LES ASSASSINS SONT PARMI NOUS

LES ASSASSINS
SONT PARMI NOUS

Wolfgang Staudte, 1948

LE COMMENTAIRE

Quand les fondations ont été sévèrement ébranlées et qu’on est parfois soi-même à l’origine des dégâts, il n’y a malgré tout pas d’autre choix que de continuer à regarder l’horizon afin de trouver un peu de lumière (cf The Impossible). Certain·es parviennent à garder confiance en l’avenir.

LE PITCH

Deux colocataires de fortune essaient de vivre ensemble.

LE RÉSUMÉ

1945. Le Reich vient de tomber (cf La Chute). La ville de Berlin est en ruines (cf Allemagne Année Zéro). L’opticien Herr Mondschein (Robert Forsch) attend désespérément que son fils revienne de la guerre.

Vous travaillez comme si rien n’était arrivé.

C’est si difficile d’oublier.

Non c’est très facile. Si vous avez un but qui en vaut la peine.

Susanne Wallner (Hildegard Knef) est libérée des camps de concentration. Son appartement est occupé par le Dr Hans Mertens (Ernst Wilhelm Borchert), un ancien médecin militaire. Tous les deux vont devoir cohabiter.

Susanne a du courage.

Pouvoir enfin vivre!

Mertens est beaucoup plus sombre.

Je sais que ça ne vaut pas la peine de sauver cette humanité…

Il se saoule tous les soirs.

Sur le champ de bataille, c’est : Sauvez le roi! Que les pions aillent au diable, tant que le roi est en sécurité.

Susanne découvre par hasard une lettre d’adieu écrite par le capitaine Brückner (Arno Paulsen) pour sa femme (Erna Sellmer). En réalité, le capitaine a survécu.

C’est un miracle que vous soyez en vie!

Non seulement Brückner n’est pas mort mais son entreprise prospère (cf El buen Patron).

Rebâtir mon cher, rebâtir! C’est ma devise!

Les souvenirs de Mertens remontent soudain à la surface.

Je n’ai rien oublié…

Lorsque était au front, Brückner avait calmement ordonné la mort de nombreux civils (cf Requiem pour un Massacre). Ce qui avait évidemment traumatisé le médecin.

36 hommes, 54 femmes, 31 enfants, 347 munitions utilisées.

Mertens attend Brückner à la sortie de la messe de minuit avec un revolver.

Je suis venu demander des comptes.

Des comptes ? À quel sujet ? (…) C’était la guerre! La situation était différente. C’est du passé.

Heureusement, Susanne arrive pour l’empêcher de commettre une erreur irréparable.

Je te remercie…

Nous n’avons pas le droit de faire justice.

Mais nous devons poursuivre les criminels, et réclamer justice.

L’EXPLICATION

Les Assassins sont parmi nous, c’est le plus dur.

Dans un monde cyclique, rien ne dure et tout se répète – pour le meilleur ou pour le pire.

Tout ce qui me reste de cette époque nous sert à colmater les fenêtres.

Comme le medium Bartolomaeus Timm (Albert Johannes) le fait remarquer avec beaucoup de lucidité :

Les gens sont perplexes face à l’existence. Beaucoup de questions émergent. Mais comment leur apporter des réponses…? Notre vie toute entière dépend des événements du cosmos (cf L’Étau de Munich).

Dans ce contexte d’effondrement qui laisse les Allemand·es sans repère, la reconstruction doit s’opérer avec des hommes comme Mondschein qui s’accroche aux branches.

Les journées sont trop courtes. Et je ne suis pas certain d’avoir encore beaucoup de temps à vivre.

On ne peut jamais savoir. Et puis ça n’a plus d’importance.

Si si, pour moi ça en a. Il me reste encore tellement de travail.

Hans Mertens fait également avec les moyens du bord.

Comment pouvez-vous vous sentir bien dans ce désordre?

Je n’ai jamais dit me sentir bien ici.

Susanne Wallner adopte la méthode Coué.

Vivre, travailler, être utile.

La reconstruction est rendue difficile du fait que des assassins sont parmi les rescapé·es et qu’ils paradent même comme si de rien n’était (cf Uranus). L’ancien nazi Brückner fait des beaux discours en public.

Ici aussi nous formons une famille, soudée par ces temps de crise et nous faisons les premiers pas vers l’avenir meilleur que nous construirons pour nous et nos enfants. Nous édifierons ce monde nouveau de nos propres mains. Ce sera long, pénible et laborieux. Mais rien ne nous arrêtera!

Alors qu’en privé, il confie à Mertens sa nostalgie du régime.

Je pense souvent à cette époque faste sous l’uniforme…

Brückner est la figure de la vermine sans scrupule, qui survit aux apocalypses grâce à son opportunisme. Contrairement aux autres, et alors qu’il a toutes les raisons de l’être, Brückner ne semble pas être hanté par sa conscience.

Chaque époque offre ses opportunités. Il suffit de le comprendre. Transformer des casques en casseroles, ou l’inverse. L’essentiel est de se tirer d’affaires. (…) Pas question de se laisser abattre!

Le plus dur pour celles et ceux qui doivent reconstruire, et qui savent que des escrocs se cachent dans les rangs, est de s’empêcher. La tentation de se faire justice est grande. Pourtant, il est obligatoire de rester positif et faire confiance aux institutions renaissantes de manière à ne pas se venger quand on veut sortir de la barbarie (cf M le Maudit, Munich).

L’Allemagne se repose sur le couple Wallner – Mertens, deux personnes sensibles qui ont souffert de la guerre de manières différentes (cf Cold War).

Il existe des blessures qui sont invisibles.

Tous les deux doivent apprendre, par contrainte, à vivre ensemble dans les décombres pour dessiner le pays de demain. Il faut y aller petit à petit.

C’est comme si tout cela n’était pas vrai.

Peut-être parce que dans nos coeurs, la paix n’est pas encore faite.

Mais le couple est solide car Susanne a la force d’accueillir Mertens chez elle bien que les voisins s’en plaignent. Elle fait preuve de patience et d’écoute pour soigner les plaies qui ne se voient pas. Quant à Mertens, il réussit à s’ouvrir à nouveau (cf La Maladie de Sachs). En soignant une petite fille malade, il reprend goût à sa passion. Il parvient à accepter la main tendue de Susanne plutôt que de continuer à boire, ou faire parler la violence. Mertens ne doit surtout pas devenir l’assassin.

Le sort de Brückner n’est pas entre les mains de Mertens.

La justice prendra le temps, mais elle finira par retrouver la plupart des criminels (cf Amen). Pour les autres, l’Histoire s’assurera que leurs crimes ne passent pas sous silence (cf Docteur Petiot).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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