STALKER

STALKER

Andreï Tarkovski, 1979

LE COMMENTAIRE

Quand on se retrouve dans un endroit inconnu et que l’on n’a pas de réseau, on n’a tout simplement pas de repère. Pour peu que l’endroit soit inhospitalier, on est non seulement perdu mais aussi complètement troublé par un manque de luminosité, par une rivière pas suffisamment abondante, ou par un peu de brume. Il ne manque plus que la présence d’un chien noir pour comprendre qu’on est en enfer (cf Twin Peaks).

LE PITCH

Trois hommes s’aventurent dans l’étrange.

LE RÉSUMÉ

Un stalker (Alexandre Kaïdanovski) a rendez-vous avec deux clients qu’il doit guider dans la Zone. Sa femme (Alissa Freindlich) insiste pour qu’il n’y aille pas. Le stalker estime qu’il n’a pas d’autre choix.

En prison ? Je suis partout en prison.

Un écrivain (Anatoli Solonitsyne) et un professeur (Nikolaï Grinko) attendent leur guide dans un petit bar PMU. La visite peut commencer. Les trois hommes échappent aux contrôles de sécurité pour se rendre dans la Zone.

Nous sommes arrivés. (…) C’est l’endroit le plus calme de la Terre, c’est si beau ici. Il n’y a personne. (…) Bizarre les fleurs n’ont pas d’odeur.

Le voyage commence. Les repères sont brouillés. Le stalker donne ses consignes.

La Zone demande du respect sinon elle châtie. (…) Dans la Zone, le chemin le plus droit n’est pas le plus court. (…) Les pièges disparaissent. D’autres apparaissent. Les endroits qui étaient sûrs deviennent infranchissables. (…) On ne revient ni en arrière, ni par le même chemin.

Tous les trois font route avec prudence vers la Chambre, un lieu où tous les voeux sont exaucés.

Il est rare que tout le monde arrive à destination.

Ce qui amène le stalker à questionner la motivation de ses clients.

Et vous ? Après quoi courrez vous ?

L’écrivain voudrait retrouver l’inspiration. Quant au professeur, il voudrait gagner le prix Nobel.

Durant leur périple, les trois hommes sont à l’affût du moindre danger. Un chien noir commence à les suivre.

Le stalker évoque l’histoire de Porc-épic, un autre stalker qui aurait gagné énormément d’argent, ce qui l’aurait conduit au suicide.

Il explique le secret de ceux qui atteignent la Chambre.

Je crois qu’Elle laisse passer ceux qui n’ont plus d’espoir. Ce ne sont pas les bons ou les mauvais. Les malheureux plutôt.

À proximité de la Chambre, le professeur sort une bombe de 20 kilotonnes. Il veut tout détruire de façon à ce que les esprits mal-intentionnés puissent réaliser leurs rêves destructeurs (cf Oppenheimer, Dr Folamour).

Le stalker veut l’en dissuader car la Zone est sa seule motivation dans la vie. Ce qui fait dire à l’écrivain que les stalkers sont forcément attirés par l’appât du gain.

Finalement le professeur désamorce sa bombe. Ni lui, ni l’écrivain, ne pénétreront dans la Chambre.

De retour au bar PMU, les trois hommes se séparent.

Le stalker adopte le chien qui l’a suivi en dehors de la Zone. Il rentre chez lui plus déprimé que jamais.

Qui sont ces gens ? Ils ne vivent qu’une fois. Comment peuvent-ils croire en quelque chose ? (…) Tous mes efforts ne servent à rien.

Sa femme tente de lui remonter le moral à sa manière, en lui racontant l’histoire de leur rencontre et pourquoi elle l’a choisi.

Un bonheur amer vaut mieux qu’une vie grise et maussade.

Sympas les compliments en Russie…

La fille du stalker (Natacha Abramova), la tête posée sur la table, récite un poème en faisant bouger des verres grâce à son pouvoir paranormal (cf Birdman).

L’EXPLICATION

Stalker, c’est se trouver une raison de vivre.

Dans le passé, on vivait dans les pas de Dieux sans se poser de question. Le storytelling était redoutable. Il exploitait les carences de la science pour apporter des réponses avec une forme d’autorité, en jouant sur la peur de la mort. On vivait pour aller au Paradis. C’était simple.

Puis la religion a peiné à se réinventer. D’abord attaquée par la science (cf Sunshine), puis torpillée par ses propres scandales (cf Spotlight), elle fut incapable de rester pertinente à l’ère des nouvelles technologies. La religion s’est effondrée, emmenant avec elle la famille et le mariage. Tout est parti avec l’eau du bain.

