COMMANDO

COMMANDO

Mark L. Lester, 1985

LE COMMENTAIRE

À l’heure où beaucoup de repères sont bouleversés, ils sont nombreux à se reposer la question épineuse de la masculinité : Qu’est-ce qu’être un homme aujourd’hui ? Peut-on être un homme et déguster un cône plutôt qu’un pot ? Est-il ok pour un homme de choisir une glace à la fraise même si sa couleur est rose ? Un homme peut-il porter une chemise à carreaux et rester un homme ? Peut-on se moquer d’un homme ? Sait-il se moquer de lui-même, en dépit de ses gros muscles ?

LE PITCH

Un ancien membre des forces spéciales veut délivrer sa fille prise en otage.

LE RÉSUMÉ

John Matrix (Arnold Schwarzenegger) est un commando à la retraite. Il profite de sa vie de père célibataire en Californie, avec sa fille Jenny (Alyssa Milano). Matrix coupe du bois et donne à manger à des chevreuils. La vie est belle.

Jusqu’à ce que le major Kirby (James Olson) ne gâche la fête.

What’s going on?

… Jenny, I need to talk to your dad.

Kirby est arrivé en hélicoptère pour informer Matrix que des mercenaires sont à ses trousses.

John we got a problem. (…) You’ve made enemies all over the world, John. It could have been the Syrians, the South Americans, the Russians, or a terrorist group.

Puis Kirby s’en va comme il est venu, au mépris de son empreinte carbone. Un simple coup de fil aurait suffit. Dans l’armée on préfère annoncer les mauvaises nouvelles en personne.

Quelques secondes à peine après le départ du major, les mercenaires passent à l’attaque. Ils anesthésient Matrix et capturent Jenny (cf Taken).

À son réveil, Matrix comprend que le capitaine Bennett (Vernon Wells) est à la tête des mercenaires. Il agit à la solde du General Arius (Dan Hedaya), un dictateur sud-américain que Matrix a contribué à déloger dans l’une de ses missions spéciales. À noter que les Américains avaient tendance à installer des dictateurs en Amérique du Sud plutôt que l’inverse.

S’il veut revoir sa fille, Matrix doit assassiner le gouverneur de l’état du Val Verde – qui n’existe pas vraiment.

Have some beers in Val Verde, Matrix!

Matrix embarque à bord d’un avion escorté par Henriques (Charles Meshack) qu’il tue avant le décollage. L’ancien agent se débrouille pour sauter de l’avion en vol et atterrir dans des marécages. Quand on est commando, on est capable de ce genre de pirouettes.

Matrix a une dizaine d’heure avant que l’avion n’atterrisse et que les mercenaires se rendent compte de son absence. Dix heures pour créer l’effet de surprise et libérer sa fille.

À l’aéroport, Matrix se sert de Cindy (Rae Dawn Chong) pour remonter jusqu’à Sully (David Patrick Kelly). Matrix ne dit rien. Il est en mission.

Are you tell me what’s going on or what??

… No.

Matrix met la main sur Sully et le tue. Après quoi, il s’occupe de Cooke (Bill Duke).

Matrix retrouve Bennett. Les deux hommes ont un contentieux puisque Matrix a licencié Bennett pour faute grave. Le duel commence.

Come on Bennett! Let’s party!

Matrix se débarrasse assez facilement de son ancien n-1.

Leave anything for us?

Just bodies.

C’est le tarif commando.

Entre temps, Cindy a prévenu Kirby pour qu’il fasse tuer Arius.

Call the Federal Building. Have them monitor every police, aviation, & marine channel in the area.

What are you expecting?

World War 3.

Les mercenaires n’étaient pas des rigolos. Mais Matrix en a fait de la pâté pour chat. Le major demande à son ancien soldat de considérer la possibilité de reprendre du service. Ce dernier décline poliment et s’en va avec sa fille qui a peut-être gagné une belle-mère en la personne de Cindy.

