LE CAUCHEMAR DE FREDDY
Renny Harlin, 1988
LE COMMENTAIRE
Dans le sud de la France, il est de bon ton d’afficher son bronzage impeccable. À Marseille, rien de plus chic qu’une marque du string (cf Mektoub). C’est assez tardivement qu’on a pris conscience des effets nocifs des UV sur la santé (cf Sunshine). Aujourd’hui, les enfants se baignent tout habillés. On ne sort pas sans sa crème solaire indice 50, surtout les brûlé·es au quatrième degré. À Paris, on porte des lunettes de soleil, même dans le métro.
LE PITCH
Revenu des morts, le croque-mitaine continue de harceler les nuits des adolescent·es américain·es.
LE RÉSUMÉ
Kristen (Tuesday Knight), Joey (Rodney Eastman) et Kincaid (Ken Sagoes) ont tous les trois survécus aux meurtres de Westin Hills (cf Les Griffes du Cauchemar).
Time to start living like regular people.
Ils se sont faits de nouveaux amis : Alice (Lisa Wilcox), Sheila (Toy Newkirk) et Debbie (Brooke Theiss). Kristen fréquente Rick (Andras Jones), le frère d’Alice, qui se trouve être un fan d’arts martiaux (cf Karaté Kid).
Quelque chose ennuie Kristen. Freddy (Robert Englund) n’est pas loin (cf Les Griffes de la Nuit).
He’s coming back for us…
En effet, Kristen, Joey et Kincaid se retrouvent dans le même cauchemar. Freddy est de retour. Quelques jours plus tard, les deux garçons sont retrouvés morts.
What’s wrong?
Kincaid and Joel died last night.
Kristen sait qu’elle est la prochaine sur la liste. Elle donne le pouvoir d’attirer d’autres personnes dans ses rêves à Alice avant de mourir.
Rick meurt à son tour. Ses bases de kung-fu ne lui auront servi à rien dans la vie.
Sayonara, Rick-san!
C’est l’hécatombe. Alice est désespérée. Elle découvre la théorie d’Aristote et essaie de la mettre en pratique dans ses rêves.
Aristotle believed during sleep your soul roams free. What it sees are dreams. The skilled dreamers are able to control what they see. There’s a myth that there’s two gates your soul can enter. One is a positive gate. The other a negative gate.
Alice se rapproche de Dan Jordan (Danny Hassel), l’un des beaux gosses de l’école.
Sheila s’est faite aspirer par Freddy. Puis Debbie est transformée en cafard avant d’être écrasée.
Dan s’endort au volant. Il est victime d’un accident de la route. Alice insiste pour que les infirmiers ne lui donnent pas de sédatif.
Don’t let them put you to sleep!
Alice retrousse ses manches et décide d’affronter Freddy au pays des merveilles. Grâce à un miroir, elle oblige Freddy à se regarder dans les yeux.
Evil will see itself and it shall die!
La technique est fatale. Freddy implose. Les âmes de ses victimes s’échappent et remercient Alice de les avoir libérer.
Thank you Alice, you saved us. Freedom!
Dan s’est remis de son accident. Il veut envisager l’avenir sereinement avec Alice en jetant une pièce dans une fontaine, comme le veut la tradition. Après ce qui s’est passé, Alice ne peut-être que sur ses gardes. D’ailleurs elle croit entrevoir le reflet de Freddy dans l’eau…

L’EXPLICATION
Le Cauchemar de Freddy, c’est apprendre à vivre avec la peur au ventre.
Depuis la nuit des temps, la peur fascine. La société fait comme s’il fallait vivre sans peur, à l’image des chevaliers du Moyen-Âge. Le peuple normand a voyagé jusqu’en Armorique pour s’intéresser à cette peur qui leur était inconnue. On répète souvent aux enfants qu’il ne faut pas avoir peur. Comme si la peur était un frein à main qui empêchait d’avancer dans la vie ou de se faire des copains.
Le peur, c’est simple, on devrait pouvoir en venir à bout.
Joey et Kincaid sont sortis de l’asile. Ils croient avoir fait le plus dur. Quand ils voient Kristen trembler à l’idée que Freddy soit toujours là, ils lui disent de ne pas se prendre la tête – en bons adeptes de Bobby McFerrin.
Yeah. Let it rest!
C’est sûr, on aimerait bien que le concept du croque-mitaine disparaisse pour de bon.
You’re dead Krueger!
On se sentirait à l’abri du danger. Quand la peur s’évanouit, le ciel se dégage comme par enchantement. C’est les vacances. On peut enfin vivre à la cool.
Sauf que les vacances sont, par définition, l’exception. Cela ne se passe pas comme ainsi.
Everybody thinks they know, but they don’t.
En effet, la peur fait partie du paysage. Elle est un ingrédient essentiel du mélange d’émotions. Malgré tous les efforts du monde, on ne peut pas l’éradiquer (cf Vice-Versa 2). C’est un volcan endormi qui est constamment voué à se réveiller.
You shouldn’t have buried me. I’m not dead.
On a peur parce qu’on a toujours un petit quelque chose à perdre : échouer, faire du mal à quelqu’un, manquer de quelque chose, pas être accepté·e… Freddy, qu’on le veuille ou non, sera toujours là avec son chapeau gris, son pull rayé, son petit nez rouge et son haleine de bouc.
I am eternal.

Il faut apprendre à vivre avec.
Les garçons refusent la réalité, par principe. Ils ont tendance à vivre dans le déni, à l’image de Rick qui se ré-approprie les techniques ancestrales de combat d’un pays sur lequel les États-Unis ont lâché deux bombes atomiques sans vergogne (cf Oppenheimer). Rick montre que les garçons foncent la tête la première dans le mur sous prétexte qu’ils doivent être téméraires. Ils n’écoutent qu’eux-mêmes. S’ils réfléchissaient davantage, ils comprendraient que mieux vaut prévenir que guérir.
Maybe I could have stopped it if I’d have had listened.
À l’inverse, les filles sont en général plus sages que les garçons. Alice sait que la vie n’est qu’une longue succession de galères.
We all have to survive.
Donc les filles essaient de se rassurer en se disant que ce n’est pas une histoire de force physique. La peur existe, mais elle peut se dominer dans la tête.
Mind over matter.
Dès lors, les filles deviennent cérébrales. Elles tolèrent de vivre constamment dans la peur grâce à la pensée existentialiste : l’idée qu’elles puissent avoir la main sur leur existence, y compris leurs rêves.
Remember : you’re in control.
Le monde est violent (cf There will be Blood). Mais ce n’est pas une fatalité. On n’est pas obligé de subir cette violence.
Moins naïves que les garçons, les filles savent qu’il peut constamment leur arriver une bricole. Dans le métro, des tarés peuvent les étrangler. Au boulot, on cherche à abuser d’elles (cf Harvey Weinstein). Elles se promènent dans la rue avec l’angoisse qu’un homme ne les prennent en filature (cf Following), et un miroir dans le sac pour aveugler les psychopathes comme Freddy.