LA ROUTE

LA ROUTE

John Hillcoat, 2009

LE COMMENTAIRE

Crise environnementale, économique, sociale, humaine, identitaire, morale, démocratique… Aujourd’hui, nous contemplons les flammes avec impuissance. Lorsque la civilisation aura fini de brûler, alors il ne sera plus temps de désigner des coupables ou regretter les soirées entre amis. Chacun devra se prendre en main pour tracer sa propre route.

LE PITCH

Un père et son fils se dirigent vers la côte.

LE RÉSUMÉ

Dans un monde post-apocalyptique, un père (Viggo Mortensen) et son fils (Kodi Smith-McPhee) tentent de rejoindre la côte où les températures leur seront sans doute plus favorables.

Everything depends on reaching the coast.

La maman (Charlize Theron) a quitté la maison de manière suicidaire, laissant les deux hommes face à leur sort. Ils marchent donc en direction du Sud, en prenant soin d’éviter les gangs de cannibales.

Ils trouvent une réserve de nourriture qui prolonge leur espérance de vie. Alors qu’ils traversent une ville fantôme, le père prend une flèche dans la jambe. Sérieusement handicapé, sous-alimenté et en absence d’antibiotiques, il finit par s’échouer sur la plage. Avant de mourir, il rappelle à son fils de ne surtout jamais faire confiance à qui que ce soit, sous aucun prétexte.

Son père aussitôt décédé, le petit garçon tombe nez à nez sur une famille qui lui propose de l’adopter.

I’m so glad to see you. We were following you. Did you know that? We saw you with your papa. We’re so lucky. We were so worried about you, and now we don’t have to worry about a thing. How does that sound? Is that okay?

Tout est bien qui finit certainement trop bien pour être vrai.

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L’EXPLICATION

La Route, c’est le chemin sans la destination.

La vie a-t-elle jamais eu un autre sens que celui qu’on lui donne?

En l’occurrence, le monde est en train de mourir. En tout cas, c’est ce qu’affirment les théoriciens de la collapsologie. Entre des températures de plus en plus capricieuses, des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes (cf Le jour d’après), des guerres civiles (cf Un pays qui se tient sage), sans parler des virus (cf Contagion)… il n’y a pas de quoi être optimiste. Comme l’explique Noam Chomsky, ce qui distingue la situation économique actuelle de la Grande Dépression, c’est qu’à l’époque on savait que les lendemains seraient meilleurs. Alors qu’aujourd’hui les lendemains déchantent. Il n’y a pas d’éclaircie ou de lumière au bout du tunnel (cf Daylight). Ambiance!

Le sens de la vie devient donc la survie.

Dans cette morosité, la seule chose à faire est encore d’essayer d’avancer, si possible vers le Sud. Difficile de ne pas avoir une petite pensée émue pour nos amis les migrants qui se trompent clairement de direction en essayant de rejoindre Calais (cf Welcome), plutôt que la Costa del Sol (cf Le Poséidon).

Au milieu de ce néant, le sens tel que nous le connaissions a disparu. Finies nos petites habitudes d’apéro en terrasse, de weekend en famille dans le Perche, de vacances avec les copains dans le Sud Ouest (cf Les Petits Mouchoirs). Il n’y a plus de convention :

You a doctor?

I’m not anything.

Le monde est réduit à sa plus sauvage expression. Le chaos (cf Joker). Tout a brûlé. Pour éviter de perdre complètement les pédales, le père insiste auprès de son fils pour qu’il garde un sens éthique. Le père se bat pour préserver ce qui reste de l’humanité. Il en est réduit à une rhétorique simpliste faite de gentils d’un côté et de méchants de l’autre. C’est binaire, mais malheureusement nécessaire.

We have to watch out for the bad guys.

Alors qu’en réalité, si on y réfléchit deux minutes, les gentils et les méchants ont été remplacés par des gens qui essaient simplement de garder la tête en dehors de l’eau, d’une manière ou d’une autre. La société telle que nous la connaissons n’existe plus. Dans ces conditions, les cannibales ne sont rien d’autres que des pragmatiques.

Le père essaie néanmoins de lutter contre l’anarchie en se battant pour le respect des bonnes manières, même si elles ne sont plus vraiment pertinentes. Il veut se faire le défenseur du sens, qui peut encore nous sauver d’un retour à la barbarie. Il veut croire que ses efforts en vaudront la peine. Le père essaie donc de transmettre quelque chose à son fils dans un monde à l’agonie. Cela fait sens.

Malheureusement, le garçon n’écoute rien des leçons de son paternel. Pire de que de ne pas poursuivre son œuvre, il gâche l’héritage à la première occasion. En même temps, vu le monde pourri que le père laisse à son fils, peut-on lui faire le moindre reproche?

Le père a pourtant fait son boulot. En montrant le chemin. Portant la flamme de Jeux Olympiques disparus.

You have to keep carrying the fire.

Parce que son fils est très premier degré, le père a du aussi l’initier à l’art subtil de la métaphore.

What fire?

The fire inside you.

Le feu est ce qui a permis aux hommes pré-historiques de sortir de leur condition d’hommes des cavernes. Ce dont rêvent les Robinsons de Koh-Lanta (cf Cast Away). La foi que l’homme doit garder au plus profond de lui-même, en toute circonstance et encore plus quand il est au creux de la vague (cf The lost city of Z). L’abandon n’est pas une option.

We have to. We will survive this. We are not gonna quit. We’re not gonna quit.

L’homme tient la route parce qu’il sait que la vie n’est pas de la rigolade. Il n’est pas sur terre pour autre chose que continuer à avancer.

I told the boy when you dream about bad things happening, it means you’re still fighting and you’re still alive. It’s when you start to dream about good things that you should start to worry.

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Les hommes sont comme les roseaux, ils plient mais ne rompent pas. Tandis que les femmes prennent leurs jambes à leur cou. Elles nous mettent au monde (cf Mother!) puis se sauvent dès que les affaires se compliquent (cf Demain Tout Commence). Les femmes ne savent pas s’éclipser discrètement.

I should just go ahead and empty every goddamn bullet into my brain and leave you with nothing.

On ne sait pas quelle mouche a piqué la mère. Pourquoi tant de drame? Il fait gris, il n’y a plus d’eau chaude peut-être. Mais franchement, cela pourrait être pire (cf It comes at night). Les conditions nous obligent à nous adapter à l’absence de confort (cf Le sens de la fête). Les femmes trop habituées aux hôtels de la Croisette ne savent plus camper. Un monde sans maquillage ne fait plus de sens. Les femmes ne veulent pas faire que survivre.

I don’t want to just survive. Don’t you get it?

Dépourvue de destination, nous sommes néanmoins tenus de garder le cap. Être réaliste tout en restant positif, en toute circonstance. Entre une météo infâme, des hommes devenus cannibales, des femmes qui se barrent et des enfants qui font n’importe quoi, il faut vraiment du courage pour garder son sens de l’humour (cf La vie est belle).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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