SUPERGIRL
Craig Gillespie, 2026
LE COMMENTAIRE
Au siècle passé, les femmes étaient considérées comme des objets un peu fragiles. Elles étaient mises à disposition des hommes de pouvoir qui pouvaient en abuser à loisir (cf l’intouchable Harvey Weinstein). Les femmes étaient obligées de se soumettre, au risque de prendre une tarte dans la tête, voire pire (cf American Murder, Twin Peaks). Certaines femmes mènent la résistance contre le patriarcat (cf Simone) de façon à ce que les jeunes femmes puissent se prendre en mains. Au XXI siècle, les femmes n’ont plus de besoin d’un protecteur pour les défendre. Il ne faut plus les énerver.
LE PITCH
Une jeune femme a du mal à endosser son costume de carnaval.
LE RÉSUMÉ
Kara Zor-El (Milly Alcock) est originaire de la planète Krypton. Incapable de s’adapter sur Terre, elle préfère mener une vie dissolue dans l’espace. Malgré son jeune âge et son chien Krypto, elle abuse des substances et se lève tard. Son cousin Kal-El (David Corenswet), plus connu sous le sobriquet de Superman, s’inquiète à son endroit.
You know I’m just a bit worried you’re never going to find your strive.
La vie de Kara va basculer lorsqu’elle rencontre Ruthye Marye Knoll (Eve Ridley), une jeune orpheline. Les parents de Ruthye ont été assassinés par Krem des Collines d’Ocre (Matthias Schoenaerts), un méchant vraiment pas cool. Tellement pas cool que ce salaud empoisonne Krypto.
Le pauvre chien n’a plus que trois jours à vivre. À moins que Kara ne trouve un antidote.
Kara ne voulait pas aider Ruthye à se venger, parce que sur le principe elle ne trouve pas cela bien (cf Le Comte de Monte-Cristo, Sleepers). Mais elle accepte que Ruthye l’accompagne dans sa quête d’un antidote pour le clébard.
Ruthye se fait capturer. Kara doit intervenir avec l’aide de Lobo (Jason Momoa), un chasseur de primes. Elle se transforme en Supergirl et terrasse Krem. Ruthye pourrait se venger mais Kara l’en empêche.
It won’t take your pain away.
Supergirl préfère s’occuper du sale boulot elle-même en transperçant Krem de son épée, sans lui avoir accordé un procès au préalable.
Kara récupère l’antidote et sauve son chien. Elle invite Ruthye pour son prochain anniversaire.
Cette fois, elle se sent prête et le confirme à son cousin.
We’re just happy to be home.

L’EXPLICATION
Supergirl, c’est une fille de bonne famille qui dépasse son drame personnel.
Chacun·e nait avec sa part de tuiles. Les pauvres naissent dans un environnement hostile (cf Capharnaüm, Germinal), qui ne peut que leur donner envie de s’en sortir. Par contre, les pauvres n’ont ni raccourci ni passe-droit s’ils ou elles aspirent à se sortir de leur condition (cf Parasite). Il faudra bosser dur. La vie fonctionne de cette façon (cf À la Recherche du Bonheur). C’est pour cette raison que les gouvernements sont tous de droite, y compris ceux qui font semblant d’être de gauche.
Il n’y a que les riches qui peuvent profiter de leur statut (cf La Crème de la Crème). Et encore, ils ou elles doivent se faire un prénom (cf Batman Begins). Ce n’est pas si facile. La pression est permanente, alors qu’ils ou elles n’avaient rien demandé d’autre que de pouvoir voyager en première classe sans rien foutre. Par ailleurs, les riches ne sont pas épargné·es non plus par les drames personnels.
C’est le cas de Kara qui est née au sein d’une famille bourgeoise de la planète Krypton, où l’on a l’impression que les habitant·es sortent d’un dîner en blanc.
Le problème est que Kara a perdu sa mère d’une leucémie. Pas de bol. Ses émotions se combinent dans un cocktail improductif de tristesse et de colère (cf Vice-Versa).

Comme sa famille a les moyens, Kara peut se permettre de ne rien glander. Un rien la fatigue.
I’m exhausted…
Kara a le profil de l’adolescente qui n’est pas encore sortie de sa crise. Elle croit se donner une posture en tenant des propos nihilistes ridicules.
I have no people.
Cependant, elle ne peut pas accomplir son destin d’héroïne en vivant de la sorte. Elle n’est tout simplement pas intéressante.
I had no idea that space was so like… vast.
Si elle n’évolue pas, elle ne pourra pas devenir qui elle est, au sens nietzschéen du terme. C’est quand même dommage de gâcher son potentiel. Même si sa vie lui appartient, attention.
Malgré tout, le monde a besoin d’elle (cf Wild).
Pour dépasser son rôle d’ado torturée et revêtir sa cape de Supergirl, Kara va devoir se frotter à la vraie difficulté. Il n’y a que de cette manière que l’on s’en sort : tout·e seul·e, à la dure. Preuve que si le patriarcat a disparu, ses règles sont visiblement tenaces.
Do you know who you’re speaking to?
La difficulté pour Kara n’est pas de faire le deuil de sa maman. C’est de sauver la vie de son petit chien. Il faut sauver ce qui peut encore l’être dans le présent plutôt que de se morfondre dans le passé.
C’est à travers cette expérience que Kara se confronte à Krem des Collines d’Ocre, un vrai méchant à l’ancienne. Le genre de darons qui kidnappent des jeunes filles pour les donner en pâture à d’autres hommes. Face à ce monstre au visage rempli de clous, Kara s’affirme pour la première fois.
I’m the bitch whose dog you shot.
Cette confrontation permet à Kara de se prendre par la main, en protégeant Ruthye. Ruthye représente symboliquement la part innocente de Kara, qui a besoin que Kara lui vienne en aide. Alors Kara va défendre Ruthye contre Krem et l’empêcher de le tuer, pour ne pas que Ruthye soit pervertie à jamais. Kara veut garder cette flamme en elle afin de ne pas basculer définitivement dans le tous pourris.
Bon, après Kara tue quand même Krem car il faut bien se débarrasser des cons. Elle le fait avec le concours de Lobo, ce qui signifie que tous les hommes ne sont pas des porcs non plus – même les chasseurs de primes (cf Mad Max). On ne doit pas perdre espoir.
Ce faisant, Kara comprend qu’elle ne peut compter que sur elle-même.
I thought we were lucky, but luck almost by definition runs out.
Surtout, dorénavant elle peut envisager sereinement l’avenir. Elle va pouvoir grandir et devenir un wonder woman, en s’investissant dans une start-up ou en prenant la direction marketing d’un grand groupe afin d’impacter le business, avec une conscience environnementale et dans le respect de l’humain (cf Working Girl).
En tout cas, elle a un plan.
I have a plan.
Avant, elle n’était rien au sens d’Emmanuel Macron. Maintenant, elle est Supergirl.
Plus important encore, Kara va retrouver son petit chien.