LE PACTE DES LOUPS

LE PACTE DES LOUPS

Christophe Gans, 2001

LE COMMENTAIRE

Les Amérindiens n’ont pas attendu Plaute pour comprendre que l’homme était le pire ennemi de son semblable. Comme les Amérindiens avaient pour habitude de soigner le mal par le mal, ils devenaient sauvages à leur tour pour se protéger des autres hommes. Se couvrant le visage de sang et le corps de superbes tatouages sur leurs abdominaux remarquablement dessinés façon Bikram Yoga. Parce que les Amérindiens étaient aussi conscients des exigences du mannequinat.

LE PITCH

Une bête mystérieuse tue femmes et enfants. Sale affaire en Gévaudan

LE RÉSUMÉ

Alors que la Révolution Française est sur le point d’éclater, le marquis Thomas d’Apcher (Jacques Perrin) se souvient d’une histoire dont il fut le témoin jadis.

Les certitudes rendent les hommes fous. Elles peuvent dévorer leur coeur et les changer en bêtes.

En 1765, le Chevalier Grégoire de Fronsac (Samuel le Bihan), sorte d’Ichabod Crane (cf Sleepy Hollow), débarquait en Gévaudan accompagné de Mani (David Dacascos), un ami fidèle rencontré en Nouvelle-France. Les deux hommes avaient pour mission de neutraliser un monstre semant la panique dans le Royaume (cf Le Village), façon les Dents de la Mer.

Une fois sur place, de Fronsac s’est confronté à l’obscurantisme des locaux, pourtant moins crétins qu’ils voulaient bien s’en donner l’air – à l’image de Jean-François de Morangias (Vincent Cassel).

Parle-t-on beaucoup de la bête à Paris..? 

Pendant que les chasseurs décimaient avec fracas des meutes de loups innocents, de Fronsac menait l’enquête discrètement. L’affaire était politique (cf Braveheart). Il s’agissait comme souvent d’une lutte de pouvoir. La bête existait effectivement mais elle agissait sur l’ordre de quelqu’un. Restait à savoir qui…

Le premier mystère de la bête c’est sa célébrité. La bête n’est qu’un instrument. Son maître veut qu’on parle d’elle. Pour faire du bruit.

La bête du Gévaudan avait été ramenée d’Afrique puis dressée par Jean-François Morangias, membre d’une société secrète qui avait passé le Pacte des Loups avec le Père Henri Sardis (Jean-François Stévenin). Ces fanatiques religieux (cf Jesus Camp) s’étaient jurés de semer la terreur pour mieux créer un contre-pouvoir face aux Lumières.

La bête est un avertissement lancé au Roi : tenez compte du pouvoir de Dieu. Ou vous risquez l’apocalypse.

De nombreuses personnes moururent dans cette bataille au nom de la Vérité, dont Mani. De Fronsac parvint néanmoins à sauver la vie de Marianne de Morangias (Émilie Dequenne), sauvagement violée par son frère. Suite à cette sombre histoire, les deux amoureux partirent vers le Sénégal.

1789. La colère gronde (cf Joker). Les torches brûlent. Le Marquis a le feu aux fesses.

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L’EXPLICATION

Le Pacte des Loups, c’est une philosophie à deux balles.

L’histoire de la bête du Gévaudan est avant tout une bouteille jetée à la mer par un noble sur le point de se faire couper la tête par un peuple revenu à l’état sauvage. Un message pour les générations futures afin qu’elle se rappellent que l’homme est un loup pour l’homme, capable du pire comme d’exploiter les faiblesses d’autrui à son avantage.

Les gens sont si crédules…

En l’occurrence, un groupe illuminés menés par des Bourgeois de Province ayant fait alliance avec un homme d’Église ont créée un mythe pour faire peur à tout le monde. Jean-François de Morangias est en vérité un tueur en série qui révèle sa sauvagerie à travers sa bête. Vicieux. Le Père Sardis en profite pour renforcer l’ordre religieux aux dépens de la Philosophie – dont les idées semblaient plaire au Roi de l’époque – et consolider ainsi son pouvoir. Sournois.

Contre ces intégristes, Grégoire de Fronsac joue les hommes éclairés.

Nul besoin d’être devin, il suffit d’observer.

Il n’est pas dupe.

Les mensonges apparaissent parfois comme vérités quand on les habille de latin.

Il est le défenseur de la Civilisation en terre païenne. Le philosophe, représentant de la modernité et ses idées nouvelles en quelque sorte. Forcément, l’intellectuel se heurte au mur Auvergnat où les Lumières n’ont pas encore été allumées.

Les temps changent.

Pas partout. En tout cas, pas ici.

Face à la crétinerie, Grégoire de Fronsac s’interroge.

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Faisant preuve de bon sens – et d’une certaine ouverture d’esprit en plus d’une belle maîtrise du Kung Fu (cf Matrix). Il s’empare des dossiers. Chercher à maîtriser les tenants et aboutissants avant de tirer pas de conclusion trop hâtive.

Les gens de mon espèce ne condamnent pas les gens sans les avoir écoutés.

Il est le premier à ne pas croire à l’existence de la bête puis se voit contraint d’admettre qu’elle est pourtant bien réelle. Soit. Il a eu tort et il l’admet. Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.

Cet humaniste laisse également sa chance à l’étranger puisqu’il est proche de Mani, un autochtone qui ne vaut apparement pas mieux qu’un nègre pour reprendre les mots de l’intendant Pierre-Jean Laffont (Bernard Farcy). Ambiance.

De Fronsac est un hédoniste qui sait apprécier les plaisirs du libertinage, aux mépris des règles religieuses en vigueur. Peu importe. Il assume ses envies et ne voit pas en quoi il devrait se sentir coupable de quoi que ce soit.

Son enquête va le plonger dans l’envers du décor, découvrant ce que l’homme a de moins glorieux : pervers, menteur, violent, égoïste, maléfique. Chacun joue son jeu : Jean-François de Morangias n’est qu’un psychopathe qui veut voir le monde brûler. Sardis détourne le message de son Dieu pour son intérêt personnel. De son côté, le Roi est prêt à étouffer l’affaire afin que son autorité ne soit pas discutée.

Si je comprends bien : mieux vaut mentir que de laisser dire des mensonges.

Un monde qui n’a rien de manichéen, sans gentils d’un côté et méchants de l’autre. Une vérité sur laquelle il est difficile de mettre le doigt.

La Vérité, c’est très compliqué.

Un drôle de monde. Le marquis étant peut-être le premier des pourris se plaignant de la barbarie d’un peuple prêt à le décapiter. Le peuple s’était mis à gronder en premiers lieux car l’Aristocratie l’avait laissé mourrir de faim. Alors Thomas d’Apcher ferait mieux de balayer un peu devant sa porte avant d’accuser les autres. Le philosophe qu’il est ferait mieux de s’interroger sur les raisons de la sauvagerie et identifier ceux qui en sont les responsables.

Plutôt que de faire le pacte des Loups ou signer la Loi Pacte, tout cela donne plutôt envie de mettre les voiles loin, très loin. Quelque part au soleil. Là où personne ne viendra nous ennuyer. Faire comme de Fronsac et Marianne en partant en Afrique par exemple. S’éclater au Sénégal comme Gérard Blanc.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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