1941

1941

Steven Spielberg, 1979

LE COMMENTAIRE

On parle souvent des horreurs de la guerre auxquelles sont soumises les militaires de carrière (cf Platoon, Né un 4 Juillet, The Master, Les Oubliés, Full Metal Jacket, la Ligne Rouge). Par contre, on parle moins des horreurs de la guerre auxquelles sont soumis les civils qui n’avaient rien demandé a priori (cf Blitz, Le vieux Fusil, Requiem pour un Massacre). Les militaires font mine de ne pas s’en émouvoir mais ils se sentent peut-être responsables de tous ces malheurs, en secret (cf Valse avec Bachir)? L’armée est la grande muette. Plutôt que de s’épancher, les gradés préfèrent pleurer dans l’intimité des salles obscures devant un bon film.

LE PITCH

Suite à Pearl Harbor, les Américain·es ont peur pour Hollywood.

LE RÉSUMÉ

On December 7, 1941, the Naval Air Arm of the Imperial Japanese Fleet, in a surprise attack, struck the United States Naval Base at Pearl Harbor and hurtled an unsuspecting America into World War II. American citizens were stunned, shocked and outraged at this treacherous attack. On the West Coast, paranoia gripped the entire population as panic-stricken citizens were convinced that California was the next target of the Imperial Japanese Forces. (…) For the first time since the Civil War, American citizens prepared to defend their homeland against an enemy whose first assault was expected anywhere, at any time, and in any force…

Un sous-marin japonais est repéré le long des côtes californiennes, avec le colonel nazi Wolfgang von Kleinschmidt (Christopher Lee) à son bord.

Pendant que les soldats américains du général Joseph Stilwell (Robert Stack) se préparent, Wally Stephens (Bobby Di Cicco) fait la plonge dans un restaurant. Wally ne pense qu’au concours de danse de l’USO auquel il doit participer avec son amie Betty Douglas (Dianne Kay). Mauvaise nouvelle : seuls les militaires peuvent y participer. Le caporal Sitarski (Treat Williams) se verrait d’ailleurs bien danser avec Betty.

Finalement, Wally trouve le moyen de s’incruster en empruntant l’uniforme d’un marin et gagne le concours avec Betty. Ce qui déclenche la colère de Sitarski ainsi qu’une bagarre générale. Témoin du bordel, le sergent Tree (Dan Aykroyd) n’en croit tout simplement pas ses yeux.

What the hell do you people think you’re doing?! I can’t believe it… Americans fighting Americans! (cf Civil War)

De son côté, le capitaine Loomis Birkhead (Tim Matheson) ne pense qu’à draguer Donna Stratton (Nancy Allen) dont le fantasme est de s’envoyer en l’air – à bord d’un avion. Le colonel Madman Maddox (Warren Oates) anticipe une attaque japonaise. Il autorise Birkhead à prendre un avion pour une mission de reconnaissance. Ce qui plonge Los Angeles en alerte rouge car l’avion n’est pas identifié. Pour ajouter à la confusion, le capitaine Wild (John Belushi) prend en chasse l’avion de Birkhead qu’il croit être un avion japonais et l’abat. Puis il est abattu à son tour par les troupes au sol qui confondent également son avion avec un avion ennemi.

I’m an American! Can’t you tell the difference??

En pleine confusion générale, le général Joseph Stilwell a profité d’être à Los Angeles pour aller voir Dumbo au cinema.

C’est alors que le sous-marin japonais refait surface et fait feu contre la grande roue d’un parc d’attraction. Convaincus d’avoir accompli leur mission, les Japonais font demi-tour en passant par dessus bord le Nazi, lassés de ses réflexions xénophobes.

You can take your third reich and shove it up your ass!

Des canons ont été installés sur la propriété de Ward (Ned Beatty) et Joan Douglas (Lorraine Gary). En bon patriote, Ward fait feu contre le sous-marin mais ne fait que détruire sa propre maison.

Le lendemain matin, la ville est sens dessus dessous. Ce n’est que le début. Le sergent Frank Tree constate les dégâts. Et Stilwell de conclure.

I think the really big year is going to be 42.

It’s going to be a long war…

L’EXPLICATION

1941, c’est personne n’est pour la guerre.

