BARRACUDA

BARRACUDA
Philippe Haïm, 1997

LE COMMENTAIRE

S’il n’y a souvent que des gens cheulous dans les clubs BDSM, c’est parce que les autres restent tout simplement chez eux. Ils pratiquent leur art discrètement, dans l’intimité de leur salle de bains. Pourquoi prendre le risque de se faire fouetter les fesses par un gros con qui manque singulièrement d’élégance dans une cave à l’hygiène douteuse quand on peut tout simplement attacher son voisin?

LE PITCH

Monsieur Clément (Jean Rochefort) a de la compagnie.

LE RÉSUMÉ

Monsieur Clément est un vieux monsieur. Il vit seul avec le fantôme de Fred Astaire qui l’incite à se faire des amis.

Clément, we need a friend.

Le jeune Luc (Guillaume Canet) emménage en face de chez lui. Il va organiser une petite pendaison de crémaillère et s’excuse à l’avance pour le dérangement. Mr Clément profite justement de cette occasion pour se faire un ami et invite Luc à dîner le lendemain soir.

Luc zappe complètement l’invitation, peut-être encore sous le coup de l’annonce de sa paternité. Sa copine Margot (Claire Keim) est enceinte.

J’vais avoir un p’tit bébé!?

Monsieur Clément monte la garde, attrape Luc devant l’ascenseur et lui propose de rencontrer sa femme Violette.

Violette vous attend.

Luc ne peut pas vraiment décliner.

Sauf que Clément vit seul précisément parce qu’il n’a pas de femme. Violette est un mannequin (au sens de poupée, pas de top modèle). Clément est dément. Quand Luc essaie de quitter l’appartement, son voisin l’assomme. Il va le séquestrer dans sa salle de bains. Luc ne le sait pas encore: il est foutu.

Ce qu’il y’a de bien c’est que si quelque chose vous arrive ici personne ne vous retrouvera jamais.

Il se débat et profite de la première occasion pour essayer de s’enfuir. Clément lui enfonce alors une fourchette dans la cuisse et lui défonce la tête avec un extincteur.

Après une révélation troublante de Fred Astaire, Clément réalise qu’il doit mieux traiter son invité. Il lui aménage une pièce cachée derrière sa bibliothèque où il l’enchaîne.

J’ai mis une chaîne comme ça vous pourrez marcher, vous serez mieux.

Avec beaucoup de psychologie, Luc essaie toutes les techniques pour convaincre Clément de le laisser partir: la négociation, la pitié, la menace. Rien ne fonctionne. Luc perd la tête petit à petit et rejoint Clément dans sa folie. Il profite de l’opportunité de prendre Violette en otage pour réclamer sa libération.

Au même moment Margot sonne à la porte, inquiète. Clément finit par l’étrangler et montre les preuves du meurtre à Luc qui empale Violette de rage. Clément reste de marbre.

C’est pas grave, c’est que du plastique.

Luc abandonne et ne montre plus de velléités de s’en aller. Clément lui installe la télévision dans sa chambre. Luc reconnaît Margot dans l’émission « N’habite plus l’adresse indiquée ». Elle n’est pas morte. Elle a bien accouché et pleure la disparition de son copain qui reprend soudain du poil de la bête. Il piège Clément et le tue.

Sous le choc, Luc met du temps à quitter l’appartement de son tortionnaire. Il regarde par le judas avant de finalement ouvrir la porte de la liberté qui se referme aussitôt derrière lui, sur les mots de Margot.

Du moment qu’on est ensemble.

Et sur le sourire de Fred Astaire.

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L’EXPLICATION

Barracuda, c’est la vie d’adulte.

C’est précisément quand on croit enfin pouvoir la tenir entre ses mains qu’on nous la reprend, avant même d’avoir pu en profiter. La liberté, Luc la touche effectivement du doigt. Il vient d’emménager dans son nouvel appartement et se prépare à partir pour un grand voyage à la voile dans lequel il ambitionne de passer le Cap Horn avec Margot. Il a de grands projets.

Et puis tout s’écroule. Quand Luc réalise où il vient de mettre les pieds c’est déjà trop tard. Il devient l’otage de Clément, le traitre. Clément est le vieux papi dont on ne se méfie pas puis qui nous piège chez lui et dont on ne sort jamais. Clément est à l’image de cette vie dans laquelle on croit pouvoir naviguer et qui nous rattrape sur le pallier. Luc est fait prisonnier par la vie et pour la vie. À Neo au moins Morpheus avait donné le choix.

La vie dans laquelle Luc s’embarque est frustrante. On n’y fait pas ce qu’on veut, pas même Clément repris à l’ordre par sa femme imaginaire ou réprimandé par la concierge alors qu’il tabasse Luc.

J’ai bien le droit de faire du bruit quand je veux!

Luc fait aussi l’experience de la frustration en s’imaginant pouvoir s’enfuir à plusieurs reprises avant de revenir à la réalité de ses menottes ou de sa chaîne.

Luc s’engage dans une vie de solitude, où personne ne vient nous chercher.

Peut-être que quelqu’un s’intéresse à vous mais pas à moi. Personne ne viendra jamais ici. Je n’intéresse personne.

C’est une vie aux allures de grand-huit émotionnel, très instable, parce qu’elle frappe à coups d’extincteur et puis après elle prépare une omelette aux pommes de terre.

C’est une vie cruelle qui nous force à faire des claquettes et qui se moque même de nous.

Olalaaaa… il est triste le Monsieur! Il est pas content.

C’est une vie rancunière dans laquelle on n’a pas le droit à l’erreur.

Pourquoi vous m’avez pas invité à votre surboom?

La vie est extrêmement exclusive. Elle nous veut pour elle toute seule et trouve toujours un bon prétexte pour justifier ses actes.

Les amis ça ne se partage pas.

Luc est prisonnier pour toujours. S’il s’en sort, c’est Margot qui l’attend avec son cadenas en forme de bébé. Luc lui-même n’est même plus sûr de vouloir sortir de son enfer pour en rejoindre un autre. De toute manière il ne sera pas vraiment libre dans sa tête car Clément l’a flingué pour toujours. Fred Astaire le hantera toute sa vie.

La vie est attirante, pleine de promesses. Elle masque son jeu. Elle a l’air inoffensive comme Clément ou mignonne comme Margot. Par derrière elle nous attrape et nous étouffe. Un peu comme dans un casino où on ne peut s’empêcher de continuer à jouer, et continuer à perdre. Un peu comme ces jobs alléchants pour de grandes compagnies qui aspirent tout notre temps de façon à ce qu’on ne puisse même pas profiter du salaire mirobolant qui va avec. Un peu comme un Barracuda aux allures de gros brochet qui n’hésitera pas à nous bouffer les orteils s’il le peut.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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