AMARCORD

AMARCORD

Federico Fellini, 1973

LE COMMENTAIRE

Un peuple n’a que peu d’opportunités de se sentir fier dans une vie. Alors quand une parenthèse s’ouvre pour se regrouper, on ne s’en privent pas : célébrer la fin d’une guerre, fêter le sacre de leurs athlètes (cf Les Yeux dans les Bleus) ou saluer une réalisation industrielle qui marque la grandeur d’une nation comme un bel avion supersonique, ou un gros bateau. Sans ignorer bien sûr que les paquebots aussi peuvent finir au fond de l’eau (cf Titanic, L’Aventure du Poséidon).

LE PITCH

Les saisons passent dans l’Emilie-Romagne mussolinienne.

LE RÉSUMÉ

À San Giuliano, les aigrettes marquent l’arrivée du printemps. Les habitant·es du village se retrouvent comme à l’habitude pour fêter fogheraccia.

Brûlons la vieille sorcière!

L’occasion pour Titta (Bruno Zanin) d’apercevoir les femmes sur lesquelles il fantasme comme Gradisca (Magali Noël), la buraliste (Maria Antonietta Beluzzi), ou encore Volpina (Josiane Tanzilli).

Dans cette Italie fasciste, les professeur·s féru·s d’autorité s’en donnent à coeur joie pour calmer l’enthousiasme de leurs élèves.

On ne peut pas avoir tout tout de suite! Il faut travailler!

Ce qui n’empêche heureusement pas les élèves de faire des conneries (cf Les 400 Coups).

Le curé Don Balosa (Gianfilippo Carcano) demande aux garçons de confesser leurs pêchés. Titta s’y colle.

Tu honores tes parents ?

Moi oui, mais pas eux. Ils me filent de ces claques.

Parce que tu les fâches! (…) Tu commets des actes impures, tu te touches ?

Quelle drôle de question poser à un adolescent… Titta trouve que la question est hors de propos.

Comment ne pas se toucher devant la buraliste ? Et la prof de maths qui a l’air d’un lion ? Comment ne pas se toucher quand elle a ce regard ?

Lors de la parade fasciste, Ciccio (Fernando De Felice) se prend à rêver qu’Aldina (Donatella Gambini) accepte de l’épouser. Le soir, un gramophone balance la chanson de l’internationale communiste. Les chemises noires ne se font pas prier pour procéder à des arrestations et des interrogatoires. Le père de Titta (Armando Brancia) est forcé de boire de l’huile de ricin.

C’est bien triste cette obstination à ne pas vouloir comprendre. (…) Salopard de traitre!

De retour à la maison, sa femme (Pupella Maggio) s’occupe de le nettoyer.

Un après-midi d’été, la famille se retrouve dans une maison de campagne avec l’oncle Teo (Ciccio Ingrassia) qui a eu la permission de sortir de l’asile pour la journée (cf Rain Man).

Il est normal, selon les jours. Comme nous tous.

Mais il se fait dessus, puis grimpe dans un arbre d’où il hurle qu’il veut une femme (cf Gilbert Grape). Il faut l’intervention des infirmiers pour le faire descendre.

L’automne arrive. Tout le monde se presse sur l’Adriatique pour voir passer le SS Rex, le fleuron de la croisière italienne. Après quoi tout le monde se perd dans un épais brouillard.

Lors d’une course automobile (cf Ferrari), c’est au tour de Titta de rêver qu’il remporte le grand prix et s’en va avec Gradisca à son bras. C’est pourtant avec la buraliste que Titta aura sa première expérience sexuelle, en fourrant sa tête dans la poitrine opulente de sa partenaire.

Rends moi folle!

C’est l’hiver. Titta doit rester au lit. Sa mère le soigne.

Au printemps suivant, c’est sa mère qui tombe gravement malade. Malheureusement, rien ne pourra la sauver. Titta est inconsolable.

D’autant que Gradisca, son amour de toujours, se marie avec un carabinier. C’est un drame absolu.

Gradisca a trouve son Gary Cooper. Gary cooper est un cow-boy et Matteo est carabinier.

Lorsque le couple s’en va, les invités cherchent Titta.

Titta est parti il y a longtemps.

L’EXPLICATION

Amarcord, c’est plus amer que doux.

La nostalgie fait que lorsque l’on regarde derrière soi, on pense souvent au passé avec bienveillance (cf Nostalghia). Ce sont les regrets d’Alain Souchon. Le c’était mieux avant de Cabrel. On serait parfois tenté de payer une somme d’argent pour revivre quelques minutes de ces moments disparus (cf La Belle Époque).

Titta repense à ces instants passés en famille, à ces femmes dont il était obsédé et le bruit des fanfares dans la ville. Il repense avec tendresse aux bêtises qu’il a pu faire. Car on a toujours tendance à faire preuve d’indulgence envers soi-même lorsqu’il s’agit de juger ce qui s’est passé hier. Les méchants, c’est pas nous. D’ailleurs, avec le recul, les imbéciles boutonneux se transforment en beaux gosses.

On en rigole. Même si sur le moment, on n’en rigole pas vraiment. Car le présent n’a rien de génial. Il n’est qu’un présent qui est amené à disparaître.

Où est ce que je suis ? J’ai l’impression d’être nulle part.

Ce n’est qu’avec le temps que les souvenirs deviennent doux. Les couchers de soleil de l’automne qui sonnent la fin de la fête, avec un pincement au coeur. Le bon vieux temps où l’on était minot et qu’on piquait des bombecs fabuleux chez le marchand. On ressent presque un peu d’amertume à cause de ce temps assassin qui emporte avec lui le rire des enfants.

Et puis quand même Renaud, à un moment ça suffit. Il ne faudrait pas non plus être aveugle jusqu’à sous-évaluer l’amertume du passé.

Si le passé n’était pas aussi amer, pourquoi aurait-on tant envie d’y retourner pour faire les choses différemment ? (cf Retour vers le Futur)

On a toujours tendance à déformer le passé afin qu’il soit plus digeste, quitte à oublier si nécessaire (cf Memento).

Le reste de l’histoire ne tient pas debout.

Si l’on se souvenait avec un peu d’objectivité, on se rendrait compte que ce qui est fait est fait. On ferait la paix avec son passé. Pas besoin de revenir dessus. Le temps qui reste permet simplement de faire un peu mieux.

Car qu’est-ce qu’on laisse derrière soi ?

Une époque où les femmes comme Gina (Carla Mora) se faisaient peloter par des vieux cochons.

Mon derrière n’est pas un bénitier!

Si la domestique râlait, ce n’était pas par gaité de coeur mais parce qu’elle n’avait pas envie de se prendre des mains au cul par n’importe qui. Ce qui parait légitime aujourd’hui.

Une époque où les parents n’y allaient pas de mains mortes avec leurs enfants.

Si je t’attrape, je t’envoie à l’hôpital!

Une époque où les mères étaient coupables de tout (cf Rocco et ses Frères).

Arrête de le défendre! Tu les as mal élevés!

On se souviendrait que Gradisca la romantique célibataire souffrait surtout de sa solitude au point de se marier avec un gendarme.

Avant l’amour il y a les sentiments. Mais à qui les offrir ?

Une époque où les barbares étaient au pouvoir et que l’on s’en accommodait en Italie, parce que les fascistes étaient toujours mieux que les communistes.

Vive le duce!

Les souvenirs sont plus amers que doux.

Profitons de la compagnie pour boire avant de nous dire au revoir.

À la fin du banquet, on prend un amaretto et on fait comme Titta : on s’en va pour ne plus jamais revenir.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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