SMOKE

SMOKE
Paul Auster, Wayne Wang, 1995

LE COMMENTAIRE

Tout le monde ne peut pas être Mère Teresa (cf Biutiful) ou Amélie Poulain. Et à la rigueur, tant mieux. Ça permet ainsi aux plus égoïstes d’entre nous de faire de bonnes actions sans le vouloir. C’est à dire de manière totalement désintéressée. Au final, on a une personne profondément mal à l’aise et l’autre personne absolument heureuse. Et tout le monde est content.

LE PITCH

Tribulations de New-Yorkais à Brooklyn.

LE RÉSUMÉ

1. Paul

Auggie (Harvey Keytel) tient une boutique de cigares. Il compte parmi ses clients l’écrivain Paul Benjamin (William Hurt) qui souffre de dépression depuis la mort de sa femme. Il vient se recharger en Schimmelpennincks de temps en temps. Ça lui donne l’occasion de partager ses anecdotes passionnantes.

Raleigh was the person who introduced tobacco in England. (…) Once, he made a bet with her that he could measure the weight of smoke.

You mean, weigh smoke?

Exactly. Weigh smoke.

You can’t do that. It’s like weighing air.

I admit it’s strange. Almost like weighing someone’s soul. But Sir Walter was a clever guy. First, he took an unsmoked cigar and put it on a balance and weighed it. Then he lit up and smoked the cigar, carefully tapping the ashes into the balance pan. When he was finished, he put the butt into the pan along with the ashes and weighed what was there. Then he subtracted that number from the original weight of the unsmoked cigar. The difference was the weight of the smoke.

Lorsqu’il sort de la boutique, il manque de se faire écraser. Un jeune homme lui sauve la vie. Confus, Paul propose de le dépanner. Rashid (Harold Perrineau) n’a nulle part où aller alors Paul offre de l’héberger pendant deux jours.

2. Rashid

Après ces deux jours et quelques dégâts de vaisselle, Rashid se fait congédier. Il retourne voir celui qu’il croit être son père. Un garagiste du nom de Cyrus Cole (Forest Whitaker). Rashid se fait passer pour Paul Benjamin.

Auggie montre sa collection de photos à Paul. Il a plus de 4,000 clichés de sa boutique pris chaque jour au même endroit et à la même heure. Chaque cliché est différent.

They’re all the same but each one is different from every other one. (…) The earth revolves around the sun, and every day the light from the sun hits the earth at a different angle.

En parlant de temps qui passe, son ex Ruby McNutt (Stockard Channing) réapparait après 18 ans d’absence pour lui demander de l’argent, soit disant pour sa fille Felicity (Ashley Judd).

3. Ruby

La rencontre entre Auggie et sa fille toxicomane tourne court. Quelques jours plus tard, il croise Paul qui fête l’anniversaire de Rashid dans un bar. Le romancier suggère à Auggie d’embaucher le jeune homme. Mauvaise idée puisque Rashid ruine des caisses de cigares en laissant le robinet couler. $5,000$ littéralement partis en fumée! Heureusement, Rashid a de quoi rembourser Auggie avec l’argent qu’il a dérobé à un dealer. Auggie le donne aussitôt à Ruby.

4. Cyrus

Rashid retourne voir son père et lui annonce qu’il s’appelle en réalité Thomas Jefferson Cole. Cyrus a du mal à digérer cette nouvelle.

Paul s’est remis de son bras cassé. Le dealer que Thomas avait volé lui a rendu une petite visite pour récupérer son argent envolé… Paul doit désormais écrire un compte pour le NY Times. Il est à court d’idée. Auggie lui souffle une belle histoire à propos de comment il s’est mis à la photo. Il a fait un jour la rencontre d’une vieille dame en rapportant le porte-feuille qu’un voleur avait laissé tomber sur le trottoir. Grand-mère Ethel était aveugle et a confondu Auggie avec son petit-fils. Ce dernier avait accepté de jouer la comédie, le temps de passer le réveillon de Noël avec l’octogénaire. Dans la salle de bains, Auggie avait remarqué de jolis appareils photos 35mm flambant neufs et s’était servi honteusement. Et puis il était parti. Un an plus tard, Ethel n’habitait plus à cette adresse. C’était certainement son dernier réveillon. C’était aussi les premiers appareils photos d’Auggie. Et Paul tient son compte de Noël. Tout le monde est content.

