À NOUS LES PETITES ANGLAISES

À NOUS LES PETITES ANGLAISES

Michel Lang, 1976

LE COMMENTAIRE

Au siècle dernier, les mâles pensaient qu’il existait un mode d’emploi pour tout. En matière de séduction, la recette consistait à dire quelques mots doux à sa partenaire en plus d’une ou deux caresses (cf Comment faire l’Amour à une Femme). Puis il fallait passer à l’action. Car le mâle se devait d’être entreprenant. Souvent, la femelle se laissait faire. Si ce n’était pas le cas, alors il fallait insister un peu. Parce que non, ça voulait dire oui.

LE PITCH

Deux garçons de bonne famille partent en stage de langue.

LE RÉSUMÉ

Alain (Rémi Laurent) et son pote Jean-Pierre (Stéphane Hillel) se plantent lamentablement aux épreuves du baccalauréat (cf Les Sous-Doués). Ils s’en foutent.

Je sais vraiment pas comment tu peux avoir envie de draguer dans des moments pareils!

Celle là, c’est un ‘in the pocket’.

Ils ont déjà la tête, ou les couilles, ailleurs.

Pense plutôt à dans trois semaines… St Tropez… Les nanas!

Compte tenu de leur piteux niveau en anglais, leurs parents décident de les envoyer étudier en Grande-Bretagne pendant l’été. C’est la chance d’avoir les moyens.

St Tropez, c’est terminé. (…) Un petit séjour en Angleterre te fera le plus grand bien.

Les deux garçons sont dépités mais Jean-Pierre reprend du poil de la bête. Il réconforte son pote. Les Frenchies ont la côte outre Manche.

Puisque je te dis qu’elles baisent les Anglaises! On n’aura qu’à lever le petit doigt! Fais moi confiance, là-bas on va bien se marrer…

Une fois sur place, Alain et Jean-Pierre baragouinent quelques mots.

À Paris. Yes I live in Paris… A dog ? Qu’est-ce qu’il raconte… ?

Animés par leur élan viril, ils se rapprochent très vite de deux Anglaises. Puis ils font la rencontre d’un groupe de Français·es parti·es comme eux en séjour linguistique. Pierrot (Michel Melki) est le chef de la bande.

Ah vous êtes Français!

… Ça se voit pas ??

Pierrot sort avec Britt (Aïna Wallé).

Alain repère Claudie (Véronique Delbourg). Mais c’est Jean-Pierre qui la chope. Alors Alain se rabat sur Véronique (Sophie Barjac).

Jean-Pierre tente sa chance avec Claudie mais il est trop brusque. Elle l’éconduit.

C’est de ma faute, mais ce soir j’ai envie de rien.

Maintenant c’est trop tard! Je peux plus m’arrêter. (…) Puisque tu le feras un jour ou l’autre, pourquoi pas maintenant ?

Alain a envie de sauter sur tout ce qui ressemble à une fille.

Je vais pas rester veuf sous prétexte que je fréquente une fille à Paris!

Les deux garçons commencent à s’agacer du fait qu’ils ont fait tout ce voyage dans l’espoir de se dépuceler avec de belles étrangères, et qu’ils finissent encore bloqués par des Françaises. Quelle poisse.

You know the French girls, they don’t fuck.

Finalement, Alain retrouve Claudie et passe la nuit avec elle. Tous les deux se fréquenteront un an avant qu’elle ne rencontre un autre garçon qui deviendra son mari.

L’EXPLICATION

À nous les petites Anglaises, ce sont des Français qui ne savent pas se conduire.

Les Français n’ont pas attendu le trumpisme pour se raconter des histoires. Nostalgiques de l’époque de Louis XIV, des Lumières ou de Napoléon, ils ont toujours l’impression d’être assis à la table des hautes instances. Quand ils perdent les élections, ils aiment répéter que personne ne les a gagnées. S’ils vont en prison, ce n’est pas parce qu’ils ont enfreint la loi. Cela vient probablement du fait que les Français sont encore persuadés de ne pas avoir perdu la 2e Guerre Mondiale, alors que le gouvernement de Vichy a collaboré avec l’ennemi pendant quatre longues années (cf Uranus).

De ce point de vue, Alain et Jean-Pierre sont de beaux Français. Bien qu’ils aient raté leurs examens, ces deux minables n’ont aucun souci à se faire car ils savent que leurs parents seront toujours derrière eux. D’ailleurs leurs parents leur font une faveur énorme en les envoyant étudier à l’étranger.

Ces deux Parisiens arrivent sur les côtes anglaises en terrain conquis, avec l’intention d’en découdre. Ils sont deux lapins qui ne pensent qu’à baiser.

