MONTY PYTHON : SACRÉ GRAAL !

MONTY PYTHON :
SACRÉ GRAAL!

Terry Gilliam, Terry Jones, 1975

LE COMMENTAIRE

On a quand même fait du chemin depuis le Moyen-Âge, notamment au niveau de la diplomatie. Jadis, on ne communiquait pas. Tout au plus, on faisait des grimaces pour provoquer l’adversaire du haut de son chateau. Aujourd’hui, on ridiculise ses partenaires devant un parterre de journalistes avec seulement trois mots de vocabulaire.

LE PITCH

Un roi et ses chevaliers se mettent en quête d’un idéal.

LE RÉSUMÉ

En l’an de grâce 932, Sire Arthur (Graham Chapman) fait le tour de son île en se bombardant du titre de roi d’Angleterre. Il se heurte à l’incompréhension de certain·es anglais·es.

I am your king.

Well, I didn’t vote for you.

You don’t vote for kings.

Well how’d you become king then?

The Lady of the Lake, her arm clad in the purest shimmering samite held aloft Excalibur from the bosom of the water, signifying by divine providence that I, Arthur, was to carry Excalibur. That is why I am your king.

Listen, strange women lyin’ in ponds distributin’ swords is no basis for a system of government. Supreme executive power derives from a mandate from the masses, not from some farcical aquatic ceremony.

Sire Bédevère le Sage (Terry Jones) est le premier à se rallier à la cause d’Arthur. Sire Lancelot le Brave (John Cleese), Sire Galaad le Pur (Michael Palin) et Sire Robin le Pas-tout-à-fait-aussi-brave-que-Sir-Lancelot (Eric Idle) complètent le collectif qui forme la Table Ronde.

Dieu apparait soudainement à cette troupe d’illuminés pour leur donner comme mission de trouver le saint Graal qui serait en possession de Français.

Un historien (John Young) explique la stratégie adoptée par Arthur et se fait brusquement couper la tête.

Les chevaliers se séparent puis se retrouvent face à Tim l’enchanteur (John Cleese) qui leur indique la grotte de Caerbannog où règne une redoutable lapin tueur.

Well, that’s no ordinary rabbit. (…) That’s the most foul, cruel, and bad-tempered rodent you ever set eyes on! (…) Look, that rabbit’s got a vicious streak a mile wide! It’s a killer!

Grâce à la sainte grenade d’Antioche, les chevaliers poursuivent leur route jusqu’au pont de la mort gardé par un vieil homme (Terry Gilliam). Les chevaliers doivent répondre chacun à trois questions.

Arthur et Bédevère sont les seuls à passer l’épreuve. Ils prennent un bateau pour arriver au pied du château d’Aaaaarrrrrrggghhh – effectivement tenu par des Français grossiers.

You don’t frighten us, English pig dogs. Go and boil your bottoms, you sons of a silly person. I blow my nose at you, so-called « Arthur King, » you and all your silly English K-nig-hts. (…) I fart in your general direction! 

Arthur sonne la charge. Mais la police intervient pour interpeller les chevaliers responsables du meurtre de l’historien. La foule se disperse.

L’EXPLICATION

Monty Python : Sacré Graal!, ce sont celles et ceux qui se fixent un objectif.

On peut vivre en épicurien·ne et prendre la vie du bon côté (cf Monty Python : la Vie de Brian). Cela réclame pas mal de pragmatisme et aussi de savoir se satisfaire de plaisirs simples : boire quand on a soif et manger quand on a faim (cf Presque, L’Éveil, le Sacrifice, Gladiator II, Dumb & Dumber). Rien d’extraordinaire. On parle ici de l’épicurisme au sens propre, pas de l’épicurisme dont se revendiquent celles et ceux qui posent pour the Socialite Family. Pas besoin de boire de l’excellent champagne ou de manger du très bon saucisson.

