I LOVE PERU
Raphaël Quenard, Hugo David, 2025
LE COMMENTAIRE
Certain·es décrochent des récompenses qui leur permettront d’inscrire leur nom à jamais dans la grande Histoire. D’autres ne font que de la figuration. On ne s’en rappellera pas, malgré tous les contenus produits pour documenter leur vie.
LE PITCH
Hugo David filme le voyage initiatique de Raphaël Quenard.
LE RÉSUMÉ
Hugo David est un peu comme Raphaël Quenard : un enfance provinciale sans histoire. Tous les deux se sont rencontrés sur un tournage parisien. Depuis, ils trainent ensemble. Raphaël a un gros défaut : sa carte bancaire a souvent un problème.
Pour une fois, ne pense pas petit comme le commun des mortels.
Malgré tout, Raphaël est un garçon auquel on s’attache. Hugo le suit partout avec la camera de son smartphone à la main.
Les acteurs, c’est fait pour être filmé.
Tout est prétexte pour faire le con. Acteur naturel, Raphaël ne se repose jamais.
La magie est partout, tout est truffé de poésie.
Hugo immortalise la rencontre entre Anaïde Rozam et Raphaël, qui lui offre un café avec son numéro griffonné sur le sachet de sucre. Elle ne crache pas dessus.
Elle aussi c’était une crevarde.
Raphaël travaille avec Jean-Pascal Zadi.
T’as la possibilité de marcher à côté de moi, ça c’est pas gratuit.
Il se fait remarquer sur les plateaux. On le voit chez Quentin Dupieux (cf Yannick, Le deuxième Acte), Michel Hazanavicius (cf Coupez !) ou chez Gilles Lellouche aux côtés de François Civil (cf L’Amour Ouf). Il fait rire Emmanuelle Devos, montre son cul à Gustave de Kerven, intrigue Benoit Poelvoorde et embarrasse Eric Judor avec ses propositions farfelues.
Avant tu faisais ‘Eric et Ramzy’. On pourrait faire ‘Eric et Raphi’ ?
Celui qui fait le guignol en permanence est officiellement accepté au sein de la famille du cinéma français qui lui décerne le César de la meilleure révélation masculine en 2024. Raphaël prend une autre dimension. À partir de maintenant, il n’a plus le temps.
Les sollicitations se sont multipliées. (…) Je sais pas trop comment on va se revoir parce qu’avec les Césars et tout ça va être un peu le bazar…
Niveau planning, il a été difficile à attraper. Même quand on se voyait, c’était plus comme avant.
C’est quand Raphaël Quenard et Anaïde Rozam se séparent que Hugo David entend à nouveau parler de son pote.
Elle m’a bloqué je crois.
Anaïde le quitte pour se mettre avec un ornithologue. Raphaël est au fond du seau. Une nuit, il fait un rêve prémonitoire qui lui donne envie d’aller en Amérique du Sud pour éclaircir son mystère – avec Hugo.
Tu veux aller au Pérou ? C’est un peu last minute. (…) J’ai rêvé que j’étais un condor.
… et du coup, Pérou ?
Du coup, Pérou!
Sur place, Raphaël est fidèle à lui-même. Il est contacté par l’ambassade française à Lima qui lui propose d’intervenir lors du conférence, mais choque une responsable au téléphone.
C’est parfait! Comme ça, je pourrais leur montrer ma bite….. allo ? (…) Elle a pas l’air d’avoir compris la blague.
C’était pas clair en fait. Même moi tu m’as mis un doute.
Il se débrouille pour voir un shaman et mieux comprendre le sens de son rêve.
Le condor, ça symbolise la solitude. (…) Elle va pas revenir. C’est terminé.
Ces réponses ne le satisfont qu’à moitié. Il décide de voler un fusil à pompe pour faire la chasse au condor.
Le voyage se termine. L’heure est venue de rentrer à Paris. À l’aéroport, Raphaël a le blues. Il laisse un message à Anaïde.
11h de vol c’est jamais une sinécure, (…) J’espère que tu m’en veux pas trop.