Si on attaquait ? Te dégonfle pas! Elles n’attendent que ça…

Pendant ce temps, le Général fait de beaux discours à la TV.

La route est longue, mais qu’elle est belle! Le but est difficile, mais qu’il est grand!

Alors que ses émissaires font honte à la nation. Antoine et Jean-Pierre se conduisent en prédateurs, exportant le pire de l’esprit français avec une piètre vision des femmes.

Salope!!

À Paris, Antoine était du genre à forcer sa copine.

Non! Attends j’ai dit!

Oh, tais toi! C’que tu peux être énervante à discuter…

On devrait interroger Antoine sur ce qu’il pense de la notion de consentement.

Faut jamais leur laisser le temps d’en placer une, sinon c’est foutu.

Quant à Jean-Pierre, il considère carrément les femmes comme du bétail. C’est clair. En cela, Jean-Pierre partage la philosophie de Popeye concernant les kilos de gonzesses qu’un homme est capable de se lever (cf Les Bronzés).

S’il a une frangine aussi chouette, tu m’en gardes un morceau hein!

À première vue, Jean-Pierre ne donne pas l’impression d’être un chien fou.

Il faut de la méthode. On va pas emballer n’importe quel boudin sous prétexte de passer le temps.

Dans les faits, il serait plutôt un chien enragé.

Why don’t you come with me in the buissons ?

Ces deux cons passent complètement à côté de leur expérience anglaise. Ils n’ont aucune curiosité pour la culture britannique (cf Pride and Prejudice), ni pour les personnes qu’ils rencontrent. Tout ce qui les obsèdent est de conquérir. Ils pensent que les petites Anglaises sont à eux, comme les dignes héritiers d’un esprit colonial français qui n’est pourtant pas prêt pour ce qui va lui tomber sur la tête.

Là-bas, Antoine et Jean-Pierre vont vite se rapprocher de la meute des autres Français. Ils développent ce qui va devenir la logique des expats.

On est 2,000 Français au kilomètre carré.

Ces expats français qui restent entre eux et développent leur petit réseau à travers le monde, sans se donner la peine d’apprendre à parler la langue locale. Et dire qu’en parallèle, on aime cracher sur les étrangers qui ne font pas l’effort de s’intégrer en France…

Avec Pierrot, Jean-Pierre et Antoine ont trouvé un semblable. Lui aussi considère les femmes comme du consommable. Pierrot parle comme un esclavagiste.

Elles sont mignonnes, mais ça m’étonnerait que vous en tiriez quelque chose…

Grâce à l’effet de groupe, les garçons se sentent libres de se comporter comme des porcs.

Tu pourrais en faire profiter les copains! Nous dire si c’est une bonne affaire.

Arrêtez, il l’a baisée. On va pas en faire un fromage!

Pas de problème. Ces Français ont toujours réponse à tout.

Il faut que je t’explique, tu vas comprendre!

Alain et Jean-Pierre vont rentrer comme des Rois à Paris où ils passeront par une école de commerce avant d’occuper des postes de direction dans des entreprises où l’on applique la méritocratie (cf Promotion Canapé).

À la fin, ce sont juste de gros frustrés qui forment le terreau de ce qui va devenir la culture incel (cf Palo Alto, Quatre Nuits d’un Rêveur).

Laisse tomber! Encore une garce comme toutes les autres. (…) Plus on sera ronds, plus vite on oubliera ces salopes de gonzesses! Allez… aux bonhommes hein! Les filles, elles arriveront jamais à nous séparer! Nous on est comme des frères! Faut rester groupés.

Aujourd’hui, ces propos choquent. C’est pourtant ainsi que l’on a atterri dans la France déréglée du gros Gégé, de Franz-Olivier Giesbert, Patrick Sébastien ou Sébastien Cauet qui se marre quand Cécile de Ménibus se fait agresser sur son plateau par Rocco Siffredi. C’est aussi la culture du boys club chez Ubisoft. Le pays d’une première dame qui qualifie des activistes féministes de sales connes.

Pas vraiment de quoi être fier, même quand on est un coq.

Malgré tout, les réactionnaires se disent nostalgiques de la France des valseuses et des chansons paillardes. Pour eux, la France correspondu au droit d’importuner de Catherine Deneuve. C’est le pays du saucisson – une autre manière de dire que ce n’est certainement pas le pays du couscous.

Les réactionnaires regrettent cette époque légère où l’on pouvait encore rigoler. Baisser le pantalon de Mireille (Brigitte Bellac) devant tout le monde. Ce n’était pas méchant.

Les réactionnaires déplorent que l’on ne puisse plus rien dire. Selon eux, on ne devrait pas passer sa vie à s’excuser du passé. Peut-être devrait-on continuer à se comporter comme des gros cons ?

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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