KAAMELOTT : PREMIER VOLET

KAAMELOTT : PREMIER VOLET

Alexandre Astier, 2021

LE COMMENTAIRE

Tout le monde s’accorde à dire que rester au sommet est plus dur encore que d’y accéder. S’inscrire dans le temps, une fois passé l’excitation de la conquête. Les Rois savent qu’ils ne le sont vraiment qu’un jour. Retrouver l’énergie de remonter sur le trône est sans doute encore plus compliqué.

LE PITCH

Le Roi Arthur reprend du service.

LE RÉSUMÉ

Le lugubre Lancelot-du-Lac (Thomas Cousseau) règne d’une main de fer sur Kaamelott avec son état-major composé de Loth (François Rollin), Dagonet (Antoine de Caunes), du Père Blaise (Jean-Robert Lombard) et du Jurisconsulte (Christian Clavier). Le peuple étouffe sous les taxes et malgré tout, le royaume est aux abois. Les caisses sont vides.

On peut plus rien se payer du tout!

En cédant l’île de Thanet à Horsa (Sting), un mercenaire Saxon, Lancelot offense cependant les Dieux qui vont mettre Alzagar (Guillaume Gallienne) sur la piste de Arthur (Alexandre Astier).

Tout le monde se réjouit du retour aux affaires d’Arthur, y compris le Duc d’Aquitaine (Alain Chabat). Néanmoins, Arthur ne semble pas décidé et souhaite qu’on le conduise vers l’Est plutôt que vers le Nord. Le voyage lui donne l’occasion de se rappeler ses jeunes années dans les garnisons Romaines, ainsi que son amour d’enfance pour Shedda (Océane Slim).

Pendant ce temps en Bretagne, Perceval (Franck Pitiot), Karadoc (Jean-Christophe Hembert) et Kadoc (Brice Fournier) mènent une résistance souterraine (cf Underground). Les paysans commencent lentement à se révolter mais sont cruellement désorganisés.

Arthur est fait prisonnier par les hommes de Lancelot puis libéré grâce à l’intervention de Merlin (Jacques Chambon). Il retrouve Guenièvre (Anne Girouard). Bien qu’il retire Excalibur, on sent Arthur en demi-teinte.

Je m’en tape, je me tape de tout…

Son épée cesse d’ailleurs étrangement de rayonner.

Finalement, il retrouve un second souffle pour coordonner les troupes Burgondes et faire le siège du chateau de Kaamelott. Arthur épargne Lancelot qui prend la fuite.

Vous êtes un incapable!

Retour à la case départ. La vie reprend son cours. Horsa négocie une place à la table ronde.

La quête du Graal, on commence quand?

Le Royaume de Logres retrouve des couleurs petit à petit. Néanmoins le danger rode toujours. Méléagant (Carlo Brandt) est de retour…

L’EXPLICATION

Kaamelott : Premier Volet, c’est triompher sans gloire.

En France, on n’a pas le pétrole mais on a les idées. De ce point de vue, on peut dire que Kaamelott n’a pas l’argent mais a le prestige comme le fait judicieusement remarquer le père Blaise. Ce qui rappelle une nouvelle fois que dans la société contemporaine, on a tendance à tout confondre. En effet, on se concentre davantage sur les moyens : le pétrole ou l’argent. Plutôt que sur les valeurs (cf Des Hommes d’honneur) comme la créativité ou la noblesse. À croire que tout s’est déjà effondré.

Aujourd’hui, la pensée pragmatique est devenue dominante. On réfléchit à très court terme. Les temps longs ont disparu. Sans surprise, nous prenons des décisions sur des bases purement opportunistes car il est important de profiter de l’instant (cf Scarface). Fini les deux coups d’avance aux échecs. Désormais c’est un jour après l’autre, au service de ses propres intérêts. Certes, les femmes et les hommes songent toujours à écrire l’Histoire mais pour leurs petits nombrils plutôt qu’en se concentrant sur leurs grandes réalisations.

Tout cela nous a conduit à un état de médiocrité (cf Idiocracy). Nous avons mis de côté nos grands principes parmi lesquels l’esprit chevaleresque (cf Fast and Furious), ainsi qu’un goût certain pour le risque et le sens du sacrifice. On joue petit bras, se satisfaisant de peu. Les conversations philosophiques ont laissé la place à des discussions triviales au point que Quatro (Clovis Cornillac) doit sévèrement recadrer ses hommes.

Y aurait moyen de réduire la voilure sur la connerie?!

On ne fait plus d’effort. La recherche de la simplicité s’est faite au détriment de la subtilité. Les clichés deviennent la clé de voute de toute absence de réflexion. La pensée prend des allures de flatulence.

Votre mari, ce qui lui manque pour être parfaitement lui-même, c’est des nichons.

Logiquement, les grands monuments d’antan finissent par perdre de leur lustre (cf Grand Budapest Hotel). Les meubles prennent la poussière. Le mythe est écorné.

Regardez notre table ronde : elle est pitoyable.

Arthur est celui qui peut changer tout cela car il a été choisi par le Divin. C’est à dire qu’il est l’élu (cf Matrix), celui qui n’est pas comme les autres. Sa mission n’est pas que de reprendre le pouvoir. Il s’agit pour lui d’y ajouter la manière.

Malheureusement Arthur ne répond pas au rendez-vous. Tout le monde le réclame. Il se fait désirer, ce qui finit forcément par agacer un petit peu ses fans qui s’impatientent à l’image du duc d’Aquitaine.

Maintenant si vous le sentez pas, vous le sentez pas…

Arthur génère beaucoup d’attentes malgré lui et donc il peut énormément décevoir. Son problème est qu’il ne prend pas complètement ses responsabilités. Son esprit est torturé. S’il redevient le Roi, cela se fait de façon poussive. Alors que ses sujets attendent de lui qu’il donne une direction claire et inspirante, Arthur parait clairement largué.

J’avoue que je saisis pas tout.

Hanté par les souvenirs du passé. Ne parvenant pas à se projeter vers le futur. Incapable, comme le qualifie Lancelot, de faire le lien entre ses deux temporalités. Arthur prend les mauvaises décisions. Quand Guenièvre émet le souhait de retourner au chateau pour récupérer la couronne de fleurs qu’elle a oublié, dans le but de protéger son mari, Arthur cherche à l’en dissuader. Le monde à l’envers!

Si vous m’avez libérée pour m’interdire d’aller où je veux…

Arthur a l’étoffe d’un cascadeur. À la place de quoi, il donne plutôt l’impression d’être un courtier en assurance. Il bande mou pour ainsi dire. Son épée devrait briller de milles feux. Au lieu de quoi, elle s’éteint.

On dirait qu’il est tiré vers le bas par son environnement alors qu’il a précisément le devoir d’élever son Royaume vers le haut (cf Braveheart). Son état d’esprit va cascader sur la base.

Il reprend la gouvernance à Lancelot, dans la douleur. Pourtant vainqueur, le chateau s’écroule et il attend d’être enseveli dans les décombres. Il se laisse aller! On doute de son envie et sa motivation. Arthur ne semble pas concerné. Malheureusement à triompher sans gloire, on ne fait pas le job. Arthur autorisé la facilité. Pire il donne un piètre exemple et continue d’être exposé à la menace extérieure. Voilà ce qui se passe lorsqu’on dessert un peu trop sa ceinture.

Les anti-héros nous ont permis de relâcher la pression. C’était très bien. Désormais, la situation exige à nouveau de véritables figures héroïques.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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