LA MORT AUX TROUSSES

LA MORT AUX TROUSSES

Alfred Hitchcock, 1959

LE COMMENTAIRE

Pas d’autre choix que d’aller de l’avant. Pour avancer, certain·es aiment se donner un objectif à atteindre. Un os après lequel courir. D’autres au contraire préfèrent qu’on leur court après. S’inventant un danger auquel échapper (cf Duel).

LE PITCH

Un publicitaire cherche à savoir pour qui on le prend.

LE RÉSUMÉ

Roger Thornhill (Cary Grant) est un homme pressé New-Yorkais. Patron d’une agence de publicité, il optimise la moindre minute de son agenda pour trouver des slogans accrocheurs.

Think thin.

Tellement occupé que son assistante doit parfois le suivre à l’autre bout de la ville en taxi pour terminer une conversation.

Alors qu’il a rendez-vous avec des clients, Thornhill se retrouve kidnappé par deux hommes armés qui le conduisent auprès d’un dénommé M.Townsend (James Mason) et son assistant Leonard (Martin Landau). Il sembe que Thornhill ait été confondu avec un certain George Kaplan.

Thornhill refuse de coopérer avec ces hommes qu’il ne connaît pas. Il est alors saoulé par Leonard qui tente maquiller sa mort par accident de voiture.

Thornhill survit miraculeusement et se fait interpeller par les autorités en quasi coma éthylique. Personne ne croit à son histoire, pas même sa mère (Jessie Royce Landis).

You gentlemen aren’t really trying to kill my son, are you?

Le lendemain, il remonte la trace du mystérieux George Kaplan qui est introuvable. À l’ONU, il rencontre le vrai M. Townsend (Philip Ober) qui n’est pas l’homme de la veille. Townsend se fait poignarder. Thornhill est pris en photo par les journalistes avec l’arme du crime entre les mains.

Il parvient à prendre un train pour Chicago où George Kaplan est censé avoir un rendez-vous. Lors du voyage, il fait la connaissance de Eve Kendall (Eva Marie Saint) qui l’aide à échapper à la police.

Direction l’Indiana où Thornhill se fait attaquer par un avion en rase campagne. De retour à Chicago, Thornhill découvre que Eve travaille pour le compte de M. Vandamm (James Mason) apparemment surpris de le revoir.

What possessed you to come blundering in here like this? Could it be an overpowering interest in art?

Yes, the art of survival.

De nouveau arrêté par la police, Thornhill est conduit à l’aéroport où il est approché par l’énigmatique Professeur (Leo G. Carroll), travaillant pour une organisation gouvernementale (cf L’Agence).

CIA, FBI, ONI… we’re all in the same alphabet soup.

Les aventures de Thornhill le conduisent vers le Dakota du Sud où il tente toujours de percer le secret de Eve et de sa relation avec Vandamm. Thornhill parvient à la sauver héroïquement d’une mort certaine du haut du Mont Rushmore.

Le couple rentre en train couchette vers New York.

L’EXPLICATION

La Mort aux Trousses, c’est l’histoire dont vous êtes le héros.

On avance dans la vie pour éviter de faire du sur-place, par peur panique de l’ennui. Comme de nombreux New Yorkais, Thornhill refuse précisément l’ennui en s’activant dans la fourmilière autant qu’il le peut.Il doit se passer quelque chose car il n’existe rien de plus angoissant que l’eau qui dort.

I’ve never trusted neatness.

Par ailleurs, Thornhill travaille dans la publicité. Comme c’est curieux. Son métier consiste à développer des désirs. À travers un storytelling, cette espèce de Don Draper invite l’individu à vouloir devenir constamment un autre. Celui ou celle que l’on n’est pas. De cette manière au moins, on est certain de ne jamais pouvoir se reposer. Quel bonheur!

Thornhill raconte donc des histoires délibérément exagérées pour stimuler l’imagination et l’envie. Il ne ment pas, évidemment.

In the world of advertising, there’s no such thing as a lie. There’s only expedient exaggeration.

Thornhill est dans son rôle. Il se retrouve embarqué, soit disant de force, dans une drôle d’histoire où les identités sont troubles – comme par hasard.

I know you’re a man of many names.

Ce jeu de piste est d’autant plus commode qu’il n’a pas de résolution. L’énigme comporte beaucoup trop de trous pour y trouver une logique (cf Memento). Les personnages jouent un double jeu, quand ils existent…

How can he be mistaken for George Kaplan when George Kaplan doesn’t even exist?

Il s’agit d’une histoire dramatique à souhait dans laquelle Thornhill peut alterner les rôles à sa guise.

Has anyone ever told you that you overplay your various roles rather severely, Mr. Kaplan?

Tantôt victime…

Mr. Kaplan, you are quite the performer. First you’re the outraged Madison Avenue advertising executive who claims that he has been mistaken for someone else. Next, you play the fugitive from justice supposedly trying to clear himself of a crime he knows he didn’t commit. And now, you’re the jealous lover spurned by love and betrayal.

Tantôt héros.

Come on, I’ve got you!

Tout le monde doute de tout le monde, ce qui permet de garder un peu de tension dans la narration. Des trahisons. Quelques rebondissements. C’est parfait.

En tout cas, Thornhill est toujours dans une situation à risque sans être véritablement en danger non plus. Plus important encore, il occupe obligatoirement un rôle central dans l’intrigue. Le héros de sa propre histoire, qu’il veut aussi incroyable que tangible. En effet, personne ne doit pouvoir contester la véracité de son scénario.

Don’t ask me how it happened. Obviously it happened.

À la fin de cette histoire qui ne tient pas debout, Thornhill résout l’énigme. Il tue les méchants et délivre la princesse. Tout finit bien. C’est quand même plus intéressant que de faire des réunions dans des bureaux avec des clients en costume gris non ou de travailler sur un chantier (cf Total Recall)?

Franchement, on s’est bien amusé à Chicago et dans le Dakota, mais il ne faudrait quand même pas abuser des bonnes choses. Chicago reste la province. Les midwesterners sont sympa cinq minutes. Il est temps de retourner à New York, the city that never sleeps.

Thornhill est un publicitaire, il fait son métier.

Sans histoire de ce genre, il ne serait guère qu’un petit cadre New Yorkais de plus.

Now you listen to me, I’m an advertising man, not a red herring. I’ve got a job, a secretary, a mother, two ex-wives and several bartenders that depend upon me, and I don’t intend to disappoint them all by getting myself « slightly » killed.

C’est à dire sans intérêt (cf 99 Francs).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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