EXTINCTION OF THE SPECIES

EXTINCTION OF THE SPECIES

Matthew Porterfeld, Nicolasa Ruiz, 2023

LE COMMENTAIRE

Dans une salle de classe, on peut déjà avoir l’illusion d’être entouré·e par les autres alors qu’en fait on est seul·e face à sa feuille d’examen. Puisqu’on est seul·e et que l’on pourrait aussi bien être dans un café, autant faire des dessins. Qu’est-ce que cela pourrait bien changer à la fin ?

LE PITCH

Seule dans une mégalopole, une femme trouve une compagne de galère.

LE RÉSUMÉ

Une jeune Mexicaine (Karen Furlong) issue du nord du pays se réveille désorientée dans son appartement de Mexico City. Elle prend un café et écoute un morceau de rock pour se réveiller.

Enfermé chez moi, je me fiche de tout, je n’ai plus besoin de personne (…), je suis enfin autosuffisant, (…) je regarde dans le miroir et je me sens bien, (…) je pense qu’à moi tout le temps.

Elle sort pour aller demander des formulaires d’embauche.

Puis elle prend une série de photos d’identité, faisant plusieurs fois de belles grimaces avant de prendre la pose.

Dans un café, elle lit à voix haute un passage de son livre pour attirer l’attention d’une autre jeune femme (Maria José Cruz).

… Cela pourrait même compliquer la discussion en avançant une hypothèse tout à fait imprudente: que la littérature et l’art en général seraient intrinsèquement féminins. Ne sont-ils pas nés de l’intimité avec la nuit, avec le corps, la mort, le désir, le sommeil ou la folie ? Que des éléments ayant toujours été associés aux principes de la féminité.

En partant, l’autre jeune femme lui donne son dessin : une main.

Dans Mexico City, elle se promène avant de s’arrêter devant une aire de fitness où les garçons se font les muscles. Elle remarque l’un d’entre eux (Fernando Hilerio) puis le suit. Il va récupérer une commande à livrer.

Elle s’introduit dans la maison et marche le long d’un couloir d’où elle entend une femme (Nathalia Acevedo) parler aux esprits.

Il y a 102 ans nous étions à Amoray, dans les Andes, 2600m d’altitude. Le ciel était dégagé. Dans cette valée étroite qui s’étendait du sud au nord, je me souviens d’avoir contemplé la comète de Halley avec sa magnifique queue géante qui couvrait l’horizon. Je me souviens que tu m’as réveillée et sortie du lit. À moitié endormie je t’ai demandé : Où sommes-nous? Et tu m’as répondu : Je crois que nous sommes au Ciel.

Son discours évoque la fin du monde (cf Melancholia, Deep Impact, Don’t look up).

Je me souviens à quel point nous étions effrayés. Nous pensions que la comète allait détruire la Terre. Qu’une extinction de masse allait avoir lieu.

Elle s’approche de cette femme pour parler avec elle et poser les questions qui fâchent.

Qui veut la vie éternelle ? (cf Dracula, Entretien avec un Vampire)

Ma grand-mère est morte en attendant l’apocalypse. Elle croyait qu’elle allait faire partie des élus. Elle s’imaginait assise aux côtés de Dieu. Voir tout brûler.

Toutes les deux se mettent à danser ensemble, en attendant.

L’EXPLICATION

The Exctinction of the Species, c’est danser avec la bonne personne.

La mort guette. Tout le monde va y avoir droit, sans exception. De fait on vit en faisant mine de l’ignorer. Cette jeune mexicaine fait partie d’une génération que la mort ne concerne pas. Pour elle, la mort est un truc de grand-parents. L’actualité lui rappelle cependant que la mort peut frapper n’importe qui sans crier gare.

Aujourd’hui, j’ai vu aux infos qu’une rivière avait emporté un pont historique au Pakistan.

Face à l’extinction de l’espèce, que faire ? Se dire qu’on aura la chance d’assister à l’apocalypse (cf Armageddon) ? Peut-être la malchance de faire partie des survivant·es (cf La Route) ? Écouter du rock pour calmer ses angoisses ? Aller à la gym pour soulever de la fonte ? Lire des livres ?

Pierre Desproges a écrit un guide intitulé Vivons heureux avant la mort. On connait l’importance du rire pour l’auteur. C’est pourquoi il s’est permis de préciser que l’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. En effet, mieux vaut rire d’Auschwitz avec un Juif que de jouer au Scrabble avec Klaus Barbie.

Sa maxime semble résonner encore plus fort aujourd’hui. Elle met en lumière l’importance d’autrui pour profiter un minimum de la vie pendant qu’on le peut, ou plutôt qu’on le doit (cf Mar Adentro). Si l’on meurt seul·e (cf Dead Man), on vit ensemble. Et comme le disait Jean d’Ormesson, vouloir être heureux seul·e est une folie.

Besoin de l’autre pour connaitre le bonheur donc, mais pas n’importe qui justement. On n’est d’ailleurs pas forcément plus heureux dans la foule, à l’image de cette jeune femme perdue dans Mexico City. Il s’agit de trouver la personne avec laquelle il sera possible de se comprendre intimement. En tout cas suffisamment pour pouvoir partager du bon temps.

Qu’il est difficile de trouver cette personne…

Tout d’abord parce qu’on est trop nombreux sur terre. Trop d’options. On s’observe, on se juge beaucoup, on se teste et on se déçoit souvent (cf Newness). Avec le temps qui passe, les mauvaises rencontres refroidissent (cf Taken) et on l’on finit par se résigner à vivre seul·e.

Car le temps passe. Le temps est compté. La jeune femme sent la pression du compte à rebours sur ses épaules.

Il n’y a pas assez de temps, il n’y en a jamais assez.

C’est peut-être ce qui va la conduire vers cette inconnue. Au bout du couloir, on trouve pourtant la personne que l’on cherche – en cherchant bien. Une femme qui soit capable de faire preuve d’un peu plus de spiritualité que les autres.

Tu ne vois pas tout…

Avec laquelle il est possible d’avoir une discussion décousue, sans perdre le sens. Une femme d’expérience, qui sait de quoi elle parle.

Il y a déjà eu tant de fins du monde…

Cette inconnue ne cherche pas à faire la leçon. Bien au contraire, elle est consciente de l’éventualité de la mort, ce qui lui permet de mieux affirmer son inquiétude.

Désormais, mourir c’est la maison. (…) Cette maison me fait peur.

Heureusement que l’espèce s’éteint. Cela apporte un peu de drame à l’existence et au moins on peut faire de belles rencontres. La jeune femme s’accorde avec cette inconnue. Elle l’emmène dans une ronde qui leur fait perdre le sens des priorités, et des angoisses.

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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