre à râler en Septembre. Donc merci encore les Bleus pour ce nouvel exploit.

On n’a pas vraiment compris pourquoi vous avez préféré célébrer votre victoire avec le Président plutôt qu’avec cette foule pour laquelle vous avez affirmé jouer et qui vous attendait pourtant dehors. Un peu comme si Ulysse avait fait tout ce chemin pour finalement snober Pénélope lors du banquet. C’est pas grave. On est fier de vous quand même.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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