GRAND CENTRAL

GRAND CENTRAL

Rebecca Zlotowski, 2013

LE COMMENTAIRE

Les hommes, c’est comme la loterie. Pas au sens de 100% des gagnants ont tenté leur chance. Plutôt au sens d’une combinaison gagnante parmi des millions. En tout cas, ceux qui en valent la peine ne sont pas pléthore. Sur cinq hommes, quatre sont résignés et regardent le sol. Un seul rêveur regarde encore le ciel.

LE PITCH

Un jeune homme prend des risques au quotidien.

LE RÉSUMÉ

Gary (Tahar Rahim) rejoint ses potes Tchérno (Johan Libéreau) et Isaac (Nahuel Pérez Biscayart) dans le sud de la France pour aller travailler dans une centrale nucléaire. Il n’a pas de formation. Apparemment, ça ne semble pas poser de problème pour le genre de travail qu’il s’apprête à faire.

En fait, j’ai fait que le 1er trimestre du CAP.

Ça ira…

C’est un métier dangereux qui rémunère. Encore que la fonction de Gary paie moins que celle qu’occupent des techniciens diplômés.

Y’a deux parkings parce qu’il y’a deux status. Y’a EDF les artistos et nous les galériens.

Sur le site de Tricastin, Gary se fait remarquer par Gilles (Olivier Gourmet) en faisant du rodéo dans un bar. C’est par son intermédiaire qu’il rencontre Géraldine (Camille Lellouche), Toni (Denis Ménochet) et surtout Karole (Léa Seydoux) qui lui tape dans l’oeil bien qu’elle soit la copine de Toni.

Gilles prend Gary et ses potes dans son équipe. La formation de Gary s’accélère et il rentre dans la centrale. Les premiers salaires tombent. À chaque sortie, Gary reçoit également une dose de radiation. La ‘dose’ qu’il note religieusement dans son petit carnet de santé. La médecine du travail (Nozha Khouadra) ne rigole pas avec ça. Gilles non plus.

Le temps c’est de la dose.

Karole travaille à la centrale. Lorsque son regard croise à nouveau celui de Gary, elle fait beaucoup moins la fière. Tous les deux couchent ensemble et tombent amoureux. Ils se cachent pour se voir, ce qui ne passe pas inaperçu. Toni a bien compris ce qui se passe.

Lors d’une sortie à la centrale, Toni manque de s’asphyxier après une mauvaise manipulation. Gary lui sauve la vie en se prenant au passage une bonne dose de ‘dose’.

Il commence à trafiquer ses relevés, planque son dosimètre pour pouvoir continuer de travailler. Quant à ses copains, ils volent du matériel qu’ils revendent aux gitans.

La relation de Gary et Karole s’accélèrent quand celle-ci tombent enceinte. L’alerte est donnée à la centrale. Quatre sonneries : un exercice. Les incidents se multiplient. Géraldine prend une dose fatale. Gary renverse un fut de déchets radioactifs sur Gilles, ce qui le pousse à prendre la décision de s’arrêter.

J’peux plus j’arrête. (…) C’est terminé, je peux pas.

Karole est obligée de dire à son compagnon qu’elle est enceinte. Toni est stérile, sûrement à cause du travail. Il lui propose néanmoins de se marier.

Ça s’arrête pas comme ça.

Quand Gary l’apprend, il a l’impression de mourir. Le soir du mariage, il confronte Toni et se fait passer à tabac. Le jeune retourne à la centrale, au mépris de l’interdiction de la médecine du travail. À proximité du coeur du réacteur, il finit même par perdre connaissance.

Il a fini. À sa sortie, Karole l’attend. Il s’enfuit. Elle lui court après. L’alerte retentit à nouveau. Sept sonneries.

Sept… sept c’est grave.

L’EXPLICATION

Grand Central, c’est l’amour qui irradie.

La centrale nucléaire produit de l’énergie, apporte de la lumière dans nos cuisines et fait rouler les voitures sur les autoroutes du soleil (cf Camping). Elle est comme un coeur qui bat. La ‘dose’ c’est l’amour, comme l’explique Karole.

Tu vois, t’as tout eu là : la peur, la tête qui tourne, la vue qui se brouille, les jambes qui tremblent… ça fait ça la dose.

L’amour n’est pas sans risque puisque chaque jour, les personnes qui travaillent à la centrale sont exposés à des radiations. Cet endroit produit des déchets que personne ne sait recycler (cf Into Eternity).

On en a donc besoin pour vivre et elle nous tue, ce que la plupart d’entre nous refuse d’admettre. La centrale est à la hauteur de notre hypocrisie.

Tu fais semblant de pas voir comme tout le monde, mais tout le monde voit. (…) T’es con ou t’es aveugle??

C’est ainsi que chaque jour, nous nous croisons dans la vie comme dans cette centrale, exposés au désir, pire que dans l’enfer d’un dancing (cf Mektoub my love). Chaque jour, on ressent cette énergie au prix d’un peu de contamination. Le lendemain, on y retourne quoi qu’il arrive.

Faut être fort.

Face à l’amour, nous sommes tous ignorants et faibles. Nous n’avons aucun diplôme qui nous y prépare. On dort dans des caravanes. Les protections en plastique ne servent pas à grand chose. C’est une bataille quotidienne, ingrate, contre des sentiments qui nous ravagent.

C’est un combat invisible contre la dose.

Gilles a perdu sa guerre : sa femme l’a quitté et il ne voit plus ses filles. Alors il décroche, au bout du rouleau.

Toi à ton âge c’est l’amour qui fatigue. Le mien c’est tout, tout court.

Tcherno et Isaac croient tromper l’amour. Ils volent du matériel et trichent, ce qui ne les mène nulle part. Ce sont des petits joueurs en quelque sorte.

Gary de son côté joue pleinement le jeu. Il veut encore y croire et se frotte très fort sous sa douche. Il crache même du sang, incapable d’oublie Karole. Pas facile quand on la voit tous les jours…

Karole le provoque en l’embrasant devant tout le monde, sans complexe. Puis elle se fait discrète et mystérieuse. À jamais inacessible.

Si je te dis la vérité tu vas pas me croire. Et si je te mens ça va pas te plaire.

Gary en est fou. Sa passion le dévore de l’intérieure. Tellement qu’il n’arrive plus à noter les bons numéros dans son calepin. Conscient du danger et à la fois tellement incapable de lui résister. Elle lui court après alors qu’il s’en échappe. Lorsque Karole le rattrape, on peut imaginer qu’il est véritablement en danger.

L’enfant est en cours. Les diplômes manquent toujours. Le cancer le guette. Mais l’amour atomique le porte.

Il est peut-être temps de voter pour les écologistes.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

7 commentaires

    • Merci Prince. Vous appréciez l’explication malgré tout puisque vous l’avez likée?

      • J’apprécie toujours l’argument lorsqu’il est bien développé et solidement bâti. Ce qui est largement le cas de l’ensemble de vos articles.

      • Merci pour ce commentaire. Et malgré tout ce regard sur Grand Central ne vous a pas donné envie de le revoir.
        Ce n’est peut-être pas la vocation.
        Quel est votre regard sur Grand Central?

      • J’avais publié un texte à l’époque sur mon précédent blog, dans lequel, de mémoire, J’evoquais l’aspect factice de la situation, pas vraiment convaincu par le scénario. Je la republierai à l’occasion, mais pour cela il faudra que je revoie le film et qui sait, que je retouche mes impressions.

      • La métaphore de la centrale ne vous a donc pas emballé…

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