POLISSE
Maïwenn, 2011
LE COMMENTAIRE
La Police, on ne l’aime pas. Parce que comme disait Desproges, les gens sont toujours du côté de guignol. Et parce que comme chantait NWA : Fuck the police (cf Straight outta Compton). Il faut avouer que parfois, la police abuse un peu de la matraque (cf les Misérables, Orange Mécanique). C’est pas Serpico qui dira le contraire. Malgré tout, la police on est bien content de l’applaudir après les attentats. On oublie qu’elle est exposée à des horreurs au quotidien (cf BAC Nord, Se7en).
LE PITCH
On ne se marre pas tous les jours dans la Brigade de Protection des Mineurs.
LE RÉSUMÉ
L’artiste Mélissa Zahia (Maïwenn) est chargée par le Ministère de l’Intérieur de faire un livre de photographie sur la BPM. Beauchard (Wladimir Yordanoff) la confie au commandant Yvan Gérard (Frédéric Pierrot) dit Baloo. Elle va patrouiller avec ses équipes sur la zone de Belleville.
Le quotidien est chargé. Un jour c’est une descente à 4h du matin dans un camp de Roms pour démanteler un réseau de prostitution. Un autre c’est une maman qui avoue absolument sans gêne faire des fellations à ses garçons pour qu’ils s’endorment. Quand ce n’est pas le grand père qui se frotte le sexe contre sa petite fille, avec un cynisme répugnant lors de sa garde à vue (cf 1 sur 5).
Vous pensez que les gamins ont toujours raison?
Il y a les petits garçons séparés de leur mère. Les couples bourgeois qui ont aussi leurs petits secrets honteux. Des hommes trop proches des enfants de leurs amis (cf Les Chatouilles). Un enfant qui affabule ou des ados qui ne s’expriment que par l’insulte.
Sur le Coran de La Mecque j’vais t’niquer ta grand mère sale pute!
Les policiers font leur boulot dans un environnement auquel s’ajoutent leurs problèmes personnels. Bamako (Arnaud Henriet) reproche à Gabriel (Jérémie Elkaïm) d’être un intello. Fred (JoeyStarr) est en train de se séparer. Baloo s’entend bien avec sa femme Céline (Carole Franck) même s’ils ont parfois de drôles de manières de se dire ‘bonne nuit’.
Moi aussi hein je gère des drames toute la journée à la crèche!
De quel drame tu parles dans une crèche du 6e arrondissement?? Ils ont eu des petits pots à la place des petits suisses? Enfin c’est du drame ça?! Bon ben moi en attendant j’ai plus envie de baiser! Alors merde. Chier! De toute façon je me lève à 4h du mate. Alors bonne nuit.
Pourquoi tu te lèves à 4h du mate…?
J’ME LÈVE À 4H DU MATE PARCE DEMAIN J’ARRACHE DES MOMES, DES ROUMAINS, À LEUR FAMILLE! (…) ILS VONT ÊTRE DANS DES FOYERS! ET ILS VONT ME PRENDRE POUR UN CONNARD! (…) VOILA POURQUOI JE ME LÈVE À 4H, ALORS TES PETITS POTS ET TES PETITS SUISSES TU PEUX TE LES CARRER DANS L’CUL! VOILÀ. À SEC!
T’ES VRAIMENT CON! TOI T’ES LE SAUVEUR DE L’HUMANITÉ AVEC TON COPAIN FRED! VOUS SAUVEZ LES ENFANTS DU MONDE ENTIER… PARCE QUE DANS TA PETITE TÊTE, Y’A QUE DANS LE 19E QU’IL Y A DES INCESTES?!
Nadine (Karine Viard) est en procédure de divorce. Elle est conseillée par Iris (Marina Foïs) qui est anorexique et dont le mec (Riton Liebman) vient de partir exaspéré. Toutes les deux finissent par se disputer violemment devant tout le monde.
Tout n’est pas si sombre. Il y a aussi des histoires d’amour naissantes comme entre Krys (Karole Rocher) et Mathieu (Nicolas Duvauchelle). Ou Fred qui tombe amoureux de Mélissa Zahia qui est pourtant avec Francesco (Riccardo Scamarcio), sans l’être.
Au retour des vacances, Beauchard annonce la promotion de Iris comme chef de groupe. À la fois surprise et déçue du manque d’enthousiasme de son équipe, elle prétexte d’avoir chaud pour ouvrir la fenêtre, et se défenestrer devant ses collègues horrifiés.
L’EXPLICATION
Polisse, c’est un besoin pressant d’ouvrir la fenêtre.