Puis il part directement en province. Un condor sonne à sa porte pour lui porter un message d’espoir.
La peine est partout la même. (…) L’acceptation est la seule issue qui vaille. (…) Ne crains plus jamais le vide. (…) C’est le refuge de ceux qui volent.
Cela valait bien un voyage à l’autre bout de la terre, et un documentaire.

L’EXPLICATION
I love Peru, c’est être à la recherche de réponses.
Neruda affirmait que la vérité est qu’il n y a pas de vérité. Le poète n’était pas péruvien, mais chilien. C’est presque pareil. On s’en fout. Une pointure pareille ne pouvait pas se tromper. Le mec a quand même reçu le prix Nobel de littérature. Dès lors, à quoi bon chercher la vérité (cf Monty Python : le Sens de la Vie) ?
Beaucoup de personnes se cachent derrière Neruda pour vivre sans se prendre le chou. Auditionnant de casting en casting, sans savoir pourquoi ni demander son reste. Tout s’enchaîne sans que l’on ait besoin de se poser la moindre question.
Raphael Quenard n’est pas de ce genre. Il est un garçon plus spirituel qu’il n’en donne l’air.
Tu dis n’importe quoi.
Effectivement, Raphael Quenard aime jouer avec son image.
Je me demandais parfois si à force de jouer des personnages, il n’avait pas fini par en devenir un.
Qui est-il vraiment ? On pourrait le réduire un peu vite à un jeune acteur ambitieux, matérialiste et superficiel.
L’art c’est bien, l’argent c’est mieux!
(…) Il était prêt à tout.
Raphaël gravite autour du monde du cinéma, qui a du mal à le prendre au sérieux.
Au début, j’avais l’impression qu’il n’avait rien à faire là.
(…) Le futur des seconds rôles : Raphael Quenard! Au second plan, y a pas de souci. Reste derrière, dans l’ombre. C’est là qu’elle est ta place! (…) T’as un gueule du marché de Rungis et tu veux un César !?
Puis le cinéma lui fait les yeux doux, identifiant en lui un potentiel de produit marketing (cf Hunger Games), un nouvel archetype qui fait vendre. Le voilà propulsé à la une des magazines. On le voit partout. La hype se développe. Raphael Quenard en est parfaitement conscient.
Génie ou prophète, tu peux me qualifier comme tu veux.
Néanmoins, il garde sa désormais grosse tête sur les épaules. Car il sait aussi que tout passe (cf Casino, Illusions perdues).
Les trois L : on est léché, lynché puis lâché.
Donc tout ce cirque ne doit pas l’empêcher de profiter, tout en continuant à s’interroger. Il observe les gens autour de lui avec beaucoup de curiosité. Lorsqu’il se trompe de chemin, il accepte d’être remis à sa place.
T’as inventé la flûte ?
C’est quoi le rapport ?
Belle leçon d’humilité que tu me donnes. J’accepte.

Sa vie ne s’arrête pas à sa carrière. Elle est celle d’un pèlerin en voyage (cf Knight of Cups). Parfois, il faut aller aussi loin que le Pérou pour trouver des réponses. Pourquoi sinon dépenser autant dans des billets d’avion, sachant que le bilan carbone d’un Paris Lima est de 1179 kg de CO2 par passager ?
Ce n’est pas pour aller se bourrer la gueule en picolant des cocktails ou se faire tatouer l’épaule. On pourrait le faire en Haute-Saône.
Ce n’est pas non plus pour s’acheter un tshirt de touriste I love Peru et continuer à alimenter la fast fashion.
Non. C’est pour trouver de vraies réponses existentielles, qu’il finira par trouver chez lui au retour.
Le jeu en valait quand même la chandelle. C’est ce genre de quêtes presque socratiques qui rendent attachant·es celles et ceux qui les tentent de les entreprendre (cf Gerry). Heureusement que Raphael cherche un sens à tout cela. Sinon, il ne seraient guère qu’un abruti de plus qui confond authenticité et vulgarité.