LES MISÉRABLES

LES MISÉRABLES

Ladj Ly, 2019

LE COMMENTAIRE

Les conseils d’administration permettent de discuter des sujets stratégiques afin de prendre les meilleures décisions pour l’entreprise – et accessoirement le bénéfice des actionnaires. On s’explique et on avance. Ces moments ne sont pas réservés qu’aux grands patrons. Les sportifs font pareil dans leurs vestiaires (cf Les yeux dans les Bleus). Les enfants savent eux aussi se regarder dans les yeux pour se dire les choses quand c’est nécessaire.

LE PITCH

La BAC mène l’enquête sur la disparition d’un lionceau. Sale affaire à Montfermeil…

LE RÉSUMÉ

C’est dans une banlieue en liesse suite à la victoire en Coupe du Monde que Stéphane Ruiz (Damien Bonnard) débarque de sa province. Il fait équipe avec Gwada (Djibril Zonga) sous les ordres de Chris (Alexis Manenti) qui joue les cow-boys.

Le petit Issa (Issa Perica) a volé un lionceau dans un cirque. Les gitans veulent le responsable. Ils promettent l’enfer au Maire (Steve Tientcheu), l’un de ceux qui tiennent la cité.

Pour éviter l’escalade, la police mène l’enquête et retrouve Issa, via les réseaux sociaux. Sous pression, Gwada craque lors de l’interpellation, perd la maitrise de son LBD et explose le visage du garçon à bout portant. Problème : la scène est filmée par le drone de Buzz (Al Hassan Ly).

Pendant que Stéphane soigne la blessure d’Issa, Chris part à la chasse au drone. Il demande l’appui politique de la Pince (Nizar Ben Fatma), un gérant de bar à chicha respecté, pour négocier auprès de Salah (Almamy Kanoute), le gérant d’un kebab chez qui Buzz s’est réfugié. Salah est accessoirement à la tête des Frères Musulmans – qui pèsent de plus en plus dans le quartier.

On va vous faire un p’tit discours Inch’Allah.

L’affaire se règle finalement grâce à la diplomatie de Ruiz. Le pauvre Issa, torturé par le patron du cirque, finit par se faire dessus dans la cage aux lions. Et Chris l’intimide une dernière fois pour s’assurer son silence:

Tu t’es fait ça tout seul!

Si tout semble rentrer dans l’ordre, Salah prédit le pire.

Vous ne pourrez pas retenir la colère et les cris…

Il a raison : Issa est en train de dresser une armée d’enfants enragés contre la BAC. Les trois policiers se retrouvent coincés dans un guet-apens sauvage. Même le Maire est chassé violemment hors de la cage d’escaliers. La situation n’est plus sous contrôle.

Tout se joue désormais entre Issa, un cocktail molotov en main et Stéphane qui le braque de son arme.

L’EXPLICATION

Les Misérables, c’est empêcher la troisième Guerre Mondiale.

Les militaires réfléchissent en permanence à la forme que prendra le conflit du futur. Après les tranchées (cf 1917), le terrorisme et les drones (cf Good Kill), nous pourrions être confrontés très prochainement à une guerre civile d’un nouveau genre – à laquelle nous ne sommes pas préparés. Une guerre menée par des enfants enragés, fatigués de trop de mauvais traitements et qui sauraient se montrer capables d’une violence aussi redoutable qu’inattendue.

Comment prévenir cette guerre?

Grâce à Victor Hugo qui fut un écrivain célèbre avant de devenir la station de métro la plus méconnue de tout la ligne 2. L’auteur des Misérables a écrit :

Mes amis, retenez ceci : il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes, il n’y a que de mauvais cultivateurs.

Il s’agissait pour le natif de Besançon de réfléchir sur la conséquence de nos actes, et se rappeler que chacun doit prendre ses responsabilités. Ce qui n’est plus le cas, notamment après des bavures policières (cf La Haine). Comme le reproche Salah aux forces de l’ordre :

C’est toujours pareil : c’est jamais votre faute.

Ceux qui doivent faire respecter l’ordre ne montre plus l’exemple (cf LA 92) et ne prend même plus la peine de se justifier. Chris met Ruiz au diapason dès son arrivée.

Jamais on s’excuse. On a toujours raison.

Victor Hugo voulait pourtant dire que sur le Titanic, nous sommes tous des capitaines en puissance. Il est de notre responsabilité collective d’empêcher que le bateau coule. Si nous sommes tous attentifs, nous pouvons éviter les icebergs. C’est à dire éviter de provoquer les ennuis, dans la mesure du possible. Si Issa, n’avait pas volé le lionceau, on n’en serait pas là. Et en même temps, si le père d’Issa ne le frappait pas à coups de savate, peut-être qu’Issa aurait moins envie de faire des bêtises – qu’on pourrait encore excuser du fait de son jeune âge. Issa devrait bénéficier de circonstances atténuantes. Au lieu de ça, il se retrouve au centre du tourbillon.

Nous pouvons désamorcer les bombes. Maintenir l’équilibre. Ramener le calme si nécessaire. Pour cela, la police doit garder la maitrise de ses armes, surtout lorsqu’elle est attaquée par des enfants. Elle ne doit pas non plus abuser de sa position dominante pour harceler des adolescentes à un arrêt de bus parce qu’elles ont eu le malheur de fumer un joint.

Vous avez pas le droit!

J’ai tous les droits. C’est l’état d’urgence. Je te mets un doigt dans le cul si je veux.

Ce n’est pas comme ça qu’on se fait respecter. Et ça ne fait qu’aggraver les choses.

Reconnaissons qu’il n’est pas facile de garder son calme dans la cité. Chris et Gwada se font insulter tous les jours et ont vu quelques horreurs. Et encore, ils ne font même pas partie du service de nuit.

Ici, faut être tout sauf timoré.

La tentation serait de se dire que tout est foutu. Ne reste plus qu’à céder à la colère et mettre le feu (cf Joker).

Peut-être qu’ils ont raison d’exprimer leur colère…

Ils l’ont fait en 2005 et regarde où on en est. (…) Aujourd’hui, il y a plus rien. (…) Et le pire c’est que tout le monde s’en fout.

Cela ne servirait à rien d’autres que de faire des victimes.

Chacun est capable de reprendre le dessus en faisant l’effort exceptionnel d’être plus malin que l’autre pour relever le niveau et éviter que la poudrière ne s’embrase.

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Pendant que les politiques sont trop occupés à faire de la récupération, celles et ceux qui sont encore sur le terrain peuvent encore réagir. La démission de ceux d’en haut provoquera une réponse venant d’en bas. Les adultes d’aujourd’hui façonnent ceux de demain. Ils ont le devoir de montrer que les flics ne sont pas tous ripoux (cf Serpico) et d’empêcher que l’on qualifie les jeunes issus des quartiers de racailles.

Comptons sur les uns et les autres pour redresser la barre. C’est un travail d’équipe. Pas besoin d’être parfait. On peut jouer mal et gagner quand même. La preuve : on a bien gagné la Coupe du Monde (cf les Bleus 2018).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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