Jusqu’ici tout va bien (cf La Haine)… En attendant, on s’accroche, le plus souvent pour le salaire ou plutôt pour les gosses. S’épanouir dans son métier était une attente.
C’est désormais une frustration puisque dans le cas de la BPM, comment s’épanouir lorsqu’on manque de moyens, qu’on ne peut parfois pas envoyer des pédophiles derrière les barreaux quand ils s’appellent de la Faublaise (Louis-Do de Lencquesaing) et qu’on toujours plus d’horreurs dans son assiette jour après jour ?
Ces policiers et policières dont le rôle est de protéger les enfants passent leur journée à essayer de se détacher de l’enfer comme ils le peuvent.
On vous juge pas, on s’en fout.
Policiers et policières que l’on croit peu respectueux ou respectueuses de se moquer de la fugueuse ou de l’adolescente qui suce des garçons pour récupérer son téléphone. Qui essaient en fait de se défendre comme ils le peuvent car il n’y a pas de gilet par balles émotionnel qui protège du viol sur mineur.
Comme le dit Fred à Mélissa Zahia pour décrire la difficulté du métier:
C’est pas que ça ce qu’on fait, c’est plus complexe que ça.
L’équipe s’engueule, elle reste néanmoins soudée. Car il faut se serrer les coudes. Chacun a ses problèmes. Certain·es parviennent à laisser leurs soucis à la maison. D’autres ont besoin de s’épancher sur leur malaise. Quelques un·es se taisent. Iris fait mine d’être imperturbable tout en se comportant avec une violence verbale inouïe.
Elle est pourtant une bonne flic. À l’affût de la femme qui secoue son bébé dans la rue. Faisant des heures supp pour aider ce petit garçon victime de pédophilie à ne pas arrêter la gymnastique. Son travail est reconnu puisqu’elle monte en grade. Elle s’est néanmoins isolée. Lorsqu’elle est nominée, est-elle submergée par la responsabilité accrue qu’elle va devoir endosser ? Ou est-elle profondément déçue de voir que le groupe, son groupe, de l’autre côté de la table, ne montre pas le moindre signe d’émotion à l’annonce de sa promotion ?
Elle se sent à l’abandon.
Chacun fait de son mieux, comme il peut. On se soucie, dans une certaine limite.
Pas pour Iris en tout cas. Elle a manifestement envie de rendre son tablier, submergée par l’urgence. Contrairement à Mélissa Zahia, Iris n’a pas le luxe de pouvoir habiter en face et traverser la rue dès que cela lui chante. Elle n’a pas la chance d’être un témoin du monde.

Iris est en plein dans la bataille. Et dans son milieu, pour certains, rendre son tablier veut dire se passer par la fenêtre ou se mettre une balle dans la tête.
Et personne ne voit jamais rien arriver malheureusement.

J’avais lu un commentaire qui faisait le parallèle entre le petit garçon et iris
Le fait que la mise en scène les mettent en parallèle sur la dernière scène ne serait pas anodin.
Iris est anorexique, quel est la source de ce mal-être ? Son compagnon lui dit qu’il y a quelques choses qu’elle n’a toujours pas digéré (ou quelque chose dans le genre)
A en croire le commentaire, ça serai parce que Iris, a été elle aussi abusée dans son enfance, mais n’a pas été aidé, tandis que le petit gymnaste, lui a pu trouver une aide et son bourreau s’est fait arrêter
En gros il y a 2 trajectoire de vies différentes, celui qui s’est fait aidé et qui ressort plus fort de cette abomination et qui fini par brandir la coupe
Et celle qui s’est renfermé qui n’a pas eu d’aide qui a fait mine de rien jusqu’au bout mais pour qui au bout d’un moment ça à été trop.
Justement a la fin lors de la discussion entre Iris et le petit garçon, il lui dit qu’il est triste parce qu’il l’aimait bien, qu’il était gentil (syndrome de Stockholm ?) et a ce moment, on voit une réaction étrange de Iris
Pour la personne du commentaire cet élément n’est pas anodin non plus
J’ai trouvé cette analyse plus pertinente que « juste » le manque de soutien
Je ne sais pas si c’est vrai mais je trouve que la mise en scène veut nous dire quelque chose et ca collerai bien🤔
Cordialement
Merci Bob pour ce commentaire et cette alternative. On pourrait effectivement se concentrer sur les destins opposés.
Vous avez raison, il serait aussi intéressant de creuser les motivations de celles et ceux qui viennent en aide.
Qu’est-ce qui justifie qu’ils ou elles s’imposent tant d’horreurs ? Quelle est leur bataille ?
Peut-être qu’Iris se dit que ses efforts ne servent finalement à rien ?