Les épicurien·nes pensent que l’on n’est que locataire sur terre. Donc autant profiter de ce que l’on peut, dans le respect des autres et des ressources. Ils ou elles n’ont pas pour habitude de se prendre la tête. On prend les choses comme elles viennent. En l’absence de plan, absolument rien ne peut les dérégler. Les épicurien·nes sont donc une plaie pour le néolibéralisme car ils ou elles ne cherchent pas à se dépasser pour gagner davantage (cf The Big Lebowski). Ils n’évoluent pas vraiment et s’en moquent (cf The Master).

Le poète objecte qu’il n’y a pas de vent favorable pour le marin qui n’a pas de destination. Ce qui se défend. Car pour la grande majorité, l’épicurisme ne suffit pas. C’est une belle philosophie sur le papier qui ne tient pas dans la réalité. Pour avoir l’impression d’exister, il faut avoir un but dans la vie (cf Merlin l’Enchanteur). Dans une vision concurrentielle du monde, c’est même essentiel. Les couples, les familles, les entreprises (cf Un autre Monde), les athlètes (cf The Program, Les Chariots de Feu), les créateurs de contenu (cf Kaizen) fonctionnent toutes et tous sur ce modèle nevrosé.

Sire Arthur a tenté l’épicurisme en se promenant un peu partout pour aller à la rencontre de son peuple.

We are all Britons. And I am your king!

Très vite, il a eu l’impression de tourner en rond. En tant que roi auto-proclamé, il n’est pas là pour se promener dans la campagne anglaise et se faire envoyer sur les roses.

What are you doing in England?

Mind your own business!

Alors quand il a suffisamment de chevaliers autour de lui, cette espèce de gourou s’invente une intervention divine qui va lui donner la marche à suivre.

Arthur, King of the Britons, your Knights of the Round Table shall have a task to make them an example in these dark times!

Il lui faut trouver le saint Graal.

On ne sait pas vraiment ce que c’est. Peu importe. Un objectif n’a pas forcément besoin d’être précis pour avoir le mérite d’exister.

Le fait que cette vision soit donnée par Dieu en personne confère une certaine légitimité à Arthur. C’est quand même mieux quand la vision vient d’en haut. Quand un ministre décrète tout seul que l’objectif est de réduire les dépenses publiques, c’est plus compliqué. On ne parle même pas d’un manager dont les réflexions ne correspondraient pas aux attentes de sa hiérarchie (cf Comment tuer son Boss ?).

En tout cas, les chevaliers qui s’étaient ralliés à Arthur comme des apôtres n’ont pas besoin de beaucoup plus pour avancer. La royauté est en marche.

L’avantage d’un objectif est qu’il donne une direction. Arthur et les autres anxieux n’ont plus besoin de réfléchir à autre chose qu’au Graal. Cela leur simplifie la vie et leur donne accessoirement du courage. Ils sont habités par leur quête même s’ils ne comprennent pas pourquoi ils la mènent. Trouver le Graal devient une fin en soi.

L’objectif permet à Arthur de s’organiser. Il élabore une stratégie pour réussir, dans laquelle chaque chevalier a un rôle à jouer. Tout le monde se sent impliqué. Il y a des instances et des validations. Cette quête prend des allures de projet collectif dans lequel l’individu a l’occasion de se révéler en franchissant des étapes. Chaque pallier créer une tension. En cas d’échec, cela n’ajoute que plus de drame à l’histoire.

Pour atteindre un objectif, il y a forcément un problème à résoudre ou un ennemi à vaincre. C’est parfait. En l’occurrence, ce seront les Français.

C’est à ce moment qu’Arthur est rattrapé par la patrouille. Un objectif n’efface pas la contingence. La police stoppe l’élan des chevaliers car un crime a été commis quelques scènes auparavant.

Qu’à cela ne tienne, l’objectif ne disparait pas. Il est simplement empêché.

Les chevaliers n’ont pas perdu leur boussole. Ils vont juste bouillonner dans un cachot en attendant de s’évader afin d’achever la quête pour laquelle ils se sont programmés. S’ils meurent dans leur geôle, alors d’autres prendront la relève. C’est ainsi que le monde avance, dans l’absurde.

LE TRAILER

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