Depuis toujours les hommes se font la guerre pour des questions de croyances, de ressources (cf Jarhead, Vice), de territorialité ou de simple jalousie. Si on peut régler les différents en faisant du commerce, tant mieux. Sinon, tant pis. On s’entre-tue. Cela ne résout rien, mais c’est plus simple (cf L’Odyssée).

Des philosophes l’ont théorisé. Hegel a établi que le conflit était le moteur de l’histoire. Hobbes a décrit l’état de nature comme une guerre de tous contre tous. Point, à la ligne. S’ils l’ont affirmé, c’est que cela doit être vrai. Il ne reste plus qu’à inscrire ses enfants à des cours de karaté dès le plus jeune âge, et construire un abri anti-atomique (cf Take Shelter). Comme si la paix était inenvisageable et le consensus illusoire.

En vérité, la guerre n’est voulue que par une minorité de belliqueux, soucieux d’asseoir leur pouvoir (cf Napoléon, Dr Folamour).

Les peuples n’ont pas ce genre de considérations. Certes, ils ont des a priori sur les étrangers. Comme les Américains se font des idées préconçues sur les Allemands, sans savoir que Walt Disney était membre de l’organisation nazie new-yorkaise.

Do you think the Krauts believe in Walt Disney?

Mais dans le fond, personne n’est pour la guerre.

Sans aller aussi loin que de prétendre qu’ils cherchent l’harmonie, les peuples sont plutôt préoccupés par gagner le concours de danse, payer leur prêt relais, regarder le Tour de France, choisir la destination de leurs prochaines vacances, faire du shopping, faire des karaokés avec les copines, supporter leur équipe favorite à la coupe du monde de foot ou baiser leur voisine à l’image de Birkhead. Il n’y a rien d’autre qui compte. Chacun s’occupe de ses fesses avant de chercher à botter celles des autres.

Les militaires non plus ne sont clairement pas prêts à faire leur métier. Ils s’entraînent toute l’année. Et le jour où il faut aller au carton, ils ne comprennent plus ce qui se passe. Le général va voir un dessin animé au cinéma en pleine alerte rouge. Les Américains détruisent leurs propres engins! C’est ridicule.

Sergent, what happened here?

On voit bien que ces civilisations ne sont pas organisées pour cela, contrairement au fantasme martial que certains cherchent à installer dans les esprits (cf Dune).

Par contre, il est très facile de retourner la tête des bisounours. Ward Douglas n’en a rien à cirer des Japonais. Mais si on lui dit qu’ils sont une menace, alors il va obéir et montrer les crocs sans bien savoir contre qui il se bat, ni les raisons pour lesquelles il se bat.

What are we gonna do?

Defend our homes!!

Pire, Ward se conditionne bien que la guerre n’est pas son souhait. Il l’accepte comme s’il n’y avait rien d’autre à faire. Elle s’impose à lui bien qu’il ne l’ait pas voulue (cf l’Étau de Munich).

It is war time and we all have to make sacrifices.

La guerre est la raison de vivre d’une poignée d’illuminés qui ne la feront pas eux-mêmes. Elle se répand un peu partout de manière contagieuse, transformant n’importe qui en abruti. Les enfants américains se mettent à boire leur soupe avec un masque à gaz.

Les chefs de guerre décident et les autres font le reste. On conditionne les femmes à s’offrir aux jeunes soldats pour leur donner du courage avant d’aller se faire trucider.

The world is changing, girls. (…) You’re going to have to dance and dance close, with men you may find repulsive.

Les patriarches, qui ne se distinguent pas par leur lucidité, tiennent des discours incroyables à leurs propres filles sous prétexte qu’il faut participer à l’effort de guerre.

I’m too old to be in this war. The boys are too young. It’s up to you. (…) I don’t know what they’ve told you down at the USO, but you’re going to be meeting a lot of strange men. Men in uniform. Boys a long way from home, lonely, desperate. They really have one thing on their minds. Show ’em a good time.

Cela parait incroyable.

Madness – it’s the only word to describe it. This isn’t the state of California, this is a state of insanity.

Et pourtant, on peut vite monter dans les tours. Un peu de propagande savamment orchestrée pendant quelques années, suffit à voir l’ennemi à sa porte.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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