… Until the next time.

No chance!

L’EXPLICATION

Commando, c’est mon père ce tueur.

Le patriarcat a pris du plomb dans l’aile ces dernières années. Ses valeurs sexistes ne sont plus vraiment dans l’air du temps. Au point que les papas ne sont plus dans le coup (cf Huit Femmes). Les filles, dont on aimait faire croire qu’elles ne pouvaient être vraiment amoureuses que de leur père, ont désormais tendance à considérer leur père comme un gros naze (cf Mon Père ce Héros). Elles en ont honte (cf Toni Erdmann).

Et bien le patriarcat a la peau dure, à l’image de Matrix dont les biceps sont encore bien fermes – même en retraite. Matrix incarne ce fameux modèle de papa dont les filles rêvent encore secrètement, quoi qu’elles en disent.

Un grand gaillard bien baraqué qui ne fait pas son âge, malgré une coupe de cheveux sans fantaisie qu’on peut sans doute attribuer à ses origines germaniques. Il est vrai que Matrix n’est pas fun. Cependant, les filles n’ont pas forcément besoin d’un père grand-guignolesque qui les fasse rigoler. Non. Elles ont besoin d’un père sécuritaire quand les temps sont durs. C’est ça le patriarcat : servir d’assurance tout risque en cas de coup dur (cf Les Dents de la Mer 2).

I’ll be back…

Le père est celui sur lequel on peut compter. Papa est à la maison, papa est rentré, papa est là. En l’occurrence, Matrix est parfait dans le rôle.

En plus, sa fille est clairement la femme de sa vie. D’ailleurs, il n’y a pas d’autre femme qu’elle dans sa vie. Rien n’est trop beau pour Jenny. D’ailleurs, Matrix ne négocie rien pour elle.

If you want your kid back, then you got to cooperate. Right?

Wrong!

Matrix est un papa qui tue au sens positif du terme puisqu’il casse la gueule aux vrais connards, comme Sully dont on sait très bien comment il traite les femmes. Il suffit de le voir suivre Cindy comme un pervers dans un parking, avant de la traiter de sale pute.

Could you please leave me alone!?

Fucking whore.

Et bien Matrix ne pardonne pas avec ce genre de goujats.

Certes, Matrix a des punchlines un peu douteuses. C’est parce qu’il reste un papa dans l’âme. Il cherche à impressionner en faisant des effets d’annonce.

You scared, motherfucker? Well, you should be, because this Green Beret is going to kick your big ass!

I eat Green Berets for breakfast.

Cependant, Matrix ne fait pas que parler. Ce n’est pas une grande gueule. Il délivre. Quand il faut affronter le boss de fin de niveau, Matrix ne tremble pas. Même si le boss de fin ressemble comme deux gouttes d’eau à Pierre Lottin et qu’il n’a aucun scrupule : Bennett ne veut pas seulement tirer une balle entre les deux yeux de Matrix, il veut lui tirer entre les deux couilles! On imagine le niveau de vice.

John, I’m not going to shoot you between the eyes! I’m going to shoot you between the balls!

Et bien Matrix ridiculise Bennett en lui transperçant le thorax avec un tube.

Non seulement il a cassé la gueule aux méchants, mais en plus Matrix refuse de retourner bosser pour rester avec sa fille. Wow.

Dans l’affaire, il s’est même trouvé une nouvelle gonzesse – qui passera toujours après Jenny bien entendu.

Matrix est celui qui réconcilie tout le monde avec le patriarcat. Le patriarcat c’est super et ça ne sent pas la sueur malgré la canicule. Matrix est le père que n’importe quelle fille voudrait avoir. Pas forcément n’importe quel garçon, parce que le rapport père-fils c’est une autre histoire (cf Comment j’ai tué mon Père, la Confrérie de la Rose, Au Nom du Père, Jeux de Plage).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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