LES MISÉRABLES

LES MISÉRABLES

Ladj Ly, 2019

LE COMMENTAIRE

Les conseils d’administration permettent de discuter des sujets stratégiques afin de prendre les meilleures décisions pour l’entreprise (cf American Factory) – et accessoirement le bénéfice des actionnaires. On s’explique et on avance. Ces moments ne sont pas réservés qu’aux boss. Les sportifs font pareil dans leurs vestiaires (cf Les yeux dans les Bleus). Les enfants aussi savent se regarder dans le blanc des yeux pour se dire les choses quand c’est nécessaire.

LE PITCH

La BAC mène l’enquête sur la disparition d’un lionceau. Sale affaire à Montfermeil…

LE RÉSUMÉ

C’est dans une banlieue post-victoire en Coupe du Monde (cf les Bleus 2018) que Stéphane Ruiz (Damien Bonnard) débarque de sa province. Il fait équipe avec Gwada (Djibril Zonga) sous les ordres de Chris (Alexis Manenti) qui joue les cow-boys.

Le petit Issa (Issa Perica) a volé un lionceau dans un cirque. Les gitans ont le seum. Ils promettent l’enfer au Maire (Steve Tientcheu), l’un de ceux qui tiennent la cité.

Pour éviter l’escalade, la police mène l’enquête et retrouve Issa, via les réseaux sociaux. Sous pression, Gwada craque lors de l’interpellation, perd la maitrise de son LBD et explose le visage du garçon à bout portant. La scène est filmée par le drone de Buzz (Al Hassan Ly).

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Pendant que Stéphane soigne la blessure d’Issa, Chris fait du drone sa priorité. Il demande l’appui politique de la Pince (Nizar Ben Fatma), un gérant de bar à chicha respecté, pour négocier auprès de Salah (Almamy Kanoute), le gérant d’un kebab chez qui Buzz s’est réfugié. Salah est accessoirement à la tête des Frères Musulmans – qui pèsent de plus en plus dans le quartier.

On va vous faire un p’tit discours Inch’Allah.

L’affaire se règle finalement grâce à la diplomatie de Ruiz. Le pauvre Issa, forcé par le patron du cirque, finit par se faire dessus dans la cage aux lions. Et Chris l’intimide une dernière fois pour s’assurer son silence:

Tu t’es fait ça tout seul!

Si tout semble rentrer dans l’ordre, Salah prédit le pire.

Vous ne pourrez pas retenir la colère et les cris…

Il a raison : Issa est en train de dresser une armée d’enfants enragés contre la BAC. Les trois policiers se retrouvent coincés dans un guet-apens sauvage. Même le Maire est chassé violemment hors de la cage d’escaliers.

Tout se joue désormais entre Issa, un cocktail molotov en main et Stéphane qui le braque de son arme.

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L’EXPLICATION

Les Misérables, c’est la troisième Guerre Mondiale qui couve.

Comme tout le monde ne le sait peut-être malheureusement pas, Victor Hugo fut un écrivain célèbre avant de devenir la station de métro la plus calme de la ligne 2. L’auteur des Misérables a écrit :

Mes amis, retenez ceci : il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes, il n’y a que de mauvais cultivateurs.

Il s’agissait pour le natif de Besançon de faire réfléchir sur la conséquence de nos actes. Une manière de rappeler que chacun doit prendre ses responsabilités dans la vie. Ce qui n’est pas toujours le cas, notamment après des bavures policières (cf La Haine). Comme le reproche Salah aux forces de l’ordre :

C’est toujours pareil : c’est jamais votre faute.

Il est de fait que dans la police, c’est plutôt la coutume. En tout cas, c’est le message que Chris fait passer à Ruiz. Il le met au diapason dès son arrivée.

Jamais on s’excuse. On a toujours raison.

Victor Hugo au contraire voulait dire que sur le Titanic, nous sommes tous des capitaines en puissance. Il est de notre responsabilité collective que le bateau arrive à bon port sans couler. Si nous sommes tous attentifs, nous pouvons éviter les icebergs. C’est à dire éviter de provoquer les ennuis, dans la mesure du possible. Si Issa, n’avait pas volé le lionceau, on n’en serait pas là. Et en même temps, si le père d’Issa ne le frappait pas à coups de savate, peut-être qu’Issa aurait moins envie de faire des bêtises – qu’on pourrait malgré tout excuser du fait de son jeune âge. Issa devrait logiquement bénéficier lui-aussi de circonstances atténuantes (cf J’accuse). Au lieu de ça, il se retrouve au centre du tourbillon.

Nous pouvons éviter de déclencher des bombes et nous pouvons aussi les désamorcer (cf Démineurs). C’est le rôle du gouvernement et des forces de l’ordre. Maintenir l’équilibre. Ramener le calme. Pour cela, la police doit garder la maitrise de ses armes même lorsqu’elle est attaquée… par des enfants. Elle ne doit pas non plus abuser de sa position dominante pour harceler des adolescentes à un arrêt de bus parce qu’elles ont eu le malheur de fumer un joint.

Vous avez pas le droit!

J’ai tous les droits. C’est l’état d’urgence. Je te mets un doigt dans le cul si je veux.

C’est malin. Ce n’est pas comme ça qu’on se fait respecter. Et ça ne fait qu’aggraver les choses.

Il est de fait que ce n’est pas facile de garder ses esprits dans la cité. Chris et Gwada se font insulter tous les jours et ont vu quelques horreurs. Ils ne font même pas partie du service de nuit. À l’inverse, Ruiz est encore animé par ses beaux principes qu’il partage avec Salah.

Peut-être qu’ils ont raison d’exprimer leur colère…

Ils l’ont fait en 2005 et regarde où on en est. (…) Aujourd’hui, il y a plus rien. (…) Et le pire c’est que tout le monde s’en fout.

C’est vrai. Mais ce qu’il vient d’expérimenter en une seule petite journée, les policiers de la BAC le vivent tous les jours depuis quelques années.

Ici, faut être tout sauf timoré.

Alors la leçon du chevalier blanc passe mal auprès de ses collègues.

Tu viens d’arriver et tu vas nous faire la morale?

Et pourtant, si chacun ne fait pas d’effort, la poudrière risque effectivement de finir par s’embraser pour de bon. Car ces enfants que les adultes maltraitent aujourd’hui sont ceux qui façonnent le monde de demain (cf Bloody sunday). Le feu est en train de partir de chez nous.

Alors que les politiques sont trop occupés à faire de la récupération plutôt que de faire leur travail, tout le monde peut encore réagir. On peut commencer par ne pas faire d’amalgames. Tous les flics ne sont pas ripoux (cf Serpico). Même s’il y en a. De la même manière, tous les jeunes issus des quartiers ne sont pas des racailles, n’en déplaise à M. Sarkozy. En même temps, qui vole un oeuf vole un boeuf. Alors qui vole un lionceau…

C’est pas facile cette affaire. Comptons quand même sur les uns et les autres pour redresser la barre. C’est un travail d’équipe. Pas besoin d’être parfait. On peut jouer mal et gagner quand même. La preuve : on a gagné la Coupe du Monde.

Il n’est pas encore trop tard.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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