It was a nice thing you did for her.

I lied to her, and then I stole from her. I don’t see how you can call that a good deed.

You made her happy. And the camera was stolen anyway. It’s not as if the person you took it from really owned it.

Anything for art, eh, Paul?

I wouldn’t say that. But at least you’ve put the camera to good use.

And now you’ve got your Christmas story, don’t you?

smoke3

L’EXPLICATION

Smoke, c’est chacun voit midi à sa porte.

Sans sombrer dans les théories déterministes les plus obscures, force est de reconnaître que la naissance conditionne pas mal de choses. Ceux qui sont nés noirs dans un quartier sensible de St Loup sur Semouse n’ont forcément pas les mêmes chances au tirage que ceux qui sont nés blancs dans une famille aisée du centre de Paris. Il serait hypocrite, ou Républicain, que de prétendre le contraire. Des adolescents doivent se battre pour ne pas se faire violer (cf Black) tandis que d’autres peuvent prendre le temps de flâner dans la maison de campagne de leurs parents dans le Nord de l’Italie (cf Call me by your name). Et bizarrement ils n’ont pas la même couleur de peau ou la même origine sociale.

Paul et son ami Auggie ont justement le temps d’apprécier la vie à la façon d’un cigare cubain ou d’un bon verre de Merlot (cf Sideways).

Auggie est un homme qui a pris des photos de sa boutique, au même endroit et à la même heure, quotidiennement, pendant plus de dix ans (!) pour capturer les jours qui passent. Il ne fait pas que tenir un tabac, il fait de l’art. Cet homme a un point de vue sur le temps : il faut ralentir.

You’ll never get it if you don’t slow down.

Auggie est quelqu’un d’absolument quelconque, contrairement au célèbre Paul. Et pourtant il est spécial. Il parvient à vivre dans le présent (cf Dead Poets Society).

No time like the present, man.

C’est quelqu’un qui sait ce que c’est que de souffrir.

Living is a lot worse than death.

Voilà un homme à qui il est arrivé de nombreuses bricoles. L’amour de sa vie a disparu un beau jour puis refait surface des années plus tard pour réclamer une pension alimentaire à propos d’une fille qui ne serait peut-être pas la sienne. Et Auggie reste philosophe. Chapeau!

If it happens it happens. If it doesn’t it doesn’t. You understand what I’m sayin’? You never know what’s gonna happen next. And the moment you think you do, that’s the moment you don’t know a goddamn thing. This is what we call a paradox. Are ya following me?

Il saisit les moindres détails d’une vie banale pour y apporter de la beauté. Il fait naître de l’intérêt là où il n’y en a pas. C’est tellement magnifique qu’on a envie de s’en extasier comme le fait Jean-Louis Duroc (cf Un homme et une femme). Auggie sert son histoire avec un remarquable talent de conteur. Bravo!!

Bullshit is a real talent Auggie. To make up a good story you have to know how to push all the right buttons. I’d say you were up there with all the masters.

Voilà la trace qu’il laissera, grâce à Paul qui lui pique cette belle histoire car il ne serait pas capable de l’écrire tout seul. Auggie n’est pas amer. Formidable!!!

If you can’t share your secrets with your friends then what kind of friend are you?

Chacun a sa place. Les gens se croisent et les destins se mêlent (cf Babel). Les histoires naissent puis se referment. Ainsi va la vie et chacun en profite à sa manière. Certains ne savent vibrer que l’espace de 90min (cf Les Bleus 2018), d’autres ont besoin de l’adrenaline du champ de bataille (cf JarheadDémineur), d’autres enfin aiment enregistrer des silences. Certains profitent des occasions que la vie leur donne pour se plaindre des injustices répétées dont ils seraient victimes. D’autres préfèrent utiliser chaque minute pour contempler le miracle de la vie (cf The Tree of Life).

Du moment que tout le monde est content…

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Un commentaire

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.