BIRDMAN

BIRDMAN

Alejandro González Iñárritu, 2014

LE COMMENTAIRE

Tous les artistes ont la hantise de survivre à leur gloire et d’être à jamais poursuivis par leurs succès. Par exemple, les chanteurs ont tous une chanson que leur public leur réclame sans cesse et qu’ils finissent par détester. Johnny devait en avoir marre de devoir allumer des feux et Patrick Sébastien doit sûrement être hanté par des serviettes qui tournent. Les acteurs quant à eux redoutent de se voir enfermés dans un rôle sans pouvoir se débarrasser de leur étiquette, un peu comme Michael Keaton doit encore faire des cauchemars remplis de chauve souris (cf Batman).

LE PITCH

Un acteur commercial aux oubliettes tente désespérément de revenir sur le devant de la scène.

LE RÉSUMÉ

Riggan Thompson (Michael Keaton) vit sur un nuage. Plus connu pour son rôle de super héros dans Birdman, il tente des années plus tard de relancer sa carrière en adaptant What we talk about when we talk about love de Raymond Carver à Broadway. Une pièce qui lui tient particulièrement à cœur.

This is my chance to do some work that actually means something.

Les répétitions se passent péniblement. La pièce ne tient qu’à un fil. Riggan doit aller jusqu’à prendre une hypothèque sur sa maison pour engager à la dernière minute le talentueux mais pédant Mike Shiner (Edward Norton) pour sauver sa pièce du naufrage. Riggan doit également composer avec ses propres démons car il est constamment torturé par son personnage de Birdman qui l’incite à retourner à Hollywood (cf Midnight in Paris).

Dégoûté de l’opportunisme des uns, du cynisme des autres et peinant à retrouver sa place dans un monde régi par le buzz médiatique, Riggan tente de se suicider sur scène lors de la première.

Sa tentative ratée lui coûte son nez mais lui vaut les acclamations de la foule et la reconnaissance de la critique qui voit dans sa performance une forme théâtrale néo-réaliste.

Riggan peut sauter du haut de sa chambre d’hôpital, la conscience tranquille.

Emma-Stone-Birdman

L’EXPLICATION

Birdman, c’est une performance.

L’artiste est celui qui prend des risques, comme Riggan ou comme Carver à l’époque:

Carver left a piece of his liver on the table every time he wrote a fucking page.

L’artiste est en première ligne (cf 1917). La critique à l’inverse est confortablement retranchée derrière son bar, ou son assiette (cf Ratatouille), à décider de la vie ou la mort du travail artistique selon son humeur et le goût de son Martini, à l’image de Tabatha Dickinson.

L’artiste au contraire est le funambule qui réussit à passer du cinéma au théâtre. Car à Broadway, les règles sont différentes de celles d’Hollywood.

This is the theater.

Broadway, c’est Dallas. Un feuilleton politique dans lequel Mike a réussi à se mettre la critique dans la poche alors que Riggan représente tout ce que la critique déteste, quoi qu’il fasse. Surtout, la critique ne digère pas que Riggan puisse sortir sa pièce sans sa bénédiction.

You don’t get to come in here pretend you can write, direct and act your own propaganda piece without coming to me first.

À cette critique acerbe, il faut également rajouter les banderilles d’un public qui peut défaire n’importe quelle carrière par ses tweets ou ses vidéos Youtube assassines.

L’artiste n’est pris au sérieux ni par les journalistes, ni par le public alors qu’il est parfois lui-même au bord du suicide.

Hey, is this for real? Or are you shooting a film?

Le métier est loin d’être facile, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Il ne s’agit pas de faire du naturisme sur scène. Tout le monde peut montrer ses fesses à l’écran comme Mickaël Youn. Il s’agit de se mettre à nu. Les acteurs doivent tout donner.

Cette débauche d’émotions n’est pas évidente. Dans les coulisses, on se confronte aux doutes les plus profonds. Quand l’acteur est dans sa loge, il est dans sa tête. Oscillant entre réalité et fantasme. Car un acteur est une mécanique fragile. Il s’admire et se déteste en permanence. Perdu. Mike n’arrive plus à bander ailleurs que sur scène. Lesley (Naomi Watts) dont le rêve de jouer enfin à Broadway n’efface pas son besoin d’être constamment rassurée. Riggan, épuisé,  menace d’annuler sa pièce à tout moment. Il faut toute le pragmatisme de Jake (Zach Gialifianakis) pour maintenir le bateau à flot.

L’artiste est animé par son besoin de plaire.

And what did you want?

To call myself beloved, to feel myself beloved on the earth.

Riggan est peut-être mégalo, il n’en reste pas moins profondément romantique. La raison de devenir un acteur n’était pas Birdman mais Carver. Il a donc raison d’insister, pour lui et surtout parce que ça fait du sens. Riggan est d’autant plus admirable qu’aujourd’hui personne ne semble plus se soucier du sens des choses, comme en atteste la dispute avec sa fille Sam (Emma Stone). Son monde à elle vit au fil des tweets. Difficile dès lors de voir la big picture et de comprendre ce que les artistes essaient d’atteindre. Sam est néanmoins représentative de toute une génération incapable de maintenir son attention au delà de 140 caractères. Elle ne se privera pas de faire la leçon au patriarche (cf Les dents de la mer 2).

Tel un corbeau, l’acteur vit aux crochets de celui qui l’écoute. Il se retrouve ainsi pris en tenaille entre le grand public et la critique, qui ne cherchent évidemment pas la même chose. Comme le dit Mike :

Popularity is the slutty cousin of prestige.

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Riggan fait le grand écart en voulant tout réconcilier.

Parallèlement il est hanté par le personnage de Birdman qui lui conseille plutôt de donner ce que tout le monde entier réclame: Birdman 4.

People love blood. They love action. Not this talky depressing philosophical bullshit.

Cette réconciliation semble être impossible. Pourtant, Riggan réussit son tour de force, chose que peu d’artistes réussissent à faire tant les deux mondes sont opposés.

La vertu de l’ignorance, c’est réussir à dépasser tout ça. Une fois le succès atteint, Riggan va enfin pouvoir tirer sa révérence. Il peut laisser Birdman sur le siège des wc pour partir en paix. On ne le retrouvera pas écrasé dramatiquement au sol. Avec l’élégance d’un oiseau, il monte au ciel. Laissant un sourire sur le visage de sa fille. Il réalise le rêve de tout acteur en passant à la postérité.

Bravo.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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