LES ARISTOCHATS

LES ARISTOCHATS

Wolfgang Reitherman, 1970

LE COMMENTAIRE

Lors de chaque départ en vacances, les embouteillages se chargent de nous rappeler que nous sommes définitivement trop nombreux sur l’autoroute. Jusque là, les mâles alpha occupent tout l’espace. Tout juste peut-on trouver assez de place pour respirer entre leurs gros ego. Aujourd’hui, la femme s’incruste. Poussez-vous un peu messieurs. Au sein de ce trio, la cohabitation doit être repensée.

LE PITCH

Une minette de bonne famille et ses chatons sont éloignés de la maison par le majordome.

LE RÉSUMÉ

Madame Adelaide Bonfamille, une riche bourgeoise parisienne, convie son notaire Georges Hautecourt pour discuter de son testament. Elle lui fait part de sa décision de léguer son immense fortune à ses chats bien aimés : Duchesse et ses trois petits, Marie, Berlioz et Toulouse.

As you know, I have no living relatives, and I want my cats to be well taken care of. And who can do that better than my faithful servant, Edgar?

Edgar? Adelaide, you mean you’re giving your vast fortune to Edgar?All your stocks and bonds, this-this mansion, your country chateau, your jewels and gems…?

No, no, no, George. To my cats.

Depuis sa chambre, Edgar entend tout. La pilule est amère. Vexé que les félins lui passent devant, il craint surtout que leur espérance de vie ne l’empêche de profiter de l’argent de son vivant. Il prend la sage décision de se débarrasser des chats en les abandonnant loin de Paris.

Un peu de somnifère dans la crème de lait et les chats se retrouvent dans le side-car du majordome. Poursuivi par deux chiens, Napoléon et Lafayette, Edgar fait tomber le panier sous un pont, à proximité de Paris.

Les minous se retrouvent livrés à eux-mêmes. Leurs talents ne leurs sont pas d’une grande aide. Marie chante, Berlioz compose et Toulouse peint. Sous l’orage, ça ne vaut soudainement plus grand chose. Duchesse n’a pas d’autre solution que de rester à l’abri.

Arrive Thomas O’Malley, un chat de gouttière indépendant et dragueur. Il fait aussitôt la cour à Duchesse. Marie est sous le charme. Berlioz est plus réservé.

Why, your eyes are like sapphires sparkling so bright. They make the morning radiant and light.

How romantic.

Sissy stuff.

O’Malley propose de venir en aide à Duchesse pour l’aider à regagner la capitale.

Première option : embarquer dans la camionnette du laitier. Malheureusement le chauffeur remarque les chats à l’arrière et les débarque.

Seconde option : suivre la voie ferrée. Risqué. Marie tombe dans la rivière et O’Malley manque de se noyer en lui venant en aide. Il est sauvé par deux oies Anglaises. Amélie et Amélia accompagnent les chats jusqu’à Porte de la Chapelle.

Sur les toits, O’Malley retrouve ses amis et invite Duchesse au club de Jazz tenu par Scat Cat. Duchesse aimerait continuer l’aventure mais refuse de forcer Madame à accueillir O’Malley. Celui-ci se résigne et continue sa route (cf Mad Max Fury Road).

De retour à la maison, Edgar capture les fauves et les planque dans le four avant de les mettre dans une malle pour Tombouctou. La petite souris Roquefort est envoyée à la rescousse pour retrouver O’Malley.

Please! I was sent for help, by a cat.

Avec le renfort de Scat Cat, Edgar est terrassé. C’est lui qui se retrouve dans la malle pour l’Afrique.

La maîtresse des lieux fait la rencontre décide de garder O’Malley. Elle décide même d’ajouter son nom sur le testament à la place d’Edgar. Madame Bonfamille créée une association pour les chats errants de Paris. Scat Cat et ses amis peuvent ambiancer la soirée d’inauguration.

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L’EXPLICATION

Les Aristochats, c’est savoir renvoyer l’ascenseur.

Don Altobello a théorisé l’importance du réseau. D’après lui, l’homme le plus riche est celui qui compte les amis les plus puissants (cf Le Parrain 3). Grâce à un système de faveurs, on peut accéder aux toits de Paris. Inversement, si le réseau nous lâche, on peut tout perdre (cf Lance Armstrong). Donc il est important de savoir retourner les faveurs que l’on nous fait, ce que savait parfaitement faire Don Corleone (cf Le Parrain). Ses origines modestes lui ont certainement permis de comprendre la valeur d’un service.

L’aristocratie au contraire n’a pas ces habitudes. On est à son service, pas l’inverse. Et dans leur recherche des sommets, les membres de l’aristocratie se battent entre eux plus qu’ils ne s’aident.

Why should you be first?

Because I’m a lady. That’s why.

Oh, you’re not a lady.

You’re nothing but a sister!

O’Malley est pleinement convaincu que l’aristocratie ne s’inquiète que pour elle et personne d’autre.

Humans don’t really worry too much about their pets.

Duchesse également n’ose pas présenter O’Malley à Madame Bonfamille, après tout ce qu’il a fait pour elle. Sympa.

Les aristos sont effectivement plein de bonnes manières mais il leur manque souvent la générosité qu’on retrouve chez les plus humbles. Ceux qui se mettent véritablement au service des autres. Aujourd’hui le fossé entre ces deux familles se creusent tellement qu’ils ne se connaissent plus. Ils en finissent même par se redouter. La figure du chat de gouttière populaire inquiète les chats de race qui mangent du gourmet 3 étoiles. Le gilet jaune est une menace pour le bourgeois.

Aristocats do not practice biting and clawing, and things like that. It’s just horrible.

But someday, we might meet a tough alley cat…

Certes les bourgeois investissent leur argent dans des oeuvres de charité. Mais les pauvres eux n’hésitent pas à donner leur vie, sans réfléchir à l’image de Jack Dawson qui préfère rester les fesses dans l’eau pour sauver Rose (cf Titanic). Ils ont le sens du sacrifice. Pas question de se faire un peu de publicité ou profiter d’un crédit d’impôts. Certains compensent leur peu de biens avec beaucoup de modestie.

Monsieur O’Malley, you could have lost your life!

So I have a few to spare. Nothing…

Quand l’aristocratie est victime d’un coup d’état venant de l’interne (cf Parasite), en l’occurrence Edgar, elle se retrouve hors jeu. À l’arrêt. Trahie par ses propres esclaves (cf Spartacus).

C’est O’Malley qui sauve la vie. Il permet de redémarrer la machine. Le voyage n’est pas parfait. On ne se déplace pas en classe affaires. Mais on fait des rencontres et on profite de l’aventure. C’est grâce à O’Malley qu’on danse le jazz plutôt que la valse. O’Malley est celui grâce à qui on arrive à bon port, malgré tout.

Il fallait bien que l’aristocratie fasse un geste en retour, en l’anoblissant.

Tout est bien qui finit bien. Ou presque. Madame Bonfamille ne peut quand même pas s’empêcher de recoiffer O’Malley pour qu’il soit présentable sur la photo.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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