Alors on s’est tourné vers la consommation pour structurer le quotidien, au rythme des soldes. Avant de régurgiter le cynisme d’une industrie marketing qui ne génère que des frustrations supplémentaires, à défaut de faire du sens (cf Buy Now).

Face à ce vide, certaines autruches ont trouvé d’autres sables dans lequel mettre leur tête : les soirées, le boulot, l’astrologie, le football, les paris sportifs ou les réseaux sociaux. Autant d’activités qui ne servent strictement à rien d’autres que de meubler. En tout cas, cela permet de ne pas sombrer totalement dans la dépression comme l’écrivain.

Ma chère, le monde est désespérément ennuyeux. Donc la télépathie, les revenants, les soucoupes volantes ne peuvent exister. Le monde est régi par des lois de plomb. C’est d’un ennui insupportable.

Quelques irréductibles continuent de chercher (cf Monty Python : le Sens de la Vie), comme le professeur qui ne peut pas vivre sans se poser des questions dignes du bac de philo.

Comment nommer ce que je veux ? Et comment savoir qu’en réalité je ne veux pas ce que je veux, ou que je ne veux vraiment pas ce que je ne veux pas ? (…) Ma conscience veut que le monde entier devienne végétarien mais mon inconscient se languit d’un beau morceau de viande. (…) Qu’est-ce que je veux, moi ?

Le rôle du stalker est d’accompagner ceux qui s’interrogent encore, en allant explorer le néant de l’existence.

Le stalker emmène se promener tous ceux qui se demandent ce qu’ils font là. Il s’est fait toute une histoire sur cet endroit reculé qui n’obéirait, selon lui, à aucune règle. Les clients crédules ne demandent pas mieux que de le croire. Eux aussi sont à la recherche d’une réponse.

Le stalker en profite pour donner son interprétation, en distillant les punchlines, l’air de rien.

Tout ce qui se passe ici ne dépend pas de la Zone, mais de nous. (…) La dureté et la force sont les compagnons de la mort, la souplesse et la faiblesse expriment la fraîcheur de la vie.

La raison de vivre du stalker est de faire croire aux autres que l’espoir existe. Au plein milieu de nulle part, il n’a de cesse de répéter qu’il ne faut rien attendre de la vie pour continuer à avancer. Tout en parlant de cette fameuse oasis que serait la Chambre. Il fait monter la sauce. L’espoir le fait littéralement vivre. La Zone est une construction de son mental qui lui donne une raison de se lever le matin et d’échapper à sa prison.

Au fil de ce voyage initiatique, le professeur et l’écrivain n’ont pas besoin d’atteindre la Chambre pour comprendre ce qui les anime.

Tout a un sens finalement!

Parfois, ils ont l’impression d’avoir des éclairs de génie.

Autrefois, l’avenir était le prolongement du présent. Les changements se profilaient loin derrière l’horizon. À présent l’avenir se confond avec le présent.

Cependant, le professeur a quand même voulu détruire la Zone. Et l’écrivain a du mal à dépasser ses doutes existentiels.

L’homme écrit parce qu’il souffre, il doute. Il doit sans cesse prouver aux autres et à lui-même qu’il vaut quelque chose. Or si je sais avec certitude que je suis un génie… Pourquoi écrire ? (…) Je pensais que mes livres rendraient les gens meilleurs. Or personne n’a besoin de moi. Et si je crève, deux jours après je serai oublié et remplacé par quelqu’un d’autre.

Le stalker revient de cette aventure épuisé par ces deux hommes qui ont voulu mettre à mal sa raison de vivre.

Pourquoi détruisez vous la foi ??

Alors sa femme s’occupe de son mari. Elle a compris son désarroi et partage avec lui sa raison de vivre à elle : accepter sa part de malheur en ayant épousé cet homme. Car c’est dans le malheur qu’elle trouve son bonheur.

J’ai connu le malheur, la peur et la honte. Mais je n’ai jamais regretté ni envié personne. Car c’est le destin. Ainsi va la vie. Nous sommes comme ça. Sans malheur, notre vie n’aurait pas été meilleure. Elle aurait été pire. Car alors il n’y aurait pas eu de bonheur, et il n’y aurait pas eu d’espoir. 

Cela parait un peu tordu. En tout cas, c’est ce qui l’aide à tenir le coup.

Quant à leur fille, comme tous les enfants de son âge, elle préfère s’imaginer qu’elle a des super pouvoirs (cf Supergirl, Kick-Ass).

Chacun·e voit midi à sa porte.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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