LES VITELLONI

LES VITELLONI

Federico Fellini, 1953

LE COMMENTAIRE

Passé l’adolescence, on se retrouve sur le pont avec ses copains. C’est le moment de sauter dans le grand bain. On regarde l’horizon avec une certaine appréhension, en se posant la question de la température de l’eau. Combien de temps sera-t-on capable de nager ? Personne ne sait si l’on trouvera la terre de l’autre côté (cf Welcome). On sait seulement que la possibilité de faire demi-tour n’existe pas (cf Gattaca). Quand on repense à ce moment, il parait déjà si loin…

LE PITCH

Un groupe d’amis rentre de plein pied dans la vie d’adulte.

LE RÉSUMÉ

C’est déjà la fin de l’été sur la côte adriatique. Les Vitelloni, des bons à rien, se demandent ce qu’ils vont faire de leur vie (cf Quatre Garçons plein d’Avenir).

Ils sont tous là. Et naturellement nous sommes là nous-aussi, les inutiles.

Fausto (Franco Fabrizi) s’intéresse à d’autres femmes que Sandra Rubini (Leonora Ruffo). Sa compagne vient pourtant de gagner une belle récompense.

Je veux mourir!

Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu veux mourir ce soir alors que tu as été élue Miss Sirène!

Surtout, Sandra porte l’enfant de Fausto. Moraldo Rubini (Franco Interlenghi) rappelle Fausto à ses obligations envers sa soeur.

Sandra est enceinte!

Oui je sais… C’est pourquoi je pars. Essaye de comprendre. Que puis-je faire ? (…) Je veux me faire une situation. Bien sûr, je rentrerai dès que j’aurai un emploi.

Le père de Fausto (Jean Brochard) intervient : son fils ne partira pas. Il épousera Sandra. Sinon le déshonneur s’abattra sur leur famille.

Je l’emmènerai à l’église à coups de pieds s’il le faut. Vaurien!

Alors Fausto consent au mariage. Il accepte un job chez Michele Curti (Carlo Romano), un ami du beau-père (Enrico Viarisio). Fausto ne sait pas se tenir. Dans l’arrière boutique, il agresse madame Curti (Lída Baarová).

La femme de mon patron. Elle est tout à fait mon genre.

Michele Curti remarque ce qui se passe et congédie le jeune imprudent. Fausto part la queue basse.

C’est une bonne épouse non ? Nous ne sommes plus très jeunes. Mais nous sommes bien ensemble. Nous ne nous ennuyons jamais. Vous savez pourquoi ? Parce que nous nous aimons. Mais vous ne pouvez pas le comprendre.

Je le comprends très bien…

Non. C’est faux. Et cela me chagrine.

(…) Pourquoi me renvoyez-vous ??

Pour vous apprendre à vivre! Je vous ai accueilli ici comme un frère, et vous vous êtes comporté comme un voyou!

Ce n’était qu’une plaisanterie…

Riccardo (Riccardo Fellini) a l’ambition de devenir chanteur. Leopoldo (Leopoldo Trieste) veut devenir metteur en scène. Alberto (Alberto Sordi) vit chez sa mère et souffre de voir sa soeur Olga (Claude Farell) fréquenter un homme marié. Moraldo rêve d’ailleurs.

Après un bal costumé, Fausto passe la nuit avec une danseuse.

Tu voyages, tu es libre, tu t’amuses… Sans préoccupation… Entouré de jolies femmes tout le temps!

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Sandra disparait. Fausto s’inquiète. Moraldo lui en veut.

Si elle ne rentre pas, je vais me tuer.

Tu le feras pas, tu es trop lâche!

Sandra s’était réfugié chez le père de Fausto, qui attend que son fils rentre à la maison pour lui coller une bonne raclée à base de coups de ceinture. Tout rentre dans l’ordre. Les idées de Fausto sont en place.

Je me suis senti si mal, ne recommence plus jamais.

Et toi, si tu me mets en colère, je ferai comme ton père. Encore plus fort!

Las de cette médiocrité, Moraldo prend un train et quitte la ville (cf Amarcord).

Un seul d’entre nous, sans rien dire aux autres, partit pour de bon.

L’EXPLICATION

Les Vitelloni, c’est la nécessité de se désolidariser.

Quand on grandit dans un milieu modeste dépourvu de tout ascenseur social, on se rend compte que l’on n’est pas seul. À plusieurs, on peut se serrer les coudes. Les groupes d’amis existent à New York dans la série Friends. Ils existent aussi à Paris pour entretenir le réseau et réduire les frais quand on part en vacances (cf Les Petits Mouchoirs). Enfin, ils existent dans les provinces pour faire face à l’adversité (cf Il est revenu)

Entre nous, on se comprend.

Dans l’Italie de l’après-guerre, c’était à peu près pareil. Fausto, Riccardo, Leopoldo Alberto et Moraldo vivent dans une modeste côtière qui n’est ni Milan (cf Rocco et ses Frères), ni Rome (cf La Dolce Vita). Ces garçons ont un peu d’ambition mais ne se donnent pas les moyens de la réaliser.

C’est la fatalité.

Tandis que Fausto se perd dans les jupons, les autres ont du mal à concrétiser leurs projets. Le temps passe.

Et maintenant que faire d’autre ? Un autre jour se termine. Il ne nous reste plus qu’à rentrer chez nous, comme chaque soir.

Le cas de Fausto est symptomatique. Son absence de valeur morale ne traduit que son manque de courage face à la difficulté. Cet homme est un pleutre. Il trompe sa femme dans tous les sens, et trouve encore le moyen de lui faire des reproches.

Tu manges tout le temps!

Mais j’ai faim…

C’est mal!

Il n’est pas fiable dans son travail.

Chaque matin, vous avez une nouvelle excuse.

Forcément, il a du mal à se défaire de l’influence de son père car il ne se comporte pas comme un adulte.

Vous me traitez comme un enfant! J’ai 30 ans! Vous pouvez garder vos côtelettes, vous ne me reverrez plus!

Paniqué à l’idée de ne plus revoir Sandra, il finit par refuser les avances d’une femme (Arlette Sauvage) avec laquelle il avait flirté dans un cinéma.

Vous voyez on s’est rencontrés. C’est le destin. (…) Je rentre chez moi. Vous m’accompagnez ?

Non désolé je ne peux pas.

Ce qui pourrait indiquer qu’il a changé.

C’est à en douter.

Les autres membres du groupe patinent. Quand ils ont l’occasion d’avancer, ils continuent de faire du sur-place comme Leopoldo qui prend peur lorsqu’un acteur s’intéresse à son travail.

Moraldo est celui qui observe toute cette comédie, comme un spectateur avec un oeil critique. Il est dépité. Lorsqu’il comprend qu’il fait partie de ce groupe que cette vie misérable dont il est témoin est également la sienne, il refuse.

Le carnaval est fini je crois.

Il entends ses amis parler déjà comme des vieux cons (cf Le Coeur des Hommes).

Les années s’envolent et puis un matin vous vous réveillez. Hier encore c’était l’enfance et maintenant tout est fini.

Ce n’est pas envisageable. Il veut mieux pour lui. Alors il va devoir sacrifier son amitié pour penser un peu à lui. Penser perso. Couper les ponts (cf Blessures Secrètes). Moraldo n’oubliera pas d’où il vient (cf La Main de Dieu), ni ses amis, mais il a besoin de prendre son envol pour tenter quelque chose. Il ne veut pas arriver à l’aube sa vie et réaliser qu’il n’a pas vécu (cf Le Cercle des Poètes disparus).

LE TRAILER

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