CHOOSE OR DIE

CHOOSE OR DIE

Toby Meakins, 2022

LE COMMENTAIRE

Le metavers va bientôt permettre de se créer de nouvelles identités dans des univers parallèles (cf Ready Player One). Comme si nous avions attendu les mondes virtuels pour laisser éclater notre besoin de dédoublement de personnalité à travers à des avatars ou autres anagrammes. Nous avons toujours été, et serons toujours, des collages d’individus.

LE PITCH

Un jeu vidéo frappe celles et ceux qui l’utilisent d’une terrible malédiction (cf Ring).

LE RÉSUMÉ

Hal (Eddie Marsan), un gamer sur le retour nostalgique des années 80, reçoit une copie de CURS>R. Le gameplay est assez simple : mis en situation, les joueurs et joueuses doivent choisir entre deux options. Détail : la décision impacte la réalité. Les choix de Hal blessent atrocement son fils (Pete MacHale) et sa femme (Kate fleetwood).

C’est au tour de Kayla (Iola Evans) de découvrir une copie de CURS>R qui traine chez son ami Isaac (Asa Butterfield), assorti d’un message du légendaire Robert Englund. Alors qu’elle se trouve dans un café, l’aventure de Kayla commence (cf The Game).

The game took control.

Chacun de ses choix s’impose à la serveuse (Ioanna Kimbook) qui se tue en avalant des morceaux de verre.

Le jeu contraint Kayla à envoyer sa mère (Angela Griffin) à l’hôpital après qu’elle se soit passée par la fenêtre. Puis Kayla doit affronter le fantôme de son frère (Kaylenn Aires Fonseca) mort noyé.

Elle retrouve Beck (Joe Bolland), le fondateur de ce jeu de malheur. Isaac est le grand perdant du niveau suivant.

La jeune femme doit affronter seule le boss de fin, comme dans tout jeu qui se respecte. Il s’agit de Hal. Les règles sont tordues puisque la violence infligée à soi-même se retourne contre son adversaire. Après avoir subi de sévères mutilations, Kayla se jette dans la piscine pour noyer Hal.

Kayla a gagné le jeu. Elle peut désormais lancer une malédiction à son tour sur la victime de son choix. Ce sera Lance (Ryan Gage), le propriétaire / dealer de sa mère. Sa souffrance permet à Kayla et sa mère de guérir. C’est le principe. Un prêté pour un rendu.

One life sacrificed, so another one can be saved.

Beck est impatient de savoir qui seront les prochains sur la liste de Kayla…

Only people who deserve it.

L’EXPLICATION

Choose or Die, c’est la négation de l’abstention.

Les pères de la pensée existentialiste comme Søren Kierkegaard défendent le choix fondateur. La pilule rouge ou la pilule bleue (cf Matrix). Tout est affaire de choix, comme en parlait Pierre Desproges dans son sketch sur la résistance ou la collaboration.

Pour les existentialistes, l’abstention est tout simplement impensable. Le non-choix relève encore du choix. Par exemple, l’âne de Buridan fait le choix de ne pas choisir – et s’en mord les doigts qu’il n’a pas.

Des extrémistes tels que Sartre sont même allés plus loin dans le délire en affirmant qu’on était responsable de tout, tout le temps. Ce qui nous arrive est toujours de notre propre fait, en bien comme en mal. Déterminisme zéro (cf Lawrence d’Arabie). Nous sommes responsables de tout – mais coupables de rien (cf Le Procès)?

Il est de fait que le choix s’impose à nous, alors qu’on n’a souvent rien demandé. Hal se serait bien refait une petite partie de Dungeon Master lorsqu’il a été interrompu par CURS>R. Idem pour Kayla qui n’aspirait qu’à prendre son café avant de devoir trucider la serveuse.

Faire un choix n’est jamais simple car il s’agit d’apprendre à renoncer. À chaque fois, l’impression de passer à côté de quelque chose. De peut-être avoir donné la mauvaise réponse sans le savoir, car on ne peut pas revenir en arrière. Kayla se voit offrir la possibilité de sauver son pseudo frère qu’elle sait mort, ou son ami Isaac qui est bien vivant. Autant dire qu’elle ne se décide pas de gaité de coeur!

The reality is cursed.

Celles et ceux qui ont décidé de prendre leurs responsabilités face au choix savent bien qu’on se retrouve coincé entre le marteau et l’enclume. La peste et le choléra. Parce que survivre nécessite parfois d’opter pour le moins pire (cf The Batman).

We’ll survive.

La personne qui fait un choix sait pertinemment qu’il va avoir des conséquences pour son environnement, parfois catastrophiques. Des gens nous maudissent. Malgré tout, il faut se décider car il n’y a rien de pire que l’immobilisme (cf Le Pice de Dante). C’est toute la violence du choix.

Il faut même parfois choisir contre soi-même dans le but de se préserver. Pour vaincre le boss de fin, Kayla doit accepter d’aller contre sa volonté en se jetant de son plein gré dans la piscine. Elle se noie alors que son frère s’est noyé. Obligée de vivre son traumatisme.

Quand on a compris que tout le monde souffre, autant se faire une raison. Apprendre à aimer la vie et l’aimer même si le temps est assassin et emmène avec lui le rire des enfants. Prendre plaisir à cette petite perversité.

The more the cursed suffer, the more the curser benefits.

Kayla est-elle vraiment si maudite? Elle qui végétait dans son emploi de technicienne de surface (cf Ouistreham). Au moins sa vie s’est accélérée. Kayla a eu les manettes. Aurait-elle préféré laisser à Dieu le soin de choisir pour elle?

Quand on analyse la situation à tête reposée, on réalise que Kayla a tout gagné. Désormais elle a le privilège d’infliger la douleur à celles et ceux qu’elle souhaite – en faisant mine de garder un semblant de sens éthique. La chance unique de pouvoir se faire justice, sans devoir se justifier.

Mieux : elle s’est débarrassée de ses vieux démons, notamment ce frère qui n’arrêtait pas de boire la tasse. Sa mère s’est libérée de Lance. Elle a fait la rencontre de Beck, le créateur, celui qui tire les ficelles.

À travers cette expérience exceptionnelle, elle vient d’apprendre la vie : si on choisit mal, on peut mourir. Alors que si l’on refuse de choisir, on meurt à tous les coups. Voilà les règles macabres d’un jeu qu’on ne peut pas ne pas jouer.

« A voté! »

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

2 commentaires

  • On se pose encore pleins de questions .
    Pourquoi beck utilise les mots d’Issac sur son futur jeu? Et kayla est l’héroïne finale comme le jeu qu’issac imagine ?
    Pourquoi à la fin beck semble être dans les locaux ou kayla fait le ménage?
    Il y a trop d’interrogations ça laisse sur notre fin

    • Merci Ri oul, un détail peut vous donner un angle intéressant. Vous pouvez prendre une question après l’autre.

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